2011-12 : des sujets de mémoire de master autour des « médias »

 

 

 

 

 

Le mot « média » ne doit pas faire peur, ni être compris seulement dans son sens restrictif et traditionnel : la presse écrite, la radio, la télévision, et depuis quelques années internet. Commençons par là.

Médias au sens commun et restreint

Cet aspect est toutefois bel et bien inscrit dans le « socle commun », et même, en cherchant bien dans le programme de 2008. C’est ce qu’on appelle une « éducation à », par vocation transversale.  Il existe une mission officielle permanente, interne à l’éducation nationale : le CLEMI, qui en a la charge. Voir le fascicule « Eduquer aux médias, ça s’apprend », que vous pouvez télécharger ici. Des rapports réaffirment périodiquement la nécessité d’une éducation dans ce domaine (voir, par exemple le rapport remis en octobre 2009 à Nadine Morano, à l’époque secrétaire d’état à la famille – voir aussi le rapport de l’Inspection Générale)

Plusieurs écoles produisent des journaux scolaires. L’OCCE en possède une collection. Des sujets de mémoire très divers sont possibles dans ce domaine. Une piste particulièrement intéressante : comment les journaux pour enfants transmettent-ils aujourd’hui une partie des savoirs scolaires. Ainsi le journal Mon Quotidien (dès 10 ans) vient-il d'éditer un numéro hors série sur le corps humain. Le Petit Quotidien, qui s'adresse à des enfants plus jeunes, propose chaque jour une double page « découverte » à vocation didactique. Inversement, on peut se demander ce que deviennent les médias lorsqu’ils sont traités comme objets d’apprentissage par les manuels. Ainsi la manuel « Pépites », livre unique de français pour le CE2 (Magnard) traite l’article de presse comme un récit littéraire… ce qui n’est pas faux, mais pose aussi problème ! Aujourd’hui des groupes de presse sont devenus pour l’école de redoutables concurrents, ou des alliés, comme on voudra, en fonction de la culture professionnelle des enseignants. Milan (1Jour1Actu) et Bayard gagnent à être connus, vu leur niveau de professionnalisme. Deux ou trois mémoires de master dans ce domaine ne seraient pas de trop si nous voulons commencer de rattraper dans notre IUFM un retard considérable dans ce domaine, et plus tard transférer ces acquis sur le terrain.

Médias au sens élargi et scientifique

Mais d’autres projets de mémoire peuvent tout aussi bien inclure la littérature de jeunesse considérée comme un média, et dans ce cas, la recherche portera non seulement sur la qualité littéraire intrinsèque des oeuvres, mais sur les pratiques des jeunes lecteurs (la classe, la BCD, les médiathèques extérieures à l’école). Un trait spécifique de cette littérature est dans le fait qu’elle est « prescrite » par les adultes, qu’il s’agisse des enseignants, des familles, ou des médiateurs culturels. Si les ouvrages se prêtent à des « mises en réseaux », cette idée du réseau doit être envisagée aussi des points de vue matériel et social : tout le circuit de production et d’échange, qui va des auteurs aux lecteurs, et des lecteurs vers les auteurs.  Surgissent alors d’autres acteurs : les éditeurs, les directeurs de collection, les critiques, les bibliothécaires, parfois les parents prescripteurs, voire les « pairs ». La recherche s’ouvre par là sur d’autres lieux de lecture que la classe : les médiathèques, les librairies spécialisées, mais aussi les rayons de livres des hypermarchés, dont l’offre est différente (mais pourquoi cette différence?) S’y ajoutent aujourd’hui des « produits dérivés » : DVD, livres audio, jeux vidéos, bientôt sans doute des livres numériques conçus pour des enfants. Des éditeurs se sont intéressés aux réseaux ainsi compris. Voir chez Rue du Monde l’album « Sous le grand Banian » suivi de « Comment un livre vient au monde », qui raconte la naissance du premier. Le Salon du Livre (de Colmar) est  un bon observatoire pour qui s’intéresse à cette  question de la médiatisation de la littérature. A la clé une question professionnelle : en quoi les pratiques réelles de lecture des enfants gagnent-elles à être connues des enseignants concepteurs de stratégies d’apprentissage ? Il n’est peut-être pas inutile de comprendre les raisons du succès de Harry Potter, bestseller mondial, si l’on veut initier plus efficacement les jeunes lecteurs à des ouvrages de plus grande « valeur » littéraire, cette question de la « valeur » étant elle-même assez problématique pour stimuler une envie de recherche.  Un autre exemple, dans une palette très large : comment certaines bandes dessinées de jeunesse, dans l’école (Yvan Pommaux – L’île du monstril, L’école des loisirs), et hors de l’école (Gazzotti et Vehlmann – Seuls, Dupuis) permettent-elles de mieux repérer les codes culturels des élèves à la jointure de l’école primaire et du collège ; et comment peuvent-elles servir au maître pour réajuster son enseignement, sans pour autant renoncer à ce qu’il a mission de transmettre ? Pour entrer dans cette problématique, nous pourrions lire, par exemple, la lettre ouverte que Alain Serres, directeur de Rue du Monde adresse aux "critiques littéraires et à tous ceux qui n'ont pas encore eu la chance de rencontrer un bon livre de jeunesse".