Faut-il éduquer aux médias ?

La question est complexe, et ne touche pas seulement à la formation du citoyen. Voici un extrait d’un long article de Jean-François Kahn, directeur de l’hebdomadaire Marianne paru dans Le Monde du 5 janvier 2008. Ce journal traverse en ce moment une crise grave. Mais elle concerne à des degrés divers tous les titres de la presse écrite. Les programmes de l’école primaire, et l’IUFM d’Alsace en particulier considèrent que le mieux c’est de former dès l’école primaire des lecteurs de littérature. Cela n’a pas toujours été le cas. Les IO de 1923 considéraient que les enfants apprenaient la lecture pour lire les journaux.

Et si l’école, aujourd’hui, au lieu de s’enfermer dans une tour d’ivoire en considérant la partie perdue d’avance, se souciait  dès la maternelle de former des lecteurs de presse exigeants ?

 

Faut-il aussi repenser la façon de faire du journalisme ?

Cela me fait mal de le dire, mais nous allons devoir changer notre mode d'écriture. Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d'une génération qui aime ces phrases cicéroniennes, c'est-à-dire une phrase construite, longue, avec des incidentes. Il faut des phrases plus courtes. Mais surtout intégrer que tout accident grammatical rend la phrase moins accessible. S'il y a huit ou neuf mots après le sujet, eh bien il faut répéter le sujet. Les gens ne connaissent plus beaucoup des mots que nous employons.

Il faudrait donc appauvrir son vocabulaire et ses références ?

Oui, car beaucoup de gens de moins de 40 ans n'ont plus les références d'avant. Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : « C'est une division du monde à la Yalta. » Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle.

Les politiques scénarisent leur communication. Les journalistes doivent-ils scénariser leurs articles ?

Oui, sans doute. Il y a trente ans, lorsque j'étais grand reporter, j'adorais écrire un feuillet de description. Aujourd'hui, s'il n'y a pas eu une action dans les trois premières lignes, le lecteur décroche. On est dans une société de mise en scène. Il faut donc nous y faire, nous aussi. Et écrire des romans à côté, si on veut faire des descriptions. Enfin, on ne peut plus avoir des journalistes spécialisés pendant cinq ou dix ans sur une même rubrique.

 

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