A travers les numéros d’été du Petit Quotidien : des outils pour le "quoi de neuf ?"

une du 27 septembre 2007

Dans notre groupe PE2 stage filé bilingue, nous avons fait circuler une petite collection récente du Petit Quotidien.

Cette fiche en début d’année pour présenter ce journal pour enfants, dont j’ai déjà tiré, les années antérieures, quelques propositions de travail.

 

1.                     Le Petit Quotidien, vrai journal ?

 

 

Réponse : oui ! L’argumenter, c’est rappeler, si besoin, des rudiments de base de culture de la presse écrite.

J’ai sous les yeux le numéro du 15 septembre 2007. Le titre et la photo de une couvrent l’événement de la semaine : « C’est la grande fête du rugby en France ». Cette actualité est la même que celle du monde des adultes. Tout au plus peut-on constater un temps de retard, ce que le sous-titre reconnaît : « Depuis une semaine, et jusqu’au 20 octobre, la Coupe du monde de rugby a lieu en France. Les Bleus jouent leur 2° match demain soir ». Petite gymnastique mentale pour saisir ici la valeur du « déictique » : demain soir, c’est donc dimanche, 16 septembre, tout à l’heure par rapport au moment où j’ai commencé d’écrire ma fiche. Quel bel outil qu’un journal pour travailler à l’école primaire sur le concept de temps ! La légende de la photo précise : « Lors du match Argentine/Géorgie qui a eu lieu mardi. ». Ces hommes en bleu et en rouge défient les lois de la pesanteur, mais ce ne sont pas les Bleus de l’équipe de France. Le dossier en pages intérieures est entièrement consacré au « p’tites infos sur le rugby » et comme c’est un numéro spécial, toutes les rubriques habituelles sont consacrées à l’actualité de ce sport, avec davantage de photos de presse que d’habitude, toutes comme il se doit légendées et créditées. On remarquera la rubriques « chiffres » qui donne en très peu de mots une somme considérable d’informations sur cette coupe du monde, utiles tout autant pour le lecteur adulte (par exemple une professeure des écoles, pas forcément passionnée par le sujet). Un détail qui montre que le petit lecteur n’est pas pris pour un demeuré, même si son journal favori n’a pas encore titré jusqu’à ce jour sur l’événement. Lisons la brève « Les plaisirs des Bleus » : elle commence ainsi « Pour se remettre de la défaite du premier match ». Ce présupposé suppose un lecteur déjà informé, et bien sûr ils le sont, ces enfants qui suivent l’actu !

On pourrait achever la démonstration en rappelant les caractéristiques de tout « journal » au sens strict du terme. Il doit paraître tous les jours, et c’est le cas « sauf dimanche et lundi ». Figurent sur la une les mentions de la date et du prix. Il possède un « ours », c’est-à-dire un petit encart légal portant mention de la société éditrice (Play Bac en l’occurrence), les noms du directeur de la publication et des principaux collaborateurs. Ce 15 septembre, le rugby prend toute la place, et il faut chercher le petit plantigrade (astucieux logo de l’ours) à la dernière page du supplément jeu (Je m’amuse). Mais les jeux ne sont pas l’apanage de la presse pour enfants. En effet, tout journal, mais aussi tout magazine d’information, enfant ou adulte, répond à trois grands critères : informer, distraire, et servir. On pourrait ajouter : créer du lien.

 

Parmi les distractions dans le Petit Quotidien, on peut ranger la BD quotidienne : « Les aventures de Scoupe et Tourbillon ». Curieusement, ce 15 septembre ce n’est pas une histoire de ballon ovale. Parmi les services, on peut ranger au moins la "météo de demain" (toujours sur l’oreille droite de la une). Le débat reste ouvert pour savoir si la publicité fait partie des services. En tous cas un encart publicitaire figure toujours en dernière page, mais  après tout les lecteur adultes aussi sont ciblés comme des consommateurs. Le ciblage justement : voilà encore une caractéristique de tout vrai journal. Le lectorat visé, ce sont les enfants « dès six ans », donc le cycle 2. Ce public a bien sûr d’autres spécificités. Comme la littérature de jeunesse, le produit est « prescrit », soit par les parents (le journal est disponible « uniquement par abonnement), soit par les écoles. D’où la préoccupation didactique : les dossiers des pages intérieures sont conçus en général comme des fiches documentaires qui peuvent être archivées et consultées, et la rubrique « les mots difficiles » vise à rendre les articles compréhensibles pour des lecteurs débutants en autonomie, mais aussi à enrichir leur vocabulaire. Entre dans ce champ une autre rubrique régulière : « J’apprends un mot d’anglais par jour ».

 

Derniers détails pour vous convaincre de vous intéresser à cette publication qui aide à « faire grandir » : ce petit lecteur est peut-être déjà, plus ou moins, un internaute, il faut en tenir compte, et le rédac chef lui donne rendez-vous sur son blog : www.playbac.fr/blogdurec. Avant de vous évader et d’abandonner la lecture de ma fiche, je vous propose une petite recherche : comment, par une toute petite mention figurant sur la une, le Petit Quotidien apporte-t-il sa contribution à l’éducation à l’environnement ? Réponse : cliquez ici.

 

2.                      Le Petit Quotidien, une certaine conception du journalisme

 

Voici comment François Dufour, le rédacteur en chef, définit sa ligne : « à Play Bac Presse, la rédac est neutre. Le journalistes écrivent comme dans une agence de presse : que des faits. Pas d’opinion, c’est-à-dire pas d’éditorial, pas d’articles dits d’analyse ou de commentaire. » Cette conception doit interpeller l’éducateur… et le citoyen, surtout si l’on considère que Play Bac maintient cette ligne pour toute sa gamme, donc jusqu’à L’Actu, qui s’adresse aux grands adolescents et même aux étudiants. Mais là encore, ce n’est pas un trait spécifique d’une presse enfantine ou jeune, mais une tendance, peut-être influencée par la presse anglo-saxonne, et qui caractérise en France aujourd’hui les « gratuits ». C’est un trait qui distingue les produits Play Bac de leurs concurrents, notamment du Journal des Enfants. Ce dernier a légèrement changé sa formule en juin dernier, mais il conserve son « éditorial ». Rappel : l’édito définit l’orientation générale du journal, ce qui revient, pour de jeunes lecteurs, à marquer la signification de l’actualité dans une perspective citoyenne. Par exemple, ce même 13 septembre, le JDE dédie son éditorial au rugby, et son nouveaudirecteur Christophe Grudler s’y indigne du fait que la Marseillaise a été sifflée par les Italiens.

Bien évidemment, l’absence de ligne explicite ne signifie pas absence d’influence par le choix des informations retenues. Mais là encore, la rédaction du Petit Quotidien se réclame du choix des lecteurs : « A Play Bac Presse, nous choisissons les sujets selon les centres d’intérêt des lecteurs (et non du rédacteur en chef ou des journalistes.). Ces choix sont validés depuis 12 ans par les enquêtes mensuelles Top/Flop, dont les résultats sont publiés sur ce blog pour savoir ce qu’ont lu les lecteurs chaque jour du mois écoulé. » Cette option, qui va de pair avec la recherche de « neutralité », fait de la presse un produit de consommation ciblé, et du journalisme un exercice de marketing. Elle est bien en phase avec l’économie libérale, et historiquement, en France, aux antipodes de la presse enfantine, qui, d’inspiration communiste, et surtout catholique, a toujours mis en avant des objectifs d’éducation. A mon sens, un professeur des écoles ne peut pas en rester là, et on entrevoit là ce qui est à faire pour l’enseignant décidé à s’investir dans l’éducation aux médias.

 

Cette importante réserve faite, on peut tout de même considérer de près les thèmes développés par ce type de presse enfantine, pour se faire une idée de ce qui peut, aujourd’hui, intéresser des enfants du cycle 2. Or ce qui est frappant, en prenant très arbitrairement la série des parutions de cet été, amputée il est vrai du grande partie du mois d’août, période où j’ai suspendu mon abonnement, c’est la diversité des sujets abordés. Les sujets de prédilection des enfants de cet âge concernent les animaux, mais ceci n’est vérifié que pour 26 unes parmi la soixantaine que j’ai recensée, soit un peu plus du tiers. Les ours et autres pandas sont particulièrement affectionnés, mais au gré de l’actualité, il peut s’agir aussi des éléphants (autre animal fétiche des petits lecteurs), des tigres, de singes, de crocodiles, de dauphins, de baleines, et encore des bouquetins, des chevaux, des chiens et des chats, sans oublier les dinosaures. Une particulière attention est réservée  aux bébés animaux, et aux circonstances de leur naissance dans les zoos. Lorsqu’en plus le bébé est un ours, c’est une vraie star. La naissance de Knut, l’ourson blanc né en février au zoo de Berlin avait déjà faitune du Petit Quotidien. Il n’est pas mentionné dans le numéro du 24 juillet, qui présente un super calendrier avec 1 bébé animal par mois, mais il refait la une le jour suivant « L’ourson polaire Knut est devenu grand ».  Comme les animaux grandissent plus vite que les humains, ils peuvent ainsi faire, dans le Petit Quotidien, l’objet d’un suivi, avec effet bénéfique pour l’apprenti lecteur de presse : dans l’abondance des infos, il apprend à trouver ainsi quelques fils conducteurs et ils construit son rapport au temps.  D’autres informations animalières permettent de sensibiliser l’enfant du cycle 2 à des échelles temporelles d’une tout autre ampleur, comme la une du 26 juin 2007 qui présente le crâne du plus vieil ancêtre connu du panda : "il vivait il y a deux millions d'années".

Il arrive que ce soient les drames vécus par des animaux qui permettent ce suivi : la mort accidentelle de l’ourse des Pyrénées Franska fait la une du 11 août, et le dossier fait mémoire de Cannelle, tuée en 2004, information qui avait occupé une place importante dans le journal à l’époque. Ceci amène à souligner un autre trait : à la différence des ouvrages documentaires où les animaux sont présentés dans leur écosystème, mais dans un contexte relativement intemporel, sur les unes du Petit Quotidien, l’animal est étroitement associé à l’actualité, dont il est  un acteur. La rédaction n’a pas reculé devant l’évocation de faits difficiles, mais dont la surmédiatisation a pu toucher les enfants, comme la une du 3 juin, informant de la mort d’un garçon de 8 ans « mordu à la gorge » par un chien. Moins dramatiques en général, ces informations liées à l’actualité reviennent périodiquement sur les menaces écologiques pesant sur les espèces (chiens et chats recherchés pour leur fourrure, le 23 juin, dangers courus par les éléphants nains d’Asie, le 13 septembre, ou par les baleines grises, le 19 septembre). Ainsi l’actualité animalière n’est-elle pas toujours rose comme la panthère des dessins animés de Fritz Freleng, loin s’en faut, et souvent bien différente du monde de certains albums. C’est une façon aussi pour l’enseignant ou l’éducateur, si des paroles sont mises sur ces infos, d’approcher la brutale et anxiogène actualité des hommes…

Mais cette dernière a été somme toute bien représentée au cours de cet été. « Chaque minute, sans vaccin, 8 enfants d’Afrique meurent », titre la une du 7 septembre. Et le 28 septembre, le numéro est consacré aux tas de chaussures de Handicap International « pour dire non aux bombes ». La fiche documentaire à l’intérieur de ce numéro est très explicite, jusque dans le vocabulaire (les « bombes à sous-munitions « ) : qu’est-ce que c’est ? qui fabrique ces bombes ? qui en est victime ? sur quel pays sont-elle envoyées ? Ici la ligne éditoriale, qui consiste à s’en tenir aux faits touche à sa limite. Le dossier n’ouvre pas le débat quant au pourquoi ? … rendant l’échange avec l’adulte indispensable. Le numéro sur la mort des enfants africains dédramatise l’information, par la photo de une d’une part (une scène de vaccination d’enfants), et le dossier, qui explique comment un vaccin peut protéger des microbes.

Quant aux autres thèmes abordés, ce sont souvent des informations plus paisibles, touchant aux manifestations sportives, culturelles, ou aux loisirs, et ce sont le plus souvent les mêmes que celles qui concernent le monde adulte. En désordre : le sport (12 septembre, le record du monde du 100 mètres par Asafa Powell, et le 15 septembre, la grande fête du rugby). Mais aussi le 16 août une sur le trentième anniversaire de la disparition d’Elvis Presley, et le 1° août, la sortie sur les écrans de Ratatouille (mais à peu près rien sur le film, si ce n’est Rémy en une, la fiche découverte présentant l’intérieur d’un grand restaurant). Toute une série de unes, exactement comme dans la presse adulte, est consacrée à des destinations de vacances. On apprend ainsi le 18 septembre que les lecteurs du Petit Quotidien ont plébiscité comme continent à visiter… l’Océanie. Plus proches des thèmes abordés à l'école, des unes évoquent l'histoire : le 20 juin: "Le terrain de jeu d'un roi a été trouvé à Versailles", le 28 juin la une titre sur des coquillages bijoux fabriqués par des hommes préhistoriques africains, et le 14 septembre, les journées du patrimoine sont illustrées par une photo du château du Haut-Koenigsbourg.

 

Et l’école ?

 

Et l’école, justement, dans cette revue de presse ? En période estivale, c’est normal, elle se fait oublier. Elle revient, indirectement, le 25 septembre, avec un thème atypique : « Pourquoi on bâille quand on voit quelqu’un bâiller ». Les enfants y apprennent sur la base d’une étude réalisée par des savants du Royaume-Uni que les bâillements sont une manifestion « d’empathie », et la rédaction d’expliquer : « L’empathie, c’est une qualité. C’est comprendre ce que les autres ressentent, et éprouver la même chose qu’eux ». Voilà à mon avis un point de départ possible pour un « quoi de neuf » du matin, avec des enfants encore un peu endormis… et on pourra développer ce thème de l’empathie et du bâillement dans une ligne non seulement clinique (voir la fiche découverte), mais aussi citoyenne ! Gardons pour la fin un numéro…politique. A l’occasion du débat sur la suppression de l’école le samedi, le Petit Quotidien publie dans son numéro du 27 septembre le résultat d’une enquête effectuée avec le Nouvel Observateur, auprès d’un échantillon représentatif de parents, d’enseignants… et d’enfants. Globalement, c’est la suppression de l’école le samedi qui l’emporte, mais sans plébiscite. Cette page web n’entrera pas dans le débat. Mais ce qui est intéressant, c’est la réponse des enfants. Parmi tous les élèves, 6 sur 10 sont contre la classe du samedi (comme les enseignants, mais moins majoritairement que les parents, qui sont contre à 8 contre 10). Mais parmi les élèves qui ont classe le samedi matin, 6 sur 10 sont contents d’y aller !

Sans doute touche-t-on là une limite de la pratique du sondage, s’agissant d’enfants de 6 à 8 ans. En effet, comme le fait remarquer le professeur Montagner, grande référence en France dans le domaine de la chronobiologie, comment un enfant peut-il répondre à une question aussi éloignée de l’expérience sensible, sachant que, de plus, à cet âge les représentations de la semaine et des rythmes de l’école ne sont pas encore vraiment stabilisées ?

 

 

En guise de conclusion

 

En revenant sur la question de fond : un journal quotidien d’information, pour adultes ou pour enfants peut-il s’en tenir strictement aux faits ? ma conclusion s’impose d’elle-même : c’est bien évidemment non, de mon point de vue de formateur, mais malgré cette critique majeure, voilà un outil bon à prendre (parmi d’autres) pour amorcer des débats dans la classe, dès le cycle 2, et notamment pour la pratique bien connue du « quoi de neuf ? ».

Mettre de la parole sur l’info, c’est vraiment le travail de l’enseignant, et la noblesse de son métier.