UE11 –M1 / Colmar - séance inaugurale – lundi 12 septembre 2011

INTRODUCTION AU MODULE

Plan de ce cours

- le contexte institutionnel

- les 5 axes du programme du français

- étude des textes ou la grammaire

- bibliographie

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Pour tirer parti de ce premier cours, il faut avoir les extraits photocopiés de trois ouvrages pour la jeunesse : la bande dessinée "Seuls" (tome 1), de Gazzotti et Vehlmann ; le roman de jeunesse illustré de F. Place : La fille des batailles, de F. Place (les Albums Casterman, 2007), et l'Ile du Monstril (Yvan Pommaux, L'école des loisirs, 2000).

LE CONTEXTE INSTITUTIONNEL

Cette UE a pour objectif une mise à niveau des connaissances en « maîtrise de la langue » nécessaires pour l’obtention du master des métiers de l’enseignement et de l’éducation et du concours de professeurs des écoles. Nous aurons en permanence à rechercher un équilibre entre ces deux pôles. Les exigences de la professionnalisation nous obligeront d’intégrer une part de didactique et de pédagogie. L’épreuve de grammaire du concours (6 points sur 12) porte sur un domaine spécifique : la grammaire scolaire, envisagée essentiellement d’un point de vue normatif et descriptif. Quelle que soit l’orientation, les textes de référence sont

·  le socle commun des connaissances et des compétences (2006) –

ce texte très important  place la « maîtrise de la langue française» au rang de la première compétence

·  le programme de langue de la fin du collège (horizon concours)

dans la logique du « socle commun » qui constitue un tout depuis l’école maternelle jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire (16 ans en France)

et non seulement les programmes de 2008 (pour les 3 cycles, maternelle comprise), qu’il faut néanmoins connaître de près

Vous trouverez les textes sur le site Eduscol (site officiel du Ministère de l’Education Nationale – désormais MEN)

Pour ce premier cours, nous avons situé l’enseignement de la « grammaire » par rapport aux grands axes de l’enseignement de la « langue » à l’école primaire. Nous les reprenons, notamment, des programmes de 2002, qui les ont explicités le plus nettement et nous considérons 3 grands domaines en étroite relation : l’oral (PARLER – ECOUTER), l’écrit (ECRIRE-LIRE), culture des écrits (les TEXTES). Vous aurez remarqué que la « grammaire » semble absente de ces grands domaines. C’est que son statut n’est pas simple à définir. D’une part elle est présente partout (elle s'appelle alors "la langue"), et ceci nous oblige à prendre en compte le fait que nos trois grands domaines se déploient dans l’espace scolaire. L’oral de l'école n’est pas celui de la cours de récréation. Les normes scolaires de l’écriture manuscrite sont assez rigoureusement codifiées.  L'apprentissage de la lecture ne peut pas se faire, dans notre société, en dehors d’une situation d’enseignement. D’autre part la grammaire est un domaine de compétences très spécifiques, où la langue est envisagée de façon très particulière, comme un « objet d’étude », et on revient là au sens commun, mais restreint (grammaire, orthographe, conjugaison, vocabulaire). Les programmes incluent ces deux formes différentes de la grammaire, mais en marquant fortement la nécessité d’un point de vue élargi. Pour preuve l’expression « maîtrise de la langue (française) », où le concept de LANGUE est à prendre au sens le plus ouvert.

Dans nos deux groupes de M1, plusieurs ont  fait des parcours en langue vivante, même en  chinois! Par « langue » on peut entendre, effectivement, toutes les connotations évoquées par « langue vivante » (par exemple, l’importance de l’oral et de la communication), mais de manière encore plus large :  les compétences d’un locuteur dans sa « langue maternelle », indépendamment des apprentissages effectués à l’école et des « langues apprises ». Nous avons eu un petit échange sur ces langues maternelles, parfois différentes du français. L'arabe est représenté dans notre groupe, et peut-être le berbère (langue des autochtones du Maghreb). Même le dialecte alemanique du Sundgau reste vivant (un cas au moins), et ce fut l'occasion d'évoquer le grand poète sundgovien Nathan Katz. Un point de vocabulaire : on appellera dans le programme cas du français "langue seconde" le cas où la langue parlée dans la famille n'est pas le français. Mais l'exemple de l'alsacien, que chacun peut observer, montre qu'un même locuteur, selon les situations et les interlocuteurs, peut parler plusieurs langues dans la même conversation !

 

LES 5 AXES DE LA MAITRISE DE LA LANGUE A L’ECOLE PRIMAIRE

Notre première séance a consisté, ensuite, à illustrer par de simples exemples, les trois grands domaines de compétence.

PARLER-ECOUTER

activité 1.

A partir de l'extrait 2, essayez de reconstituer l'histoire. Il s'agissait de la première double page du tome 1 de la série "Seuls" (Gazzotti et Vehlmann, éditions Dupuis), BD qui a obtenu en 2007, le prix Jeunesse 9-12 ans au festival d'Angoulême de 20O7. L'oral y apparait  fortement contextualisé, donc inséparable des conditions de la communication, qui n'est pas seulement linguistique. Toutefois, ce n'est pas là de l'oral conversationnel, mais un texte littéraire (un dialogue) qui mime l'oral. Indices : le  non chevauchement des interactions - une construction faite pour un lecteur, qui a besoin de connaître la situation initiale de l'histoire qui va être racontée. En fait c'est une scène d'exposition, début de la BD "Seuls").

Cette première activité a montré l'importance dans tout échange linguistique de la SITUATION DE COMMUNICATION. Nous n’avons rien dit du volet « écouter ». La compétence "écouter", souvent problématique dans notre société où tout le monde veut parler, est un défi pour l'école, qui doit la travailler. A l’enseignant de créer les conditions d’un échange de paroles. Il n’y parvient jamais que relativement. Des  situations scolaires typiques entraînent les enfants à  l’écoute : à l’école maternelle, ’une histoire lue à haute voix par le maître ; à l’élémentaire, la lecture à haute voix par l’élève lui-même, etc.

Pour l'analyse de ce grand axe "écouter-parler" il faudra explorer des champs nouveaux de la « grammaire » : la phonologie, l’intonation, la diction. Focalisée par la langue écrite, la grammaire dont se souviennent les étudiants ignore en général totalement ce domaine de l'oral et ses outils de description.

ÉCRIRE – LIRE

a)            écrire

activité 2

à partir des extraits photocopiés dans les ouvrages, faire l'inventaire des "écritures" représentées  - le titre de la partie "Un naufrage" (extrait de F. Place) est écrit en lettres manuscrites (la graphie contribue à la création d'une atmosphère : notion de "connotation"). Dans l'épisode photocoié de l'Ile du Monstril, est représenté livre (c'est un documentaire, ou une "encyclopédie") ; l'échange entre les deux ragondins porte sur la lecture

On peut écrire en « attachées » (cursives), en script, en capitales d’imprimerie – se pose la question du choix pour lequel nous avions prévu, sans y arriver, faute de temps, quelques jalons :

- histoire de la cursive scolaire (faite pour l’écriture)

- les caractères en « script » (faits pour la lecture)

- les capitales d’imprimerie (faites pour la lecture des affiches, de certains titres imprimés, etc)

Si nous avions pu aboutir, nous aurions évoqué un domaine très spécifique de l’apprentissage de la langue à l’école primaire : le geste matériel de l’écriture et l’apprentissage des normes de l’écriture manuscrite. Nous avons fait une différence entre écriture personnelle (expression de la personnalité) et l’écriture manuscrite normée.  Un travail à faire dès maintenant est l’expertise de votre écriture personnelle, en la confrontant aux normes en vigueur. Nous verrons que le MEN a précisé cette norme il y a quelques années, en admettant grosso modo deux variantes, l'une dans la ligne de la tradition scolaire français, l'autre plus proche des standarts anglo-saxons.

Par là nous avons posé, avec les  recherches récentes en didactique de la lecture écriture (mais Freinet l’avait déjà compris) que les enfants peuvent expérimenter l’écriture avant de maîtriser totalement le code écrit. Nous verrons plus tard comment et surtout pourquoi. Nous  en restons pour le moment à des questions

L’orthographe est une transcription de l’oral, mais en partie seulement. Les règles de correspondance grapho-phoniques sont complexes (26 lettres pour coder 36 sons).

Mais aussi, seulement 26 lettres pour fabriquer près de 500 000 formes attestées en français contemporain / écrire des millions de textes, dont certains au fondement de nos sociétés, et la plupart d’existence éphémère (le présent résumé de cours augmentant le stock). L’écriture est une combinatoire : un système qui articule des unités pertinentes à plusieurs niveaux (certaines lettres produisent des sons, certaines donnent des informations, certaines les deux à la fois, et un changement minuscule peut entraîner des conséquences majeures).

Le mot "écriture" est très polysémique. Il est souvent pris au sens d'activité rédactionnelle. L'aspect matériel est peu pris en compte (la dégradation des compétences graphiques dans notre société pose problème, vu les outils scripteurs non appropriés, vu les technologies du clavier et de l'écran). Les cycles 1 et 2 sont des étapes d'expérimentation intense de l'écrit, et pour commencer de l'écriture manuscrite.

Faire la liste des onomatopées contenues dans la double planche de BD. Comment fonctionnent ces signes ? Quelle difficulté pour l'enfant apprenti lecteur ? ici les signes graphiques renvoient à des signifiants phoniques - l'enfant ne comprend pas d'emblée que les signes de l'écriture ne renvoient pas directement à des signifiés, mais à des sons (voir le "principe alphabétique"). Nous avons eu un échange sur l'aspect culturel des onomatopées. Les coqs, décidément, ne chantent pas de la même façon en France, en Allemagne et en Algérie !

b)            lire

Activité 3

Relire les trois extraits - pourquoi est-il si facile de les localiser dans les extraits 1 et 2 ? - on peut les lire de deux façons : en s'immergeant d'emblée dans des histoires - en essayant de comprendre comment les auteurs les ont construits. Les trois textes s'adressent à des "lecteurs intelligents" (= capables de faire des calculs interprétatifs)

- 1 et 2 sont des récits d'exposition - ils ont pour fonction de mettre en place le cadre qui va permettre de comprendre la suite (lieu, temps, personnages)

- 3 : ce n'est pas l'exposition, mais un épisode raconté de deux points de vue différents (les enfants / les ragondins), dans un récit qui fait interagir deux techniques narratives : le texte, la BD : ces inerférences contribuent à l'esthétique très réussie de cet album d'Yvan Pommaux - la page suivante montre deux images sans texte, mais qui ne peuvent être comprises que si le lecteur a lu ce qui précède.

LA CULTURE DES ÉCRITS

activité  4

en considérant cette fois les thèmes de ces trois récits, trouvez un ou des points communs - dans les trois cas, des enfants se retrouvent seuls, ou dans un monde qui n'est pas le leur - ils vont devoir y survivre.

Nous venons de rencontrer un mythe fondateur de la littérature de jeunesse : celui de Robinson  Crusoë (un des premiers romans écrits pour les enfants, en Angleterre, en 1720). L'oeuvre de Defoë fut suivie, notamment au XIX° siècle d'une multitude de récits du même genre (d'où le terme de "robinsonnade"). A cette époque, le mythe exprime la continuité de la civilisation occidentale. Bien que seul sur son île, le naufragé Robinson y reconstitue, sur la base de l'éducation qu'il a reçue, la civilisation qu'il a perdue, en attendant d'y retourner. L'ile du monstril, un des plus beaux albums de Yvan Pommaux, tient aussi de ce genre de la robinsonnade. Voir une analyse.

Aujourd'hui, c'est la faillite du genre. Les Robinson sont des enfants qui ont perdu leurs parents - ou qui ne peuvent plus compter sur eux. Ambiguité du mythe : la transmission des valeurs, fondement du roman de Defoë, ne fonctionne plus, en tous cas la question se pose autrement. Quoi qu'il en soit, la littérature de jeunesse reste déterminée par un projet éducatif, même si, au bout du compte, ce projet peut se ramener à "savoir lire la littérature".

La recherche du fil conducteur nous a permis d’explorer ce champ de la culture, où domine aujourd’hui une approche « réticulaire » (du latin « reticulum : réseau). Le séisme (je ne vois pas d’autre mot) introduit dans nos pratiques culturelles par l’internet y est bien entendu pour quelque chose. La constitution des « réseaux », quand le travail n’est pas superficiel (il ne s'agit pas seulement de collectionner des ouvrages sur un même thème), questionne toujours LA LANGUE, notamment la syntaxe (le récit est une syntaxe dans la théorie narratologique), et le lexique

LA GRAMMAIRE COMME OBJET D’ÉTUDE

Ce n’est pas un domaine de plus, mais une dimension « impliquée » par chacun des domaines. A l’école primaire, le statut de la grammaire est problématique, mais néanmoins fortement inscrit dans les programmes actuels (2008). Elle est donc incontournable. Ajoutons qu’elle est d’une importance stratégique pour l’épreuve de français du concours. La situation de la grammaire à l’école fera l'objet de plusieurs cours de l'UE11.

Activité 5

- j"e m'ai pas perdu" ( dit le petit Terry dans la BD « Seuls » - tome 1)

EN RÉSUMÉ

Ce TD inaugural a eu pour but de décrire quelques contextes  dans lesquels l’apprentissage de la « grammaire » à l’école primaire prend son sens. Une formule inscrite dans les programmes de 1995 (Bayrou) reste vraie : « Il convient d’apprendre à l’élève à repérer les principes de fonctionnement de sa propre langue ; le maitre utilise pour cela un vocabulaire précis. La grammaire, le vocabulaire, l’orthographe sont des moyens de mieux parler, de mieux lire, de mieux écrire, et d’accéder ainsi progressivement à la maîtrise de la langue. »

Bibliographie

Nous indiquerons les références bibliographiques au fur et à mesure. Pour le moment, vous pourriez vous procurer ou récupérer un dictionnaire de langue. En France, le Petit Robert est l’outil de référence. Vous pouvez le remplacer par un dictionnaire en ligne : Le Trésor informatisé de la langue française : http://atilf.atilf.fr/tlf.htm.

Notre  grammaire de référence est  La Grammaire méthodique du français (GMF), RIEGEL, PELLAT, RIOUL, Presses Universitaires de France, coll. Linguistique Nouvelle, 1994, ou une réédition ultérieure. Cet ouvrage, qui s’adresse au public non spécialiste mais cultivé, est réputé « trop difficile » pour les étudiants. Les auteurs en ont tenu compte et sous la direction de J.C. Pellat, une équipe d’enseignants du premier et du second degré a produit en 2009 l’ouvrage Quelle grammaire enseigner ? HATIER, 2009. Il est beaucoup plus maniable, mais attention, il n’est pas complet. Vous pouvez aussi vous procurer TOMASSONE, Pour enseigner la grammaire, DELAGRAVE Pédagogie, 1996 ; accessible, mais très rigoureux du point de vue scientifique, il est à mon avis un peu plus difficile que le précédent.

Tous les concours génèrent des annales. L’outil le plus « en phase » avec ce cours est Français, Master, Epreuve d’admissibilité, nouveau concours 2011, HATIER. Il comporte un excellent précis de grammaire, avec à peu près toutes les notions qu’il faut connaître. Il conviendra aussi en cours d’année de regarder de près des manuels des cycles 2 et 3 en conformité avec le programme de 2008, pour vous faire une idée de la traduction sur le terrain, de ces contenus de grammaire. Comme votre programme n’est pas celui du CM2, mais celui de la fin de la classe du troisième, nous vous recommandons aussi la Grammaire du collège de la 6° à la 3°, MAGNARD.

Il est absolument nécessaire de vous procurer les programmes de 2008, de préférence en version numérique et en format PDF. Ils sont sur le site Eduscol à la page :

http://eduscol.education.fr/cid50487/savoir-parler-lire-ecrire.html