Solution du problème N°9

 

La syntaxe des propositions subordonnées de condition

Les phrases contenant des structures hypothétiques sont les suivantes :

1.   S’ils la voyaient fonctionner, les Orientaux croiraient qu’il y a aussi un génie dans son mécanisme.

 

2.   Que penseraient les belles odalisques en voyant l’ouvrière qui la dirige orner en peu de temps le sérail de ces magnifiques tapis turcs qui exigeaient autrefois des années de travail ?

 

 

3.   Si tu avais la finesse du renard, lui répondit l’Indien, tu devinerais que les enfants de la nature en pénètrent les secrets les plus précieux

 

Où l’on voit que, contrairement à une idée solidement ancrée, les conditionnels n’expriment nullement la condition. En effet, dans les trois phrases, la condition est exprimée par d’autres éléments. En (1) et en (3), ce sont des propositions subordonnées circonstancielles de condition, introduites par la conjonction de subordination « si » qui expriment la condition. Et le verbe est dans ce cas à l’imparfait de l’indicatif ! En les appelant propositions subordonnées circonstancielles de condition, j’utilise une terminologie traditionnelle scolaire, toujours valide, mais lourde. Elle ne doit pas nous empêcher de voir que ces propositions fonctionnent comme des compléments circonstanciels de phrase : on peut les déplacer, voire les supprimer.

Dans la phrase (2) la condition est exprimée par « en voyant » (= un gérondif ») et tout ce qui suit, jusqu’au point final, qui fait partie du même groupe syntaxique. Ce groupe dont le noyau est un gérondif peut aussi être considéré comme une proposition circonstancielle : je peux la déplacer et le supprimer, la phrase reste acceptable.

Maintenant nos conditionnels ; relevons les formes ; ce sont :

- croiraient

- penseraient

- devinerais

Dans les trois cas, ils expriment une assertion, comme l’indicatif. Mais cette assertion est liée à une condition. Dans les trois cas, cette condition n’est pas réalisée. Les grammairiens appelaient cette structure « l’irréel du présent ». Ils la distinguaient de l’irréel du passé : dans ce cas la condition n’est pas réalisée, et elle ne peut plus l’être, car elle appartient au passé. On aurait alors : « s’ils l’avaient vu fonctionner, les Orientaux auraient cru » (si+ plus-que-parfait, et verbe de la principale au conditionnel passé).

Mais la condition peut être envisagée comme possible. Dans ce cas les grammairiens évoquaient le « potentiel ». Le Petit Quotidien du 18 février en donne un exemple dans son titre de une : « Si tu fais du ski, il faut que tu portes un casque », où l’on voit que, dans ce cas, on retrouve, dans la principale, l’indicatif présent.

En consultant la grammaire Hatier, page 166, je constate qu’elle ne retient pas l’opposition « irréel du présent » et « potentiel ». C’est un peu dommage, d’autant plus que l’exemple donné pour le potentiel est d’une grande complexité et prête à discussion.

Dans tous les cas, le conditionnel reste le mode de l’assertion, certes soumise à condition, et c’est une raison pour le considérer comme un « indicatif » et non un  mode spécifique.

Comme nous sommes souvent amenés à comparer le français et l’allemand, il est intéressant de constater que la règle est différente en allemand. On trouve le même « mode » après « si » et dans la principale. Les PE1-1 du CFEB pourraient me donner des exemples pour compléter cette fiche.

La formation du conditionnel

La grammaire Hatier, page 165, fait une observation que des enfants ne manqueraient pas de faire : les terminaisons du conditionnel combinent celles du FUTUR et de l’IMPARFAIT. Ce qui en fait un « temps » apte à exprimer le futur dans le passé.

Exemple :

Le président informe les journalistes qu’il ira en Haïti le 17 février.

Le président avait informé début février les journalistes qu’il irait en Haïti le 17 février.