Charles BAUDELAIRE

CORRESPONDANCES

La Nature est un Temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

 Qui l’observent avec des regards familiers.

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

 Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

 - Et d’autres, corrompus, riches, triomphants,

 

Ayant l’expansion des choses infinies,

Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

 

Recopié dans l’édition des Œuvres complètes de Charles Baudelaire, La Pléiade, 1966 (texte établi et annoté par Y.-G. Le Dantec, révisée et complétée par C.Pichois) – Le sonnet Les Correspondances est le quatrième (IV) dans l’édition de 1861 des Fleurs du Mal.