Une semaine culturelle : ne pas rester avec la "culture" dans un rapport d'extériorité...

 

Dans la période récente, l'IUFM d'Alsace a subi trois  chocs : la réforme de la formation des maîtres, la mastérisation, et l'intégration dans l'Université de Strasbourg : de quoi entraîner sa mort clinique. Il m'est plusieurs fois arrivé, ces dernières semaines, de détromper des interlocuteurs, pourtant proches du monde de l’éducation : eh bien, non, nous existons encore ! Et même nous témoignons d'une belle vitalité puisque nous avons réussi à maintenir dans notre « maquette » universitaire une « semaine culturelle » conquise aux temps anciens de notre indépendance.

Cette idée, si nous savons en valoriser tout le potentiel, pourrait être, pour nous, le point de départ d'une décisive renaissance, conditionnée  toutefois par des changements de plus grande ampleur. C'est au concept de « culture » que nous pourrions réfléchir. On le sait, ces dernières décennies, il fait l'objet de tensions entre une conception plutôt « patrimoniale » et une autre plutôt « anthropologique ». D'un côté une « culture » qui s'affiche sans adjectif ni complément du nom ; mais  implicitement on considère qu'elle est d’abord « littéraire », « humaniste », à la rigueur « scientifique ». De l'autre une culture qui n'en finit pas de se donner des expansions grammaticales : du cinéma, de la bande dessinée, du théâtre ou du slam, bref toutes sortes d’expressions culturelles plutôt chaudes et proliférantes. Est en passe de basculer de ce côté-là : la littérature de jeunesse, moins légitimée qu’avant dans la formation, et qu’il nous faut, à nouveau, défendre et illustrer. Cette culture là est aussi, à l’école,  la chance des « éducations à », à l’environnement, à la santé, à l’égalité des genres, aux médias, qui peinent à se positionner aux côté des « disciplines »

C’est que l’école est bien plus à l’aise avec la première conception qu’avec la seconde. C’est très clair dans l’orientation de nos programmes de 2008, marqués par le tout littéraire. Le sujet « tombé » au CRPE  pour l’épreuve d’admissibilité en français, fin septembre en est une illustration presque caricaturale. C'est cette culture-là aussi que défendent les conservateurs de gauche  appelés les « républicains ». Du côté de la seconde conception, se rangeront peut-être plutôt les tenants d'une ouverture de l'école à d’autres « partenaires », ceux qui au lycée se sont, naguère,  investis dans les TPE, aujourd’hui nageant comme poissons dans l’eau dans les TICE, et qui, à tort ou à raison, portent l'étiquette de « pédagos ».

Il faut tenter de dépasser cette  opposition, en considérant qu’elle n'a pas  beaucoup de sens, tant que nous en restons avec la culture (les cultures ?) dans un rapport d'extériorité. Il y a de ce point de vue un risque de dérive dans la « semaine culturelle » : celui de se donner comme une simple vitrine, ou chacun viendrait « faire son marché ». Par les temps qui courent, les avantages pourront aller aux malins : ceux qui chercheront le meilleur rapport entre le plus utile pour le concours  et le moins coûteux en efforts.  L'autre choix possible est celui de l'investissement dans une pratique réflexive. Quel que soit alors le choix du « support », ce qui comptera sera une appropriation active, si possible « en atelier », c'est-à-dire en coopérant à plusieurs. Paradoxalement, il y a plus de chance qu’une « individuation » de la formation advienne de la coopération, que d’un travail individuel, donnant lieu à une évaluation standardisée, abstraite, et niant la part de l’investissement personnel et affectif.

Cette autre conception de l’évaluation, contrairement à la pratique dominante qui nous est imposée par l'universitarisation devrait alors coïncider de façon tendancielle avec le travail lui-même : nul besoin de concevoir, en plus, une épreuve de validation. Ainsi, si nous parvenons à produire un « journal interne de la semaine » (un exemple parmi d'autres), c'est la production en elle-même qui validera la formation, à condition, c'est important dans un projet de formation d'enseignants, d'y intégrer d'emblée la décisive part de réflexivité. Cette conception, aujourd’hui marginale, minoritaire, est propre à résoudre, aussi la tension entre les deux modèles : l'école sanctuaire ou l'école ouverte sur la vie, mais elle suppose un travail. Et ce  « travail », écrit Michel de Certeau, un des penseurs pionniers dans ce domaine, « plus essentiel que ses supports ou ses représentations, c'est la culture[i]. » (JMM)

Sur la conception ici présentée de l'évaluation, lire un article de P.Perrenoud en ligne. Voir aussi le dernier numéro des Cahiers pédagogiques : l'évaluation à l'heure des compétences (articles accessibles en ligne par l'ENT)

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[i] DE CERTEAU (Michel), La culture au pluriel, 1974, 1980, 1993, éditions du Seuil.