Tout faux le Petit Quotidien de ce vendredi 1° février 2008 qui titre sur la Chandeleur, en donnant, sur la fiche découverte, cette indication : « Pour les chrétiens, le 2 février est le jour où Jésus est devenu la « Lumière du monde ». Et de rapprocher le nommé Jésus des crêpes : « leur forme et leur couleur rappellent celle du soleil ».

Mais l’habitude est maintenant installée pour la" rédac" : Pâques, le jour des oeufs, et l’Epiphanie, le jour de la galette des Rois…

D’abord les faits historiques. La fête des chandelles (c’est l’origine du mot) est un rite qui remonte à la nuit des temps. Depuis la Lettre de Milan, signée par l'empereur Constantin en 313, le christianisme est reconnu officiellement. A la fin du siècle suivant, il s'est imposé à l'Empire, et Gélase 1°, pape de 492 à 496, veut en finir avec les survivances païennes, comme cette fête des lumières, mais aussi celles des Lupercales, le 15 février. Déguisés en loups, des jeunes gens un peu excités, déboulaient en fouettant les passants, et surtout les femmes... Comment combiner la théologie et la pratique populaire ? C’est très simple : on célébrera le 2 février la « présentation » de l’enfant Jésus au Temple, et la « purification » de sa mère, sortie de couches. Des rites sociaux juifs d’introduction des bébés dans la société. Mais comme cet enfant tout de même n’était pas n’importe qui (du moins selon l’Evangile de Luc, le seul qui raconte l’enfance de Jésus, et cela près d’une centaine d’années après les événements), le texte dit qu’à cette occasion, un vieillard nommé Syméon se mit à « prophétiser » (non pas dire l’avenir, mais parler au nom de l’Esprit) :

« Maintenant, maître, c’est en paix comme tu l’avais dit, que tu renvoies ton serviteur.

Car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé face à tous les peuples :

Lumière pour la révélation aux païens

Et gloire d’Israël ton peuple. » (Luc, 2,29-32)

En dirigeant religieux avisé, Gélase avait trouvé ainsi solution du problème et il aménagea le calendrier liturgique, de manière à récupérer théologiquement le fondement anthropologique et imaginaire de la fête. Ce pape au grand sens politique (né en Kabylie !) est le premier à avoir théorisé la séparation des pouvoirs de l'Eglise et de l'Etat. Problème qui en France revient périodiquement sur la scène, le dernier épisode étant le discours du Président Sarkozy à Saint-Jean-de-Latran.

Quant à dater le jour et l’heure de la transformation de Jésus en lumière, sans doute avec un bâton laser, ce pourrait être un défi à relever pour un auteur de science fiction.

Plus sérieusement, il faut respecter le fait, qui n’est pas historique, mais théologique. La référence la plus claire est dans le Prologue de l’Evangile de Jean, le plus tardif des quatre récits qui racontent la vie de Jésus ; il ne comporte aucun récit d’enfance. La biographie commence par un extraordinaire exposé… métaphysique : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu… en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise. » (Jean, 1, 1 et 4). Au XVIII° siècle, les philosophes, qui ne passent pas pour papistes, développeront une configuration semblable, en associant la Raison et les Lumières.

Revenons à la page du Petit Quotidien. Comment rendre compte du fait sans prosélytisme ni adhérer en aucune sorte ? Par exemple comme ceci, en travaillant un peu l'énonciation  : « Le 2 février, les chrétiens se souviennent que, pour eux, Jésus est la lumière du monde ».  Pas si compliqué !