buisson de mûres à La Roue - Savoie - photo jmm

 

LES MÛRES

 

Aux buissons typographiques constitués par le poème sur une route qui ne mène hors des choses ni à l’esprit, certains fruits sont formés d’une agglomération de sphères qu’une goutte d’eau remplit.

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Noirs, roses et kakis ensemble sur la grappe, ils offrent plutôt le spectacle d’une famille rogue à  ses âges divers, qu’une tentation très vive à la cueillette.

Vue la disproportion des pépins à la pulpe les oiseaux les apprécient peu, si peu de chose au fond leur reste quand du bec à l’anus ils en sont traversés.

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Mais le poète au cours de sa promenade professionnelle, en prend de la graine à raison : « Ainsi donc, se dit-il, réussissent en grand nombre les efforts patients d’une fleur très fragile quoique par un rébarbatif enchevêtrement de ronces défendue. Sans beaucoup d’autres qualités, - mûres, parfaitement elles sont mûres – comme aussi ce poème est fait. »

 

Francis Ponge (1899-1988), Le parti pris des choses, NRF, collection Poésie/Gallimard.

Dans ces textes qui semblent de simples descriptions, mais qui sont néanmoins des « poèmes », Ponge essaye de rendre compte des « ressources infinies de l’épaisseur des choses », par « les ressources infinies de l’épaisseur des mots ». Les poèmes qui composent le recueil ont été écrits au cours des années 30. L’ouvrage est paru en 1942.