A propos de la prolifération du « on-dit »…

 

Le parlé comme tel se propage à la ronde et revêt un caractère d’autorité. Il en est ainsi parce qu’on le dit. C’est dans des redites et des palabres de cette sorte (…) que se constitue le « on-dit ».

Le on-dit est la possibilité de tout entendre sans auparavant s’être approprié ce qui est en question. Le on-dit  neutralise même d’avance tout danger d’échouer dans son appropriation préalable. Le on-dit sur lequel chacun peut faire main basse ne délie pas seulement de la tâche d’entendre véritablement, il engendre au contraire une compréhension indifférenciée à laquelle plus rien n’est fermé. La parole (…) a la possibilité de virer au on-dit, et devenue telle, loin de tenir l’être ouvert au monde en une entente articulée, elle le referme et occulte ainsi l’étant intérieur au monde.

Extrait de Martin  Heidegger, Etre et temps, Paris, Gallimard, 1986, p.216.

(Le texte original en langue allemande, Sein und Zeit, est paru en 1927 ; malgré les controverses qu’elle a suscitées, à cause de ses liens supposés avec le nazisme, la pensée de Martin Heidegger est fondamentale pour le développement de la pensée philosophique au XX° siècle).