La presse écrite régionale : ce que l'ours nous apprend...

ours du Petit Quotidien ours de L'Alsace qui fait apparaître l'actionnaire dominant : la BFCM (Crédit Mutuel)

 

 

S’il nous arrive de feuilleter L’Alsace ou des DNA, rarement nous nous demandons : mais à qui appartiennent ces deux journaux, qui font partie du paysage des médias alsaciens depuis des décennies ?

 

Un exercice simple, à faire avec les élèves du cycle 3, c’est de rechercher l’ours, c’est-à-dire l’encadré, obligatoirement présent dans chaque numéro publié, qui donne le nom du directeur de la publication, et mentionne le groupe financier propriétaire.

 

On peut faire l’observation  plus facilement avec le Petit Quotidien, journal d’information destiné aux enfants du cycle 2, l’ours étant matérialisé par un plantigrade tenant l’encadré.

 

Faire comprendre ce qu’est un groupe de presse propriétaire d’un journal est difficile à l’école primaire… mais le défi est à relever : il fait partie de l’éducation citoyenne. C’est difficile aussi pour les adultes. On entre dans le monde immatériel de l’économie et de la finance, donc dans des mécanismes de pouvoir qui ne sont pas sans effet sur notre vie quotidienne.

 

Depuis trois ans, une vingtaine de quotidiens régionaux français ont changé de mains ! Ce fait économique est à rapprocher de la crise du lectorat. La diminution inquiétante du nombre de lecteurs oblige les entreprises à se concentrer.  En 10 ans, la PQR a perdu 10% de son audience, soit 700 000 lecteurs de moins. En 2007, ils ne sont plus que 5,7 millions.

 

Dans le monde des livres, on assiste à une concentration comparable, avec le rapprochement de Hachette et de Vivendi. Il existe certes des maisons d’édition  gardant une certaine indépendance : Gallimard, L’Ecole des Loisirs, par exemple. Mais souvent ces indépendants dépendent des grands groupes pour leurs réseaux de diffusion. Il faudrait donc faire la même analyse pour… la littérature de jeunesse !

 

Quels sont les journaux les plus lus ?

 

Ce ne sont ni les DNA, ni L’Alsace, malgré leur fort taux de pénétration (rapport entre l'ensemble des lecteurs de journaux et les lecteurs d'un journal en particulier), respectivement dans le Bas-Rhin et dans le Haut-Rhin ; l’Alsace est une petite région.

Le quotidien qui vient en tête est Ouest France avec 2,3 millions de lecteurs.

Viennent ensuite, à égalité La Voix du Nord et Sud Ouest, avec 1 million de lecteurs chacun.

Ils sont suivis de près par le Dauphiné libéré (901 000 lecteurs).

 

L’article du Monde du 14 novembre fait le point sur ces questions. Nous y apprenons que nos deux chers quotidiens régionaux appartiennent maintenant à un même groupe de presse : EBRA, détenu à 51% par L’Est Républicain et à 49% par le Crédit Mutuel. Et ce groupe détient Le Progrès et le Dauphiné libéré, deux mastodontes de Rhône Alpes… Nos deux quotidiens régionaux ont des défauts… mais ce sont des journaux de qualité (en particulier par la densité de leurs articles : ce sont des journaux qui s'adressent à des lecteurs), avec une identité forte. Quel est leur avenir dans un paysage de médias de plus en plus caractérisé par la fusion, donc le risque renforcé de ne présenter que des points de vue consensuels ?

 

Plus que jamais, c’est à l’école, dès le niveau primaire,  de faire son travail et de former des lecteurs de journaux exigeants !

 

Ci-dessous des extraits de cet article du Monde du 14 novembre 2007

(Pascale Santi)

 

Le Groupe Ouest-France, qui édite le premier quotidien français, a renforcé sa position fin 2005 en acquérant le pôle Ouest de la Socpresse (Le Courrier de l'Ouest, Le Maine libre...). Le Groupe Est Républicain, lui, a racheté en février 2006 le pôle Rhône-Alpes de la Socpresse (Le Progrès, Le Dauphiné...). Il a créé Est Bourgogne Rhône-Alpes (EBRA), société détenue à 51 % par L'Est républicain et à 49 % par le Crédit mutuel, qui contrôle L'Alsace (Mulhouse), mais aussi Le Républicain lorrain (Metz) et Les Dernières Nouvelles d'Alsace (Strasbourg). EBRA, dirigé par Gérard Lignac, 79 ans, est ainsi devenu le premier groupe de PQR.

 

"La filière est en crise. Si on ne fait pas ces regroupements, on va tous disparaître", assure Jean-Michel Baylet, président du Groupe La Dépêche. "Ces regroupements ont une cohérence géographique et économique. Avant, la taille raisonnable était de 200 000 exemplaires. Aujourd'hui, c'est plutôt 600 000", souligne Michel Comboul, président du SPQR et président du Groupe Nice-Matin. Confrontée à la concurrence d'Internet et des gratuits, la PQR doit aussi, comme la presse quotidienne nationale, faire face à la baisse de la publicité extra-locale. Ces regroupements s'expliquent par la nécessité de réaliser des économies en rationalisant les coûts d'impression, des achats, de la distribution, et en créant des synergies publicitaires. Parfois au prix de vastes plans de restructuration

"La constitution de ces groupes est inachevée. Ces nouveaux champions ont-ils les structures juridiques adéquates et les moyens financiers suffisants à leur développement ?", questionne M. Texier. Pour se mettre à l'abri des spéculateurs, Ouest-France a bâti en 1990 un modèle actionnarial unique : sa holding, SIPA, est détenue par une association loi 1901, l'Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste. Pourtant, François-Régis Hutin, PDG du groupe SIPA Ouest-France, a une vision assez pessimiste : "C'est un désastre : des titres comme Le Progrès, Le Dauphiné, Midi libre, Le Républicain lorrain, avec une politique éditoriale claire et une forte identité, sont aujourd'hui fondus dans des groupes, avec un risque de déperdition de substance. Ces groupes vont-ils les redynamiser, commercialement et sur le plan de la qualité de l'information, du service au lecteur ? Je l'espère..."

L’article comporte une infographie avec une carte de France très claire, montrant ce nouveau découpage de la PQR. Elle pourrait être utilisée au cycle 3, dans le cadre d’un projet presse. La médiathèque de Colmar est abonnée au Monde.