Journée du 13 mai 2008

Education aux médias / Medienerziehung : une journée de formation continue

 

 

Stage de formation  continue à l’enseignement bilingue (période du R3 – mai 2008). Le groupe des stagiaires  est composé de 13 collègues, réparties aux cycles 1 et 2. Certaines interviennent aussi au début du cycle 3 (CE2). Le formateur chargé d’animer cette journée a été Jean-Marc Muller, professeur de lettres à l’IUFM.

Le Petit Quotidien, journal d'information pour enfants, et les éditions bilingues de la presse quotidienne régionale : des supports pour la classe - photo JMM.

Atelier découverte des supports de presse au stage R3 bilingue le 13 mai au CFEB de Guebwiller - photo JMM.

 

Brain storming

La presse en maternelle, quelle drôle d’idée…

Apprendre du vocabulaire

Trois principes importants pour le maître

Atelier : découverte des supports

Atelier : en maternelle bilingue , comment ?

A partir du cycle 2 : la revue de presse bilingue

Vers des productions de presse en classe bilingue

Un peu de grammaire aussi…

Education aux médias / Medienerziehung

autres ressources : le vocabulaire de la presse en allemand, en français - page de liens utiles

 

Parler, lire, écrire avec la presse en français et en allemand.

 

Journée du 13 mai / Compte rendu et perspectives

 

Un premier échange sur les pratiques a permis de dégager des points forts :

 

-                        la difficulté de travailler dans le système bilingue (parfois dans des conditions de relatif isolement pédagogique dans l’école)

-                        la fatigue et la tension nerveuse : la prise en charge des classes à la journée, plutôt qu’à la demi journée paraît préférable

-                        un besoin de formation (insuffisance des stages et/ou animations pédagogiques, après une période plus favorable)

 

Brain storming

 

Le formateur a présenté son entrée : la presse écrite, sans exclure ce qui était a priori attendu (de « nouveaux » albums[1]).

Un temps de brassage d’idées à permis une première réflexion : à partir de tels supports, qu’est-ce qui est possible / impossible à l’école, dans la situation de chacune ?  quelles activités langagières pourrait-on développer en français ou en allemand ? Qu’est-ce qui est peut-être déjà expérimenté ?

Discussion.

 

Apport du formateur

 

On trouvera ici une version plus développée que celle qui a été communiquée de manière interactive, pour des raisons évidentes de temps.

 

1)              travailler avec la presse dès la maternelle ?

 

-  la presse est peu légitimée par l’école en France / davantage en Allemagne (die Texten und die Medien, Medienerziehung) ; polysémie de ce mot de Medie ou de média, qui désigne à l’origine les médias écrits (journaux et magazines), puis les médias audio-visuels (télévision, radio), et aujourd’hui le multimédia et l’internet, chaque étape correspondant à une mutation non seulement technologique mais cognitive, que l’école a peine à intégrer.

 

-  les medias construisent pour une large part l’expérience du monde (Chine, Birmanie, Irak, spots, faits divers, etc) : connaissance par les médias, structurée par leurs vecteurs (les infos télévisées, mais aussi les photos de presse, les unes de journaux, les pages web associant textes (courts), images, sons. ; les enfants y sont associés, mais en général sans véritable reprise didactique ; les savoirs scolaires se développent largement « à côté » 

 

-  les supports « scolaires » (albums, manuels, documentaires) sont le miroir de ce monde structuré par les médias, qu’ils représentent, à travers des fictions et des illustrations ; progressivement aussi, ils en adoptent les techniques (ex : inclusion de CD dans certains ouvrages, suites multimedia, voir Mobiclic) ; place des TICE dans les formations ; utilisation progressive des ressources multimedias dans les classes

 

-  inversement les médias pour enfants adoptent volontiers des démarches scolaires : voir Le Petit Quotidien et sa rubrique « les mots difficiles » ; la double page intérieure est souvent didactique (d’où le titre de rubrique « fiche découverte » ; et cette fiche est parfois une leçon de mots ; voir 10 mai 2008 : 6 mots du basket)

 

-  l’internet revalorise de façon inattendue les compétences liées à l’écrit, même si de nouveaux paramètres doivent être pris en compte (écriture au clavier, interactivité avec image et son, quasi-immédiateté de la communication, etc.). Ceci après des décennies de renoncement et de soumission à l’image (par les albums, pas didactisée pour autant)

 

2)              comment les enfants apprennent-ils les mots ?[2]

 

-  le bébé apprend à reconnaître les sons propres à la langue de son entourage dès les premiers mois (= importance de l’écoute), bien avant de produire des mots articulés (écoute des histoires par l’enfant au stade fœtal)

 

-  plus tard, les enfants scolarisés progressent en langage à travers des situations de communication, où l’affectif continue de jouer un rôle important, mais pas seulement l’affectif

 

-  ils apprennent simultanément toutes les catégories de mots, mais d’abord, surtout des noms, non par entités isolées et catégorisées comme dans le dictionnaire, mais toujours dans des contextes, donc par syntagmes tout faits. Par exemple :  en français : un presse-purée peut-être compris avant le verbe « presser » et les noms « purée » ; le lien entre « camion-poubelle » et la « poubelle de table » peut n’être pas fait spontanément.  Les relations sont faites progressivement et non pas de la manière systématique que reconstruit intellectuellement l’ adulte lettré, à partir de connaissances linguistiques scolairement structurées.  De même en allemand il se peut que le mot composé soit appréhendé avant le mot simple, et les unités composantes ne sont pas nécessairement tout de suite saisies comme telles : « Wochenende », « Fernsehen »,  « Gemüsesaladen » sont des noms composés que l’enfant perçoit d’abord comme des blocs, dont il rattache la signification au contexte de la découverte, les composants n’étant identifiés que par la suite ; Autre exemple, en français : un ours / les ours n’est pas spontanément identifié comme le même mot, ni comme opposition singulier / pluriel

 

-  cette façon d’apprendre n’est pas celle de l’adulte lettré qui va des concepts vers les mots ; mais les enfants jusqu’à l’âge de 10 ans apprennent beaucoup, très vite et ceci pour tous les niveaux de la langue, notamment la phonologie, donc l’accent ; de ce point de vue la quantité de mots  est en partie un faux problème, les petits ayant de très fortes capacités de mémorisation. On dit couramment qu’ils apprennent « par imprégnation[3] » ; ce n’est pas inexact, mais à condition d’admettre qu’il s’agit là d’une métaphore, et non de l’approche scientifique d’un processus cognitif, encore largement inexploré par la recherche

 

Il faut savoir que

-  la compétence métalinguistique est fortement induite par l’écrit ; or les enfants du cycle 1 et du cycle 2 sont non lecteurs-scripteurs, ou débutants

-  les compétences passives précèdent les performances actives (= consolant pour le maître !) ; mais ce vocabulaire acquis, qu’il soit passif ou actif,  est prédictif pour la réussite ultérieure de la scolarité

-  néanmoins il faut à l’oral, au cycle 1 et en associant prudemment l’écrit au cycle 2, « enrichir le lexique », moins sur les bases de la linguistique (utile pour décrire, non  pour apprendre le lexique) que sur celles de la psychologie cognitive[4].

 

d’où 3 thèses qui fondent ce qui va être proposé :

 

b)                    L’enrichissement du vocabulaire est un enjeu stratégique, et il se développe à travers des situations de communication construites qui ne limitent pas le vocabulaire au champ du quotidien scolaire et/ou familial

c)                     Pour qu’il y ait apprentissage dans ce domaine, il faut des situations de communication semblables, répétées, autorisant des variantes, et sécurisantes pour les enfants, de manière à susciter le « vocabulaire actif »

d)                    A travers ces situations, le travail de catégorisation est nécessaire, parce qu’il permet la structuration mentale du vocabulaire passif, et qu’il prépare des acquisitions ultérieures, d’ordre métalinguistique : la classement des mots dans des catégories linguistiques, et la construction de « règles de grammaire ».

 

A ces principes s’ajoutent des éléments spécifiques pour la classe bilingue, que connaissent les praticiennes. Il serait intéressant de les faire « remonter » pour un stage ultérieur.

 

Atelier : découverte des supports

 

En groupes nous avons exploré des journaux à partir d’entrées fournies

 

1)                      Petit Quotidien : qu’est-ce qui caractérise ce journal d’information pour enfants : forme et contenu ?

2)                      Basler Zeitung : comment est structuré un grand quotidien d’information pour adultes ? repérez des titres qui pourraient servir à catégoriser

3)                      L’Alsace, édition bilingue : ressemblances avec l’édition en français ; spécificités

4)                      Dernières Nouvelles d’Alsace, édition bilingue : idem

 

Sur le Petit Quotidien, vrai journal, voir d’autres pages du site.

 

Un exemple très récent :

Le numéro du 8 mai 2008 (une et page double intérieure)  évoque le cyclone en Birmanie : le commentaire de Scoope explique aux jeunes lecteurs la notion de délai de bouclage et de l’effet sur l’information :

« Ce journal a été terminé mardi soir. Les chefs de la Birmanie annonçait alors… Il était très difficile de savoir si ce bilan était exact, s’il allait ou non s’alourdir ».

 

A certaines conditions, les versions bilingues de nos deux journaux régionaux pourraient être intégrées dans l’environnement culturel quotidien de la classe. Dans le cas de L’Alsace, il s’agit d’un cahier spécial inséré dans l’édition en français. Dans le cas des Dernières Nouvelles, il s’agit de deux journaux différents.

 

Quelques pistes pédagogiques

 

a)                      propositions au cycle 1

A partir d’une édition d’un régional en allemand, on peut enrichir ou varier les pratiques habituelles autour de

 

· la date

· le langage oral

 

pendant une semaine, on travaille sur la date à partir des unes du régional du jour ; on commente la photo de une ; on montre la date ; on affiche les unes successivement, ce qui permet de s’y reporter

on utilise le vocabulaire et la syntaxe fournies par cette situation

 

-  la chronologie

heute, gestern, vorgestern ; diese Woche, letzte Woche, etc.

 

-  l’espace (la une est une mise en espace des informations)

oben, unten, in der Mitte, rechts, links, über, unter, etc

 

-  le vocabulaire de la presse

 

die Zeitung, die Titelseite (la une), die Fotos, der Titel, die Schlagzeilen, das Datum, der Spalt, die Spalte, die Kinderseite, etc.

 

die Übersicht (le sommaire), der Artikel,  der Beitrag, der Kommentar,  die Überschrift,

 

Un néologisme de la presse allemande d’aujourd’hui  : ein Tipp[5]

 

Ein Tipp (häufig auch Tip, was der englischen Schreibweise bzw. der früheren deutschen Rechtschreibung entspricht und weit verbreitet ist) bezeichnet heute einen Rat, Ratschlag oder Hinweis, der jemandem nutzen soll.

 

- l’exploitation de la photo pour le langage

 

La photo de presse n’est assurément pas un support courant à l’école maternelle. Il ne s’agit en aucun cas de détrôner l’album de sa prééminence, inscrite dans des programmes visant à former, dès la maternelle des lecteurs de littérature. Mais la photo de presse a aussi sa richesse. Les albums comportent une approche du monde parfois à ce point « déréalisée » qu’ils finissent par être problématiques. Certains sont de ce fait difficiles à comprendre. D’autres, surtout en maternelle, présentent des univers en miroir qui ne permettent de développer, en vocabulaire, que des champs lexicaux de la vie quotidienne. C’est là que les photos de presse (évidemment sélectionnées), peuvent enrichir le travail, en apportant le lexique d’une vision du monde élargie, dont les enfants de surcroît peuvent avoir fait des expériences fugaces à la télévision. Voir la une d'une édition bilingue de L'Alsace.

 

Une fois admis ce support, se pose un autre problème. Attention à  ne pas installer de confusion entre l’oral et l’écrit, dommageable par la suite pour les enfants en difficulté

 

-  il y a toujours quelque chose à dire à partir d’une photo

 

-  MAIS ce qui est écrit est spécifique, invariant, car étroitement lié au code spécifique de l’écrit

 

Dans la pratique, il convient de bien marquer la différence de fonctionnement de ces deux systèmes sémiotiques : la photo et l’écrit.

 

Exemple :

 

-  La une de L’Alsace du 20 avril : on ajoute aux hypothèses des enfants une donnée informative ostensiblement déduite de l’écrit : « auf der Place de la République in Paris » ; ou encore « Die Krone von König Karl IV in Prag » ou encore : « Die vier Männer sind Astronauten ».

 

Les activités gagnent toujours à être rappelées par des affichages.  Avec des enfants non lecteurs, on peut faire reconnaître par indices visuels, les éditions en français et en allemand, dont les plus évidents sont le nom du journal en rouge pour le français, le bleu pour l’allemand. Cette opposition peut servir à organiser un panneau de presse bilingue, où l’on veillera, pareillement, à ce que l’écrit ne soit pas complètement redondant par rapport aux informations données par les photos.

 

b)                      propositions pour les cycles 2-3

 

La revue de presse

 

Atelier

A partir de quelques indications sommaires, nous nous sommes essayés à cette technique.

 

La revue de presse est un genre journalistique très répandu, et il suffit d’ouvrir une chaîne de radio avant 9 heures du matin pour en entendre de toutes sortes. Elle consiste à rendre compte de certaines informations, avec un lien thématique ou non, dans plusieurs journaux différents. Dans sa version la plus basique, la revue de presse associe une information et son média. La presse écrite s’essaye aussi à ce genre, même si la radio lui convient mieux (rubrique Pressestimmen dans le cahier bilingue de L’Alsace)

 

a)                      le principe de la revue de presse

 

D’abord à partir du Petit Quotidien : des enfants choisissent une information et une seule, qu’ils commentent

On le voit : la première revue de presse est un exercice plutôt simple ! toutefois il convient de veiller très attentivement à un petit détail, et c’est la mise en page astucieuse de la une du Petit Quotidien qui nous met la puce à l’oreille : l’événement ne se livre pas directement, mais dans une bulle, proférée par un petit personnage, nommé Scoope.

Il en découle une conséquence capitale pour la construction de l’information. Celle-ci n’est pas livrée « à l’état brut », mais à travers une construction. Pour les enfants, c’est Scoope qui nous en informe. En langage d’expert adulte, les faits d’actualité ne nous parviennent que toujours déjà « médiatisés ».

C’est là que la revue de presse, pratiquée dans la classe, devient plus délicate à mener, car il faudra toujours rappeler oralement, visuellement et par écrit que l’information provient d’une source : un journal bien repéré, qu’elle comporte une date, que parfois (pas toujours) son auteur peut être identifié.

D’un point de vue plus général, l’activité ainsi menée permet d’objectiver les supports de la langue, ce que le programme allemand du Bad-Württemberg désigne du terme très général de « Médien », qui dépasse le cadre restreint des médias pour cet apport. Or on sait, depuis Vygotski (1934), que cette capacité n’est pas innée chez les enfants, qu’elle doit être construite avec l’aide des adultes, et que sa mise en place progressive (ni négligence de la part de l’enseignant de maternelle, ni délire obsessionnel) est prédictive des échecs et des réussites ultérieurs.

Voir sur une autre fiche des éléments de vocabulaire des médias que le formateur a pu rassembler dans le Petit Quotidien, et en allemand dans différents journaux (à rectifier éventuellement et surtout à compléter)

 

b)                      la revue de presse à partir de la presse adulte

 

Ce vocabulaire est progressivement intégré et réactivé dans les revues de presse suivante ; il peut être affiché au panneau, en rapport avec les infos, mais toujours en contexte (préférable à des listes décontextualisées).

 

Dans une édition bilingue du quotidien régional, les enfants choisissent à tour de rôle une info de leur choix, à partir d’une photo.

 

Le choix des informations, si la revue de presse est régulière (deux ou trois fois par semaine sur toute une année) va évoluer, permettant progressivement des catégorisations de l’information. Par catégorisation, on entend d’abord répartition des contenus par thèmes (naissances d’animaux, faits divers, sport, vie culturelle, commémorations, fêtes religieuses, catastrophes naturelles, sciences et techniques, ou en allemand : Fernsehen, Kino, Philatelie, Wetter, Rezepte, usw.), mais aussi petit à petit, par catégories plus abstraites  (informations locales, régionales, nationales, internationales), et par genres (le « fait divers » en est un). D’autres catégories peuvent correspondre à des points de vue de lecteur, voire à des registres émotionnels (important, triste, gai, étonnant).

Là encore, si l’enseignant est attentif aux opérations cognitives induites par ces catégorisations (qui vont bien sûr se croiser), le bénéfice sur le plan de l’acquisition du lexique, et de ce qu’il faut bien appeler le « travail intellectuel » sur les faits médiatisés, ne peut être que positif. Sans compter le plaisir de sortir, finalement à peu de frais, d’une certaine routine quotidienne.

 

Cette revue de presse est préparée avec l’enseignant, et effectuée selon un rituel à inventer, mais qui gagne à rester assez stable[6]. D’après les pratiques que j’ai pu observer, deux enfants peuvent préparer le matin, avec l’aide de l’enseignant, et la revue de presse est alors communiquée l’après-midi. Il ne s’agit pas nécessairement de la presse du jour : on peut élargir, à la semaine, à la manière des magazines hebdomadaires. Même si on peut imaginer d’impliquer les parents, la préparation en classe me semble préférable, non seulement parce qu’il faut se garder, en la matière, une bonne marge de contrôle sur le choix effectué par des enfants très jeunes, mais aussi, parce que l’intervention professionnelle de l’enseignant peut amener à élargir ce choix.

 

Vers la production

 

La démarche du CLEMI

 

C’est, à terme, par la production d’un « journal » que devient possible une formation du « lecteur de presse ».

Nous avons appris avec intérêt que des collègues présentes à cette journée de stage réalisent dans leur école un journal bilingue. Elles nous ont promis d’en envoyer quelques exemplaires au CFEB.

Belle intiative ! C’est par la production collective de tels journaux et peut-être ultérieurement de blogs (texte, photos, vidéos en ligne)  que devriendra  possible aujourd’hui une formation de citoyen dans l’univers des médias.

 

En attendant ces modestes propositions se cantonnent à la sphère didactique. Cela peut être un début.

 

La presse écrite, et d’abord ses genres brefs, permettent une série d’apprentissages de base.

 

Quelques idées d’ateliers de formation pour l’enseignant,

 

sur lesquels nous aurions pu travailler en français et en allemand, si nos avions disposé d’une seconde journée de stage :

 

a)                       les gros titres

b)                      les chapeaux et /ou résumés d’infos

c)                       les légendes

d)                      les brèves

e)                       les bd

f) les jeux

 

Chaque groupe dispose de journaux (PQ, JDE, éditions bilingues de L’Alsace et des DNA)

 

-  repérez les caractéristiques du genre du point de vue lexical, syntaxique, typographique, informatif

-  comment pourriez-vous les intégrer dans votre pratique bilingue ?

 

 

Quelques ouvertures sur des conclusions prévisibles 

 

a)                      les gros titres (die Schlagzeilen)

 

permet d’élargir la notion de phrase, au-delà de la forme scolaire canonique

 

notamment :

 

des phrases passives, étonnamment nombreuses, non seulement en allemand, mais aussi en français (avec auxiliaire « être » ou sans) :

 

« Vor 60 Jahren wurde Israel gegründet“ (L’Alsace – 8 mai 2008)

„ESA Astronauten gesucht“ (L’Alsace du 20 avril)

« Les secours acceptés lentement en Birmanie » (Le Petit Quotidien du 14 mai)

« Une orque blanche a été vue dans le Pacifique » (Le Petit Quotidien du 13 mars)

« Un croco préhistorique a été créé en maquette » (Le Petit Quotidien du 4 avril)

 

des phrases emphatiques (= avec élément mis en valeur)

« Mon dada, c’est le poney » (le coin des petits curieux, Kinderseite des DNA du 30 avril)

 

des phrases interrogatives non verbales

« Endlich Abnehmen ohne Essverzicht »

ou verbales

„Warum „brennt“ scharfes Essen im Mund ?“ (L’Alsace du 29 avril)

 

des phrases impératives

« Demain, fais des crêpes pour la Chandeleur ! » (Le Petit Quotidien du 1 février 2008)

„ Découvre les premiers trucages du cinéma!“ (Le Petit Quotidien du 26 avril)

« Lesen sie » (rubrique de L’Alsace bilingue)

 

en allemand, l’absence de déterminants est une constante des titres de presse :

„Italien muss gegen Müllberge angehen“ (L’Alsace, avril 2008)

„ China dämpt Ärger gegen Frankreich“ (DNA du 24 avril 2008)

„Dinosaurier Vofahr des Hühner“ (L’Alsace du 29 avril)

 

par ricochet, et dans une perspective d’observation réfléchie de la langue, les enfants découvriront au cycle 3, la notion de « déterminant » autrement que par une « leçon » de grammaire[7]

 

La typographie :

dans les journaux allemands, très forte prédominance des caractères romains“, y compris dans les rubriques

dans les journaux français, idem[8], mais alternance plus prononcée (le nom de journal est donné en capitales, ainsi que les titres de rubriques…

 

b)                      les chapeaux ou résumés en une

 

les 5 W (à l’origine concept anglo-saxon)

 

WER - WAS -WO - WANN - WIE – WARUM

 

(wie et warum étant associés pour faire 5 ! les français, de culture latine, évoquent quant à eux le principe de Quintilien, grammairien latin)

 

c)                       les légendes (die Überschriften)

 

origine du mot : legenda, signifie en latin ce qui est à lire ; les légendes de presse sont informatives, explicatives ; elles ne sont que partiellement, voire pas du tout redondantes par rapport à la photo, et permettent de ce fait de travailler la spécificité de l’information écrite

cette problématique de presse permet de questionner les légendes scolaires affichées, qui sont souvent redondantes, substituant à leur lecture la description de l’image.

 

d’où une proposition :

 

Légender des photos de presse après un travail sur l’information (et non pas avant)

 

Variante : proposer des légendes explicatives pour des photos dont l’interprétation fait problème.

Voir la rubrique : « La photo du jour » dans le Petit Quotidien (exemple : le 8 mai, photo de champs de tulipes aux Pays Bas)

 

d)                      les brèves

 

voir la rubrique L’histoire du jour dans le Petit Quotidien ; ce n’est pas toujours une « histoire »

 

un brève narrative :

 

-  Les cendres d’un volcan tombent sur une région du Chili (6 mai 208) ; l’attaque[9] de  l’article est fournie par la photo

 

Des brèves explicatives :

 

-  Demain, c’est la Fête du travail et le jour du muguet (30 avril 2008) ; attaque fournie par une photo de cueillette de muguet)[10]

-  Pourquoi tu n’as pas école lundi (10 mai 2008) est une explication de lundi de Pentecôte, jour férié (attaque fournie plutôt par la question, la photo représentant une classe qui travaille)

 

 

e)      les bandes dessinées

 

C’est là semble-t-il une spécialité anglo-saxonne : les « cartoons » cultivent l’art de rendre compte en 3 ou 4 vignettes d’un point de vue humoristique et/ou critique sur un évènement ou un fait de société[11].

 

Voir un exemple de la série des Red and Rover dans la Basler Zeitung, 3. Mai 2008 (Kinderseite) et un autre exemple dans une page destinée aux lecteurs adultes du même journal, à propos des nuisances de l'aéroport

de Basel-Mulhouse.

 

et dans le Petit Quotidien (Les aventures de Scoupe et Tourbillon)  tous les jours en dernière page (entre 3 et 6 vignettes).

 

Il y a là, peut-être,  un point de départ pour travailler en allemand sur des situations dialoguées (en associant le jeu), puis sur la transposition écrite du dialogue.

 

f)        les jeux

Nous n’avons fait que mentionner cette ressource. Mais les journaux pour enfants contiennent en général des pages jeux, ainsi que les Kinderseiten des journaux pour adultes. A voir s’il y a là des « pioches » utilisables pour la classe bilingue.

 

Education aux médias / Medienerziehung

 

Il aurait été intéressant de terminer cet apport par une réflexion élargie au cadre européen sur l’éducation aux médias.

Une rapide navigation sur les sites allemands démontre la prise en compte d’une « éducation aux médias » dans les programmes.

Très discrète dans les programmes français de l’école primaire à partir de 2002 et de 2007 (où elle apparaît néanmoins dans les parties dévolues aux TICE, donc dans une perspective plutôt restreinte et techniciste), elle a néanmoins été relégitimée par le « socle commun »

Il est étonnant, mais aussi très caractéristique de nos débats franco-français, que l’intérêt des praticiens et du grand public se focalise à ce point sur les programmes de 2008, alors que le Socle commun des connaissances et des compétences[12] (décret de juillet 2006)  constitue une base autrement riche, et propre à orienter une pratique bilingue, dès la maternelle.

Sans doute aussi, les médias (français)[13] y sont-ils pour quelque chose !

Pour autant l’éducation aux médias existe en France aussi et depuis 1983, le CLEMI (centre de liaison enseignement et moyens d’information) rassemble des enseignants de tous niveaux autour de pratiques professionnelles et de projets impliquant la presse à l’école. Le site du clemi www.clemi.org devrait faire partie des « favoris » professionnels de tout enseignant (en langue, mais aussi en découverte du monde et en éducation civique).

Le Ministère publie depuis 2 ans une plaquette « Eduquer aux médias, ça s’apprend ! » dont la réalisation est confiée au CLEMI. L’édition de 2007 comporte 9 fiches pratiques pour l’école primaire, et la plupart intègrent les trois niveaux, donc aussi la maternelle.

En France, des journaux quotidiens d’information pour enfants ou pour jeunes comme Le Petit Quotidien, Mon Quotidien, sont une exception remarquable. Le Journal des Enfants (JDE), produit par L’Alsace, Le Pays, poursuit un objectif similaire ; mais c’est un hebdomadaire, été il s’adresse en dépit de son titre, à une tranche d’âge supérieure (fin cycle 3, collège). A ces produits marqués par la conception anglo-saxonne du journalisme (les 5W sans ligne éditoriale[14] explicite), il faut ajouter des titres produits par des groupes plus marqués idéologiquement (Milan, d’inspiration laïque, Fleurus et Bayard[15], d’inspiration catholique).

En Allemagne la Medienersziehung semble assez bien  positionnée dans la recherche universitaire, à en juger le nombre d’articles et de références disponibles sur la Toile. Voir sur ma page de liens des références vers des sites d’aide aux enseignants ou pour enfants. L’institut IZOP (Aachen) a pour mission, depuis 1969,  de  fournir aux enseignements allemands et aux élèves de tous niveaux des ressources et des aides pour des projets liés à la société d’information et aux nouvelles technologies.

S’il n’y a pas à ma connaissance de presse d’information allemande écrite pour enfants ; en revanche les journaux allemands comportent souvent des Kinderseiten dont la réalisation est confiée à des écoles. Autre originalité : des sites fournissent des informations (Nachrichten) en ligne destinées aux enfants avec photos et liens audio, ce qui peut être utile dans une classe bilingue.

Le moteur de recherche pour enfants blinde-kuh en fournit un certain nombre, dans la presse allemande et mondiale. Voir la page de liens utiles.

Enfin, côté français, il ne faut pas oublier la Semaine de la presse et des médias dans l’école, toujours début mars, préparée et suivie par le CLEMI. Il faut penser à vous rendre sur le site au premier trimestre, pour récupérer les informations puis s’inscrire à la Semaine (au plus tard au mois du janvier), pour bénéficier d’une aide matérielle (affiches, CD ou DVD, et journaux en nombre gratuits.

retour au début

J-Marc Muller, professeur à l’IUFM d’Alsace, centres de Colmar et de Guebwiller.

mis en ligne le 19 mai 2008



[1] Il en est de disponibles à la médiathèque du CFEB.

[2] Ce développement s’appuie sur les travaux de recherche : Vygotski (1934), et ces dernières années F. François, et M. Fayol.

[3] Cette théorie de l’apprentissage remonte à Saint Augustin ; au début du XX° siècle, Watson (1913) lui a donné sa traduction scientifique : le « béhaviorisme » ; cette approche est aujourd’hui dépassée.

[4] Dans ce domaine, l’apport de Vygotski, Pensée et Langage (1934) reste déterminant, mais des chercheurs contemporains continuent, dans sa lignée, de travailler sur les apprentissages cognitifs et sur la délicate question de la catégorisation : voir Britt-Mary Barth, Goigoux.

[5] DNA 8  mai 08 : Ausgehtipps fürs Wochenende correspond à l’agenda des sorties dans l’édition en français.

[6] Nous avons suggéré un dispositif du type « plateau de télévision » ; voir à ce sujet le « journal télévisé » mis en place dans la ZUP de Colmar, Ecole des Violettes, en milieu monolingue (mais avec une belle panoplie de langues maternelles étrangères), par notre collègue Alain Moritz, maître formateur.

[7] Ou plutôt ce sera une façon d’entrer dans le « leçon » qui était bien prévue dans les programmes de 2002, avant qu’une remise en cause absurde n’évacue l’observation réfléchie des programmes actuels.

[8] C’est déjà le cas pour la maquette de L’Alsace en 1958 (voir page insérée) : à l’époque, encore quelques caractères à empattement ; aujourd’hui exclusivement des caractères « bâton »

[9] par « attaque » on entend le début de l’article ; la fin de l’article, si ce dernier est développé et que le journaliste veut finir en beauté s’appelle une « chute » ; il serait intéressant de trouver les termes techniques équivalents en allemand.

[10] à noter : histoire du premier mai passablement édulcorée ! les dramatiques événements de 1886 ne sont pas évoqués. L’aspect mondial de la fête est occulté. Le mot « grève » est toutefois expliqué dans la fiche découverte du 1 mai, faisant l’histoire de mai 68. On ne peut cependant pas reprocher au Petit Quotidien d’occulter la question des rapports antagonistes employeur / employé ; voir vendredi 23 novembre 2007 : Cinq questions pour comprendre les grèves, avec une grande double page intérieure pour expliquer aux enfants pourquoi les grèves des transports et dans les écoles, en lien avec la question des retraites.

 

[11] Voir à la médiathèque de l’IUFM de Colmar la réédition complète en couleurs et au format d’origine de la série des Little Nemo, de Winsor Mc Cay, parus vers 1905 dans le New York Herald Tribune

 

[12] extraits : La pratique d’une langue vivante étrangère implique comme « attitude » : « le désir de communiquer avec les étrangers dans leur langue, de lire un journal et d’écouter les médias audiovisuels étrangers, de voir des films en version originale ». Les compétences sociales et civiques invitent à se préparer à vivre en citoyens, « être éduqué aux médias et avoir conscience de leur place et de leur influence dans la société ».

[13] voir édition bilingue des DNA du 30 avril : Darcos kann Lehrer nicht überzeugen

[14] à la différence des journaux de la gamme Play Bac, le JDE comporte un éditorial.

[15] Mais Bayard a récemment absorbé Milan ; quant à Fleurus, intégré depuis quelques années dans le groupe Le Monde, la maison est aujourd’hui en difficulté, vu les problèmes de ce grand quotidien national.