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Comment utiliser les tableaux de compétence du programme de 2008 en maîtrise de la langue ? – pe2a – 14 octobre 2008.

 

 

Quant à l’antériorité comme « notion », prudence ! Vygotski nous est ici d’un grand secours. « Antériorité » est un « concept scientifique ». La faiblesse d’un tel concept, c’est son « verbalisme », c’est-à-dire son « insuffisante saturation en concret ». Je peux donc enseigner le « mot », mais si l’enfant n’est pas passé par l’usage et son explicitation avec l’aide de l’adulte, il y a peu de chances que le stade du verbalisme soit dépassé :

« L’expérience pédagogique nous apprend, non moins que la recherche théorique, que l’enseignement direct de concepts s’avère toujours pratiquement impossible et pédagogiquement sans profit. Le maître qui tente de suivre cette voie n’obtient habituellement rien d’autre qu’une vaine assimilation de mots, un pur verbalisme, simulant et imitant chez l’enfant l’existence des concepts correspondants, mais masquant en réalité le vide. L’enfant assimile alors non pas des concepts, mais des mots, il acquiert par la mémoire plus que par la pensée et s’avère impuissant dès qu’il s’agit de tenter d’employer à bon escient la connaissance assimilée. Au fond cette façon d’enseigner les concepts est précisément le défaut fondamental de la méthode d’enseignement condamnée par tous, purement scolastique, purement verbale, qui substitue à la maîtrise d’une connaissance vivante, l’assimilation de schémas verbaux vides et morts. »

 

Cet extrait de Pensée et Langage (page 212, dans la traduction de F.Sève, éditions sociales, 1985), date de 1934, donc de l’époque des grands-parents des professeurs stagiaires. Il gagne à être médité par le maître chargé du programme 2008 « étude de la langue ».