Début d’un petit voyage aux pays des couleurs….

 

Suite à une visite de stagiaire motivée par un projet « couleurs », je parcours ma collection d’albums pour petits et très petits. En plus du format réduit et de la texture (pages parfois plus épaisse que les albums habituels), je suis frappé par le graphisme. Couleurs souvent très vives, très tranchées, qui permettent d’identifier des personnages et des objets dans un contexte, sans les noyer dans les détails. C’est le cas de

Raphaël Fejtö, Le vélo de Jo, L’Ecole des Loisirs

(structure embobine-débobine ; l’histoire reprend la trame de la Promenade de Monsieur Gumpy de John Burningham). Le jaune vif par exemple permet d’identifier le vélo, qui à la fin se trouve en pièces détachées, puis rafistolé en vélo transports en commun.

L’album joue sur les oppositions des couleurs primaires (bleu cyan, rouge magenta, jaune primaire)

Autre petit album caractéristique :

 Pierrick  Bisinski : C’est à Moi ! L’Ecole des loisirs

ou bien Pierrick Bisinski et Alex Sanders : Le froid et le chaud (idem)

Dans « C’est à  moi » le questionnement « couleurs » permet de repérer dans la succession de scènes des éléments qui échappent au premier regard. En rouge le titre « C’est à moi ! » C’est le même problème que, dans le registre de la langue, le repérage des éléments prédicatifs dans un énoncé. Ici  le rouge correspond dans les illustrations à la montre de papa que petit ours veut s’attribuer. La couleur permet de suivre l’objet sur une image (par exemple la montre posée sur un coussin du canapé) et d’une page à l’autre (première construction d’une trame narrative à ellipses). Rouge aussi la chaussette de papa, qui se voit quand petit Ours lui a pris sa chaussure. Et on comprend alors pourquoi le rouge revient  dans les objets symboliques que papa à son  tour « vole » à petit Ours : la base de la tétine du biberon et le doudou. Ensuite on peut consulter les sites web spécialisés dans la symbolique des couleurs. Le rouge n’est vraiment pas anodin dans l’évocation de cette relation très forte père-fils… Sans aller aussi loin, on peut voir au moins comment le codage des couleurs aide des enfants petits à lire-comprendre un scénario, ce qui, on ne le dira jamais assez, est difficile pour des petits.

Le froid et le chaud est un petit album qui fonctionne sur de semblables principes de décodage. On peut construire avec cette histoire de premières relations intuitives entre couleurs et sensations, ce que fait la langue en évoquant des « couleurs chaudes » et « froides ».

Ensuite en très grand nombre, des albums où le thème de la couleur a une fonction dans la trame. Il faut tester l’histoire avec la section des petits, et ne pas hésiter à la lire avec les enfants plusieurs fois. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas toujours pour eux le plaisir de retrouver une histoire connue, c’est le plaisir d’en construire petit à petit la compréhension.

Par exemple :

Solotareff, 3 Sorcières, l’Ecole des Loisirs

Comment 3 sœurs sorcières aussi tristes que monochromes, aidées par deux enfants (Didi et Lolo) se métamorphosent en fées plutôt gentilles, en passant du bleu nuit à des teintes multicolores. Mais les images sont plus difficiles à interpréter que dans la série précédente, la langue est riche, avec un lexique très littéraire. Cet album a priori est peu adapté pour des petits, même si la trame narrative est très simple.

Le petit caméléon de toutes les couleurs, de Eric Carle

Histoire d’un camélon qui change non seulement de couleurs, mais aussi de formes. Un classique accessible au petits qui peuvent eux-mêmes tourner la page en choisissant un code de couleurs associées à des animaux, par un dispositif simple.

Penser à mettre au coin lecture une série d’albums de ce genre (la liste est longue) que les enfants peuvent feuilleter tout seuls, en apprenant à jouer avec les couleurs…

Dernière remarque (provisoirement)

Une collection connue de L’Ecole des Loisirs s’appelle PASTEL ; elle s’adresse à des enfants de maternelle. Je découvre en regardant le sens de ce mot dans le TLF qu’il en existe deux dans la langue. Le pastel est d’abord une plante permettant d’obtenir une teinte bleue, comme la garance, et ces deux plantes teinturière étaient connues dans le Midi. Mais un autre substantif « pastel » désigne une poudre agglomérée qui servait à fabriquer des crayons, et par extension les œuvres réalisées avec cette technique. Par extension, en emploi adjectival,  des couleurs pastel sont des couleurs « claires et douces ». « Aboie, Georges ! »  de Jules Feiffer de la collection PASTEL, que j’ai sous les yeux, correspond parfaitement à cette catégorie de couleurs apaisantes, et bien que l’histoire soit fort mouvementée et même complètement folle, cet album, accessible aux petits, est de ce point de vue des couleurs  à l’opposé du Vélo de Jo.

 

Un ouvrage :

Michel PASTOUREAU, Le petit livre des couleurs, Points Seuil, 4,75 euros

(par un anthropologue médiéviste, une initiation à la symbolique des couleurs d’aujourd’hui, avec des remarques linguistiques ; voir sa présentation sur le site de Chapitre Com par exemple)

 

Et un site internet avec des liens (pas tous à jour !)

 

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Couleur