UE11 – Note sur l’évolution du cours en janvier 2012 - jmm

La langue en trois dimensions

L’UE11 est un module de mise à niveau en maîtrise de la langue. Dès la première séance, nous avons posé comme principe l’inscription des enjeux de la langue dans les textes et dans la culture. C’est pourquoi, chemin faisant, au prix de révisions parfois douloureuses, nous déconstruisons une grammaire scolaire abstraite, et sous certains aspects débilitante. Mais en suivant l’exemple des grammairiens de Port-Royal, c’est pour mieux la reconstruire, en nous laissons, comme eux, guider par la « raison », avec la passion de mieux comprendre, non seulement la « grammaire », mais rien moins que le « monde ». De quoi le monde est-il fait ? Le métier d’enseignant, auquel vous vous destinez, nécessite de votre part un effort de reconstruction, par la pensée et le classement ; et on peut penser que c’est épuisant dans notre maquette de formation, car il vous faut le refaire plusieurs fois dans une même journée, dans des disciplines différentes, portées par la même exigence, et généralement, sans que cela soit dit.

Dans la logique de cours dénommé UE11, le monde que la langue permet d’explorer est un monde en trois dimensions : celle des faits, décrits par les sciences, physiques ou humaines ; celle de la « doxa » : les représentations sociales et culturelles, d’une immense influence sur les comportements ;  elles sont portées par les médias ; celle enfin des « mondes intérieurs », où nous entraînent la lecture des textes littéraires, la contemplation des œuvres d’art, la méditation des grands textes philosophiques, et/ou religieux. Et ces mondes, sans arrêt, communiquent, débordent les uns sur les autres, ce qui à coup sûr perturbe, mais aussi enrichit. Les compartiments des disciplines académiques ont pour fonction de « calmer le jeu ». Mais ce serait dommage de nous y laisser enfermer : il suffit de sortir des murs de l’école pour retrouver le bouillonnement de la vie, cette vie qui est, pour Célestin Freinet, la seule école !

Ainsi, conjoncturellement, de la vie a surgi un débat au sein d'un groupe autour de la loi de 2004 interdisant le port des signes religieux « ostensibles » dans les établissements scolaires publics français du premier et du second degré : occasion imprévue de penser le « signe » comme phénomène linguistique d’abord, mais plus largement comme un passionnant fait de culture. D’où mon choix du moment, de vous proposer comme digressions utiles, une ouverture sur la littérature francophone du Maghreb, et avec le quotidien Le Monde, deux articles, l’un sur la laïcité en terre d’Islam, et l’autre sur la charia qui va nous servir, sous la forme d’un exercice libre, à compléter notre approche trop sommaire de la question du lexique.

L’enseignant, dans l’école de la République, sait que l’humain se construit dans ces trois dimensions : la science, la doxa, et l’intériorité,  en permanente interaction. Armé de la raison, son seul outil, avec la passion de comprendre et de faire comprendre, il aide des enfants, dès la maternelle,  à devenir (lentement !) des hommes libres. Les apparentes digressions du « cours », les développements sur les pages de mon site sont la mise en œuvre de cette démarche, qui n’a rien d’original. En effet, les 7 piliers du socle commun des connaissances et des compétences la confortent. Relisez ce texte, à mettre dans vos favoris.

Lire la notice sur Mouloud Feraoun – Lire l’extrait de Feraoun lu en cours - Lire le cours sur le lexique – Faire l’exercice « charia » - Lire un autre article sur laïcité et islam