Solution des deux problèmes N°11

 

L’analyse en constituants immédiats

Rappel :

en linguistique, les constituants d’une phrase sont les ensembles syntaxiques qui la composent, et qui sont dans un rapport de hiérarchie interne. D’où l’expression « analyse en constituants immédiats » qui pointe une méthode ; on part d’un syntagme et on le découpe en recherchant le niveau immédiatement inférieur. Comme je suis conscient de la difficulté de cette définition, le mieux c’est de passer par l’exemple.

Soit la phrase :

Ces attaques ont parfois lieu parce que l’éducation symbolise une culture que des soldats veulent détruire

L’analyse en constituants immédiats me permet d’en trouver pour commencer trois  :

- le groupe nominal sujet : « ces attaques »

- le groupe verbal : « ont parfois lieu »

- le groupe complément circonstanciel : « parce que… détruire »

D’un strict point de vue syntaxique, le constituant « parce que…détruire » est une proposition complément circonstanciel. Je peux la déplacer et l’enlever. La phrase reste syntaxiquement acceptable. Rappel : pour cette raison, on dit que le complément circonstanciel est un « complément de phrase ». Il ne fait pas partie du groupe verbal.

Ici cependant l’analyse se discute. Il est bien clair que du point de vue sémantique et énonciatif, la phrase répond à la questioin : « pourquoi ces attaques ont-elles lieu ? » . D’un point de vue journalistique, le déplacement ou la suppression du complément circonstanciel n’aurait pas de sens. Mais précisément, l’analyse en constituants immédiats s’intéresse surtout à la syntaxe. D’où ses limites si on la pratique sur le terrain sans précaution avec des enfants, car pour eux, les aspects sémantiques et énonciatifs sont premiers.

On peut continuer l’analyse : je propose de le faire pour ce CC (en termes traditionnels : la proposition subordonnée circonstancielle).

Niveau inférieur

- «  parce que » : conjonction de subordination (CAUSE)

- « l’éducation » : groupe nominal sujet

- « symbolise…détruire » : groupe verbal

Niveau inférieur

- « symbolise » : verbe

- « une culture… détruire » : groupe nominal COD de « symbolise »

Niveau inférieur

- « une culture que des soldats veulent détruire »

- « une culture » : déterminant + nom (noyau du groupe nominal)

- « que des soldats veulent détruire » : proposition relative complément du nom « une culture »

Niveau inférieur

- « des soldats » : groupe nominal sujet

- « veulent détruire… QUE » : groupe verbal

Niveau inférieur

- « veulent détruire » : verbe (auxiliaire + verbe)

- « QUE » : pronom relatif COD ; remplace « une culture ».

Bon, ouf ! nous y sommes arrivés. Au concours on ne vous demandera pas tout ce développement, mais il faut avoir compris le principe. Les linguistes des années 70 représentaient cette analyse avec des boîtes (Harris), ou avec des arbres (dits « syntagmatiques » voir Ruwet ou Chomski). Vous pouvez essayer d’en faire un. Attention : l’arbre se présente à l’envers, puisque vous allez commencer par le tronc (S+GV) et terminer par les plus petits constituants. Précision : « constituants », « groupes de fonction », « syntagmes » sont des termes qui désignent à peu près les mêmes notions.

La deuxième phrase est intéressante, à cause de CAR. La structure syntaxique est différente de la première. L’analyse en constituants immédiats donne :

Proposition 1 :

« Par exemple, au Pakistan et en Afghanistan, beaucoup d’écoles de filles sont détruites » »

CAR

Proposition 2 :

« les attaquants ne veulent pas qu’elles puissent aller à l’école »

Nous avons deux propositions coordonnées qui sont sur le même plan syntaxique et unies sémantiquement par CAR, qui est une conjonction de coordination.

Test : une phrase comme « car les attaquants ne veulent pas qu’elles puissent aller à l’école, par exemple, au Pakistan, beaucoup d’écoles de filles sont détruites » n’est pas acceptable.

Un conseil : habituez-vous à argumenter vos analyses grammaticales en pratiquant ces tests d'acceptabilité.

Et des points de vue sémantique et énonciatif, la deuxième phrase ne fonctionne pas comme la première. La question n’est pas « pourquoi… ? » mais « que se passe-t-il au Pakistan ? » et « pourquoi cela  se passe-t-il ? ». La nuance peut sembler ténue, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans la langue courante, «car » tend à fonctionner  comme « parce que ». Pour les enfants, « car » est plus simple, et surtout, sa construction, qui intervient nécessairement après une information donnée correspond à un développement linéaire plus logique : le fait + l’explication du fait. En revanche, une phrase qui commence par « parce que » nécessite de la part du locuteur un effort d’abstraction : la cause du fait + le fait.

Pour le concours, vous retiendrez que PARCE QUE est une conjonction de subordination. CAR est une conjonction de coordination.

Le 2° problème

« Cette statue » fait référence dans l’article à la photo de la statue de Obama enfant. C’est donc certes un déterminant (en grammaire de phrase), mais un « déictique » en grammaire de discours, c’est-à-dire un mot de la langue qui ne se comprend que par rapport à un élément extra-linguistique de la situation de communication.

Il n’en va pas de même pour « Elle »qui se réfère certes aussi à cette photo de statue, mais attention : par la langue, puisque « elle » reprend linguistiquement le thème précédent : « Cette statue ». Test : ce « elle » serait compréhensible même sans la photo. En grammaire de phrase, on admet que ce « elle » soit un « pronom personnel de la 3° personne ». Mais cette dénomination courante chagrine les linguistes experts en grammaire de texte et de discours (comme Emile Benveniste), qui n’ont aucun mal à nous démontrer que cette 3° personne est une « non personne », un simple substitut pronominale à tout faire, qu’on peut aussi appeler une « anaphore ».