Problème N°1 – 7 novembre 2009 – Ci-dessous les solutions.

 

 

Dans le supplément N° 1236 du Journal des Enfants du 24 septembre 2009, publié à l'occasion du 25° anniversaire du JDE, on peut lire :

 

25 ans d’actualité expliquée simplement

« Informer, expliquer, ne pas juger » : c’est la devise du JDE, 1° journal d’actualité créé en France pour les 8-14 ans.

 

De la manière la plus claire possible, relevez, classez, analysez dans cet extrait les graphèmes qui ont comme valeur phonique [e].

Vous pourrez en profiter pour revoir ou découvrir l'Alphabet Phonétique International (API) dans l’ouvrage Quelle grammaire enseigner? (Pellat et alii, Hatier)

 

Solutions (mises en ligne le 11 nov 2009)

Dans la description du système orthographique, le graphème est la plus petite unité de signifiant graphique susceptible d'altérer la valeur du signe dont il fait partie. Le graphème est donc un élément du système écrit. Son symétrique est, dans la langue orale, le phonème.

Pour résoudre ce problème, il nous faut prendre en compte un autre niveau d'analyse : les morphèmes et les mots, c'est-à-dire des signes à part entière, présentant un signifiant et un signifié. Tous les morphèmes ne sont pas des mots, mais seulement des composants des mots.

actualité

Un premier graphème /é/ entre dans la fabrication du morphème -ité, qui est un « affixe » ajouté au radical « actual » ; l'affixe ajouté en fin de mot est appelé « suffixe », et on appelle « dérivation » le processus qui permet de composer des mots de cette manière. Remarquons qu'en allemand, les possibilités sont encore plus étendues qu'en français. Le suffixe -ité (morphème lexical) est relativement rentable en français (« vérité », « égalité», « fraternité », etc).

expliquée – créé

Ici les graphèmes /é/ soulignés ne sont pas des suffixes, mais des terminaisons verbales : ce sont des morphèmes qui entrent dans la fabrication du participe passé. La différence avec le procédé de suffixation est dans la rentabilité de cette terminaison, autonome par rapport au radical du verbe ; avec ce /é/ on peut fabriquer presque tous les participes passés des verbes du premier groue.

créé

Qu'en est-il du premier graphème /é/ ; il a bien une valeur phonique : le phonème é fermé. Mais ce n'est ni un suffixe, ni une terminaison ; il fait partie du radical, que l'on peut aussi appeler la base de ce verbe.

expliquée

Ce graphème /e/ n'a pas de valeur phonique : avec les enfants, on dira qu'on ne l'entend pas ; il ne fallait donc pas le relever. Mais il est quand même intéressant : c'est un « morphogramme » (Catach), c'est-à-dire un graphème qui a valeur de morphème : il indique que le participe est au féminin.

informer, expliquer, juger

sont des infinitifs de verbes du premier groupe : le graphème /er/ a une valeur phonique (un phonogramme, selon Catach) ; mais c'est aussi un morphème, c'est-à-dire un signe indiquant que ces mots appartiennent à la classe des infinitifs ; pour la même raison déjà évoquée, ce sont des terminaisons verbales et non des suffixes.

les

est un déterminant article défini pluriel ; il est bien difficile d'isoler le graphème ; on résout la question en considérant que le graphème est ici d'un seul tenant « les », avec comme valeur phonique : l+é ; ces graphèmes d'un seul tenant, qui sont en même temps à un autre niveau des phonèmes, Catach les appelle des « logogrammes » : on les reconnaît par leur image, et par l'usage.

Reste le D de JDE. C'est un sigle passé dans l'usage : désignation la plus courante du Journal des Enfants. « Les sigles sont des unités formées par la suite des lettres initiales de mots composés » (GMF, page 552). D est donc bien un graphème avec valeur phonique (é fermé), désignation conventionnelle de la lettre D de l'alphabet en français.

On aurait pu reporter ces résultats sur un tableau. En tous cas, une telle question doit toujours faire apparaître un classement.