Par quelles portes je suis entré dans ces « Vies de Jésus »…

 

 

 

 

 

Il s’agit pour moi d’un « devoir de vacances » accompli dans une certaine allégresse. J’avais depuis longtemps la projet de recenser le Jésus comme un roman de Marie-Aude Murail, qui est un ouvrage de littérature de jeunesse. C’est la découverte, absolument fortuite, du petit Livre de Jésus de William Goyen qui vient de paraître dans la collection Du monde entier de Gallimard, dans une traduction de Patrice Repusseau, qui a été le déclencheur de ce projet, longtemps différé. De l’ouvrage de Goyen, je suis passé à la re-lecture de Murail, puis j’ai commandé sur internet Arcadio de Goyen, et je suis entré dans un univers que je ne connaissais pas. Sur l’importance du hasard dans cette aventure de lecteur, on en saura davantage en méditant avec Goyen l’étrange tableau de Wiliam Holman Hunt, La lumière du monde.

Comme il faut bien trouver un prétexte, ces fiches alimenteront mes pages « enseignement du fait religieux » (EFR). A vrai dire, je n’ai participé à cet enseignement que pour une durée éphémère, non que j’en aie été éjecté, mais par diminution drastique du quota d’heures. De ce fait, les étudiants de l’IUFM d’Alsace en sauront peut-être davantage sur l’Islam que sur les origines du christianisme. Il ne faut pas le regretter. Il est bien plus difficile pour un professeur des écoles de se documenter sur le Coran que de retrouver des connaissances, souvent simplement oubliées, sur le christianisme.

Sans doute ai-je aussi des motivations plus profondes, conscientes ou non, la seule à exclure vraiment étant celle de prosélytisme. Il existe quantité de « vies de Jésus », en dehors des vies officielles (dits textes canoniques), qui sont déjà au nombre de quatre, et sans compter les évangiles dits « apocryphes ». Il s’en est écrites à toutes les époques, surtout à partir du XIX° siècle, en même temps que s’est développée une conception scientifique de l’Histoire. Qu’est-ce qui peut bien motiver une telle entreprise ? Le zèle du prédicateur ou l’intention apologétique ? Exemples nombreux, mais le plus souvent sans intérêt : mieux vaut l’original que la copie. La démystification ? Ceux qui mettraient en doute ma déontologie laïque peuvent toujours me renvoyer à Ernest Renan (1823-1892), et sa monumentale « Vie de Jésus »… tant d’efforts pour accréditer la religion positiviste !

Ce qui m’a finalement retenu, c’est le côté « décalé » de ces textes littéraires : ni religieux, ni laïques, ils n’entrent pas vraiment dans les clous de cet « enseignement du fait religieux » moribond, même pas pour de bonnes raisons laïques, républicaines et progressistes, mais, tristement, par mesure d’économie.

Cette situation après tout me convient. Je n’ai plus de compte à rendre à l’EFR, et ces pages sont, à l’instar de William Goyen et de Marie-Aude Murail, l’expression de ma liberté.