Solution du problème N°8



Le texte :

Des immeubles en plein désert ? Non, non, tu ne rêves pas : bienvenue à Shibam, au Yémen, pays du Moyen-Orient. Quand tu t'approches des hauts buildings de cette petite cité du désert, l'effet est saisissant : tu te croirais face aux gratte-ciel de New York ! Et tu jurerais que Shibam est une ville moderne. Mais c'est loin d'être le cas ! Imagine : les 500 buildings de Shibam ont été construits … il y a 500 ans ! Pourquoi des bâtiments si hauts ? Car à l'époque, cela permettait aux habitants de Shibam de se défendre contre les attaques des Bédouins, les hommes du désert. Allez, il est enfin temps pour toi de franchir les remparts qui entourent la ville ! Une fois à l'intérieur, promène-toi dans les rues étroites. Jette un oeil aux fenêtres : tu verras, elles sont toutes en bois sculpté avec de petites ouvertures. Le but ? Protéger les maisons des rayons du soleil. Car ici, il fait souvent plus de 40 degrés ! Un conseil : visite plutôt Shibam au printemps, au moment des travaux, quand les ouvriers préparent le pisé. Cette terre du désert mélangée à l'eau de pluie sert à fabriquer les briques des maisons, qui doivent être changées régulièrement. Sinon à cause des intempéries, tout s'écroulerait... et toi, tu verrais quoi ?

Rappel :

En nous fondant sur l'ouvrage Quelle grammaire enseigner ? (Hatier), l'énonciation se définit comme l'acte de production d'un énoncé. Cette théorie de la grammaire s'intéresse à des éléments tels que le locuteur, l'énonciateur, la situation de communication. La grammaire scolaire traditionnelle prenait aussi ces éléments en compte, mais dans des cadres restreints, tels que le dialogue, ou le discours direct. La grammaire de l'énonciation inscrit dans un cadre plus systématique, plus général, les observations qu'un grammairien linguiste peut faire pour appréhender des phénomènes liés à la communication. L'ouvrage cité donne comme exemple un extrait d'une pièce de théâtre (Intermezzo, de Jean Giraudoux) : c'est effectivement le dialogue (au théâtre ou dans un récit) qui permet d'analyser le plus facilement un texte d'un point de vue énonciatif. Mais l'article de presse que j'ai proposé, quoique « monologal » (c'est le discours d'un journaliste), montre que d'autres types de textes se prêtent à une analyse du point de vue de l'énonciation.

Les marques de l'énonciation dans cet article :

a) les marques de la 2° personne (surlignées en jaune)

A ces marques il faut ajouter les terminaisons verbales, qui apparaissent à l'écrit, mais qui ne s'entendent pas

b) les verbes à l'impératif (surlignés en gris)

ils « donnent un ordre », mais dans la grammaire de l'énonciation, nous dirons qu'ils servent essentiellement à impliquer le lecteur dans le discours : « imagine », prolème-toi », «jette un coup d'oeil », « visite »

    c) d'autres marques (surlignées en bleu)

    « non, non! » : adverbe de négation

    « allez! » : interjection (difficile de l'analyser comme un verbe, même si cette interjection en porte les marques morphologiques)

    d) des éléments syntaxiques (en rouge)

    - des phrases interrogatives : « pourquoi des bâtiments si hauts » ; « le but ? » et notamment la dernière phrase interrogative, proche de l'oral : "et toi, tu verrais quoi ?"

    - des phrases exclamatives : comme « Mais c'est loin d'être le cas ! »

    - une construction : « Un conseil : »

cette dernière série d'indices est ouverte, et le problème c'est de savoir où s'arrêter, car presque tout peut alors relever de l'énonciation, dès lors que le locuteur manifeste sa présence, parfois par un simple point d'exclamation. On peut encore faire une autre remarque, en allant plus loin que la grammaire Hatier. Dans l'article, l'auteur introduit des questions comme « Le but ? » On dira qu'elle anticipe les questions que le jeune lecteur pourrait poser. On distingue alors le locuteur (= l'auteur qui écrit l'article) et l'énonciateur (le lecteur, puisque c'est lui, non le locuteur, qui pose la question). Mais au CAPE, pas besoin d'entrer dans cette distinction.

Les questions subsidiaires

1. Le linguiste

Le grand linguiste est évidemment Roman Jakobson, et la théorie celle des « fonctions du langage » ; sur les 6 fonctions, voir l'introduction de la Grammaire méthodique du français, mais on trouve les fameuses fonctions partout (sauf dans l'ouvrage Hatier ! Les auteurs auraient pu les faire figurer au chapitre 17, sur l'énonciation. ). Dans notre article, c'est la fonction « injonctive » « conative » qui domine : il vise à orienter le comportement du récepteur dans le sens indiqué par l'énoncé ». Mais bien entendu, d'autres fonctions son repérables dans l'article, et d'abord la fonction « référentielle » ou « dénotative » : le but de l'article, c'est d'attirer l'attention du lecteur sur le « référent » Shibam.

  1. « Cette terre mélangée ...»

n'est pas une marque de l'énonciation, mais une reprise (une « anaphore ») d'un élément qui précède dans le texte : « le pisé ». Plus exactement, c'est une « reprise lexicale », dont la valeur est informative. Le phénomène est pertinent dans le cadre de la « grammaire du texte ».

  1. L'erreur de syntaxe

En toute rigueur, le CAR dans la phrase « Car, à l'époque... » est moins correct que la conjonction de subordination « Parce qu'à l'époque ». Il convient de n'employer « car » que comme conjonction de coordination, dans le cadre d'une phrase coordonnée, ce qui n'est pas le cas à la suite d'une phrase interrogative. Le second CAR de l'article est un peu plus acceptable, à condition de remplacer le point par une virgule. Je fais cette mise au point parce que dans les copies du concours, il vaut mieux s'en tenir à une langue académique très stricte, et donc éviter toute phrase commençant par « car ». La langue des journalistes est plus libre, la syntaxe plus proche de l'oral. Ce n'est pas la langue d'un concours de recrutement. En transcrivant, j'ai de plus corrigé une erreur d'orthographe !