Revue de presse – 27 octobre 2011 - JMM - sur le média télévision voir la page spéciale enfants et télévision - voir la page "semaine culturelle" pour en savoir plus sur les projet pédagogiques incluant les médias

La fin de Khadafi :

comment les journaux d’information pour enfants en ont-ils parlé ?

En décembre 2003, lorsque fut capturé dans des conditions violentes Saddam Hussein,  les médias avaient exhibé à la télévision et à la une des journaux  des photos du dictateur irakien hirsute, au visage tuméfié. Malgré le possible impact traumatisant, les journaux pour enfants avaient emboîté le pas. La fin dramatique de Khadafi est un évènement similaire, et traité de la même manière. Dans les grands médias, cette  question de l’effet sur les enfants ne se pose pas, les commentateurs ne pouvant que se dédouaner en avertissant que les images qui vont suivre dans quelques secondes risquent d’être difficiles pour des enfants. Ces derniers ont pu voir, diffusées à toute heure du jour,  des scènes dramatiques filmées avec des téléphones portables, sans pour autant que de telles images aient pu servir à établir la vérité des faits. Pour des enfants jeunes, la pratique aujourd’hui banalisée d’images difficiles diffusées en boucle pose un problème spécifique, les enfants ne comprenant pas forcément qu’il s’agit du même évènement et non pas de péripéties successives. Les codes étant les mêmes, il devient aussi impossible de distinguer images « réelles » et fictives. Il est donc salutaire que la presse écrite et en ligne destinée au lectorat très jeune fasse son travail. Toutefois, à lire les articles de près, on voit que ces journaux ne le font pas tous de la même façon.

Une revue de presse internationale : France – Belgique - Allemagne

1Jour1Actu 

http://1jour1actu.com/monde/que-deviennent-les-dictateurs-du-printemps-arabe/

Pour couvrir l’évènement, Milan opte pour une contextualisation maximale.  Ce 21 octobre, le mot du jour est TYRAN.

L’info n’est pas focalisée sur Khadafi, mais élargie : « Que deviennent les tyrans du monde arabe » ? A ce stade le mot n’est pas encore expliqué : c’est le rapprochement des infos qui permettra au lecteur de construire cette définition. Le titre, le chapeau invitent à inscrire le « fait » de la mort de Khadafi dans une logique d’effondrement des tyrannies : une série de brèves rapproche l’expression « printemps arabe » et son actualisation successivement en Libye, en Egypte, en Tunisie, en Syrie, au Yemen, en répondant à la question du titre. La définition de « tyran » en langue, et rapprochée de l’antiquité grecque, arrive seulement  à la fin. La rubrique le Dico du jour explique « crime contre l’humanité ».

On le voit, la rédaction de Milan a recherché la prise de distance, en stimulant l’intelligence des jeunes lecteurs, invités à faire des rapprochements .  Ainsi en cliquant « en savoir plus sur la fuite de Khadafi », on n’obtient pas l’actualité brûlante, mais une page plus ancienne sur Khadafi : ce 22 février, le mot du jour était « dictateur ».

La photo du 21 octobre procède du même choix de traitement de l’info :  « sur cette photo, tu peux voir Mouammar Khadafi  lors d’une visite officielle à Rome (Italie) en 2009, donc hors de l’actualité immédiate. Encore une recherche de distanciation.

Mon Quotidien 

Fait sa une sur la mort de Khadafi :

Titre : Fin de 42 ans de dictature Khadafi (en petits caractères) et gros titre : L’EX-CHEF DE LA LIBYE A ETE TUÉ

Le titre est en incrustation dans la photo de une : on y voit un combattant rebelle brûlant un drapeau à l’effigie du dictateur.

L’évènement est traité sur une double page intérieure (rubrique A la une). Le titre :

LE COLONEL KHADAFI TUÉ – IL PRÉFÉRAIT  MOURIR QUE – SE RENDRE

Sur 3 lignes, en corps de caractères de plus en plus importants, ce titre insiste sur le refus de reddition du colonel, avec le risque d'héroïciser le personnage. Mon Quotidien a choisi d'informer à chaud et donc sur le registre émotionnel.  La mise en page va dans ce sens : 6 photos créditées, mais non légendées ni expliquées dans l’article. La partie gros titre et photos prend les trois quarts de la surface de cette double page. Parmi les photos, la troisième montre le Khadafi hystérique des derniers jours. La photo 4 semble être celle d’un tir de missile depuis un bateau de guerre. La dramatisation des événements est encore accentuée par la mise en page : texte en caractère blancs sur fond noir à l’inverse d’une information neutre. Quant à l’info, elle reprend à chaud encore, comme avéré,  un scénario de la mort de Khadafi, en citant une déclaration du ministre français G.Longuet, alors qu’au 22 octobre, dans les médias, la vérité n’est toujours pas établie. Il y a certes dans cette double page des éléments de contextualisation : une carte du monde pour situer la Libye à 2000 km et 2h30 d’avion de Paris, le récit en 5 points page de droite du conflit depuis la mi-janvier  au 22 août, date de la fuite de Khadafi ; il y a aussi une invitation à rechercher sur le site du journal les articles déjà consacrés à la Libye (trois). Autre élément de distanciation, caractéristique de la maquette des journaux du groupe Play Bac : un combattant en personnage de BD, brandissant le drapeau de la rébellion.

A noter : l’information n’a pas été reprise par Le Petit Quotidien, qui titre le 22 octobre  sur les astronautes faisant de la plongée. Choix très différent de 2003, où Saddam avait fait la une.

En Belgique, en Allemagne

Cette brève revue de presse a été l’occasion de découvrir deux journaux d’information pour enfants étrangers.

Le Journal des Enfants belge est un hebdomadaire qui ressemble beaucoup à son homologue mulhousien. Et pour cause : il est le fruit de la réflexion commune de son fondateur  Carl Vandoorne et de Béatrice d’Irube, fondatrice du JDE alsacien. Le JDE belge existe depuis 1992. Comme le JDE de Mulhouse est dans le giron du groupe Alsace Publications, qui édite le  quotidien L’Alsace et Le Pays, le JDE belge appartient au groupe  de L’Avenir, qui produit 9 éditions différentes d’un quotidien portant ce titre.

Galaxo, journal d’informations pour enfants en langue allemande, paraît le mardi et le vendredi . il est produit par le quotidien Mitteldeutsche Zeitung et paraît depuis mars 2007.

Comment ces deux journaux rendent-ils compte de la mort de Khadafi ?

Galaxo

Une photo de presse d’archives de Khadafi avec la légende : « Mouammar al Gadaffi[1] lebt nicht mehr ». Le titre est interrogatif ? :  Kämpfe zu Ende (Vers la fin des combats ?). L’article nettement plus distancié que celui de Mon Quotidien renvoie aux « nombreux » articles consacrés antérieurement à la Libye. Il rappelle que l’OTAN repose sur une idée de soutiens mutuels de divers pays, en vue de la paix, et rappelle que l’Allemagne fait partie de l’OTAN. Il insiste sur la mort de Khadafi, en expliquant qu’il ne peut s’agir cette fois d’une fausse nouvelle. Un article somme toute objectif, et qui permet à des enfants de commencer à se poser la question des sources de l’info.

Le JDE belge

Cet article accessible en ligne est celui du 26 août. Il n’est donc pas encore question de la mort de Khadafi, mais de l’actualité de la révolution libyenne à cette date. Le titre évoque les « derniers jours au pouvoir » du leader libyen, en indiquant que personne n’a pu à ce jour le localiser. Comme son confrère allemand, il insiste sur le rôle de l’OTAN en reconnaissant le rôle moteur de la France, mais  en rappelant aux jeunes lecteurs que la Belgique en fait partie. La photo montre une foule en liesse à Tripoli, brandissant un immense drapeau : à la différence de Mon Quotidien, et en se rapprochant de Milan, la rédaction a choisi de parler de la guerre, mais non de la montrer.

Comment le JDE côté français rendra-t-il compte de la dramatique actualité libyenne ? Je vous laisse le découvrir, car je termine cette revue de presse mercredi soir, et le JDE, journal hebdomadaire, parait le jeudi. JMM – 26 octobre 2011

Cette revue de presse aura fait apparaître l’intérêt d’une « contextualisation », comme condition d’une bonne compréhension de l’actualité, voire d’une « thérapie ». Ce travail incombe à l’évidence, aussi,  à l’école, donc à l’enseignant. Et en formation, éduquer aux médias s’apprend.

Voir le livret "Eduquer aux médias, ça s'apprend" édité par le CLEMI : télécharger le fascicule.

 

 



[1] « Khadafi a cessé de vivre » ; on remarquera au passage que le nom germanisé est différent : avec des classes bilingues, ou initiées à l’allemand comme il est très fréquent en Alsace, on peut le faire remarquer aux élèves.