Solution du problème N°2 – 20 novembre 2009

 

Le titre de la une du Dauphiné

Il est formé de deux éléments séparés par un double point  : un nom propre (classe des toponymes) et en apparence un groupe nominal : déterminant + nom + adjectif + adverbe.

Mais cette analyse n’est guère satisfaisante. Il faut passer par le niveau « pragmatique », et le sens (aspect sémantique). Avec des enfants, ce serait même primordial. Un journal, c’est fait pour informer. Le Dauphiné libéré est diffusé dans plusieurs départements du Sud-Est, dont l’Isère, mais aussi la Savoie, la Haute-Savoie, etc. Le premier élément du titre signale au lecteur régional le département pour lequel l’information qui suit est pertinente. Dans la suite, l’information n’est pas « le vaccin » (les lecteurs savent qu’il s’agit du vaccin de la grippe, et c’est d’ailleurs précisé par un petit titre supérieur au titre en manchette, illisible sur ma petite image). L’info, c’est que ce vaccin « est disponible » demain. S’il fallait ramener ce titre à une structure « canonique », c’est-à-dire une phrase verbale du type « le chat mange la souris », on aurait quelque chose comme :

Dans le département de l’Isère, le vaccin sera disponible demain

l’on voit que « le vaccin » est le sujet grammatical pour un groupe verbal « sera disponible demain ». Dans ce cas, comme « sera » est une forme du verbe « être », on pourrait dire qu’il s’agit d’une structure attributive, ou, encore plus simplement que « disponible » est un attribut du sujet, et « demain » un complément circonstanciel de temps.

Une telle analyse, qui se fonde sur le sens, et qui passe par un raisonnement grammatical  appuyé sur une grammaire de phrase très scolaire (celle du programme de 2008) devrait être acceptable au concours.

La linguistique permet une analyse plus fine. Elle considère que l’énoncé qui vient après les deux points est une forme de phrase nominale (phrase sans verbe). Page 459, paragraphe 9.2.3, la Grammaire méthodique du français évoque les énoncés à deux termes ou « constructions binaires ». Elle en donne une série d’exemples, mais aucun n’est pris dans la presse. Dommage.  Ainsi : « Magnifique, ce paysage ». Pour l’analyse, il faut recourir à des notions spécifiques qui procèdent de la pragmatique : la grammaire du discours. L’ensemble : « le vaccin disponible demain » est une unité syntaxique et discursive. Mais « le vaccin » est le sujet, et « disponible demain » est le prédicat, c’est-à-dire l’élément qui est porteur de l’information. On peut dire aussi que « le vaccin » est le « thème », et « disponible demain » le « propos ».  Ce niveau de l’analyse n’est cependant pas au programme pour l’étude de la langue en 2008.

Mais pourquoi diable consulter la grammaire savante... alors que notre belle "Grammaire pour enseigner" (Hatier) traite la question d'une manière très claire page 92 : "la phrase non verbale à deux termes". Avec cette fois un exemple pris dans la presse : "les otages libérés" ? C'est bien la preuve que c'est la même grammaire !

Maintenant les enfants. En lecture, ils auront une compréhension intuitive du titre. En écriture, ils pourront en produire de semblables pour leur journal scolaire, par imitation. Ils devraient être capables au CM de reformuler l’information. Ils n’auront en revanche pas la capacité d’analyse, mais cette posture de linguiste, exigible du maître, n’est pas visée à l’école primaire. D’un point de vue « psycholinguistique », il est intéressant de remarquer, avec les auteurs de la GMF, que la production des énoncés binaires (sujet + prédicat) constitue chez l’enfant très petit la première ébauche d’organisation syntaxique : « papa parti », « auto boum ». Un album de Michel Gay est intitulé Papa vroum.

Le titre de La Montagne

Quant au titre de la une à sensation de La Montagne, je ne vais pas trop insister sur l’information. Mais l’éducation aux médias importante pour les enfants comporte un volet professionnel pour l’enseignant. Quand une actualité dramatique fait irruption dans le vécu des enfants, il faut savoir faire face. Mais c’est un autre problème : revenons à la grammaire.

« Identifiée » est un participe passé au féminin, qui fonctionne à peu près comme « disponible demain » dans l’exemple précédent. C’est l’élément porteur d’information d’une phrase passive complète qui serait « la femme découpée du Cournon a été identifiée ». Mais précisément, tous ces éléments n’y sont pas (ou plutôt ils figurent sur la une en plus petits caractères, et le lecteur les lit après coup). Il faut donc dire, plus exactement, que ce gros titre de une est un « prédicat », pour un sujet non actualisé linguistiquement (les lecteurs sont considérés déjà informés du crime), ou, si l’on veut, pour un sujet actualisé dans un autre élément de la titraille. D’un point de vue journalistique, le titre entre dans la catégorie des « titres incitatifs », faits pour « accrocher » l’attention du public. Pour l’anecdote, il y a quelques mois, lorsque l’opposition municipale de Colmar réussit à faire annuler l’élection du maire site à une irrégularité, la une de l’Alsace édition de Colmar avait titré de la même façon : « Annulées !» en ajoutant le point d’exclamation. L’Equipe fournit régulièrement des titres du même genre.

Avec des enfants , on ne travaillera bien sûr pas sur une telle information, mais on peut en trouver d’autres ; et dans ce cas on peut transformer le jeu en situation problème : : pourquoi le titre se termine-t-il par –ée ?

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