UE-21 année universitaire 2011-12

la page des alphabets

Les contenus de ces pages personnelles ne sont pas des publications universitaires. Elles sont destinées aux étudiants inscrits dans mes modules de formation au Master 2 (métiers de l'éducation et de la formation) et complètent les enseignements en présentiel.

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La page des alphabets accompagnera notre parcours UE21, dans lequel l'apprentissage de la lecture et de l'écriture tiendra une grande place. Pourquoi cette page spécifique ? D'abord pour bien maîtriser cette notion de "principe alphabétique", récurrente dans les programmes de 2008, et les tableaux de progression, de la grande section de maternelle à la fin du CE1. Le principe alphabétique n'est pas la connaissance des lettres de l'alphabet, mais la compréhension du système. Il est fondé sur la mise en relation de "lettres" et de "sons", donc sur un principe de correspondance de signes graphiques et de signes phoniques. Dans notre parcours UE11, les cours sur "phonème" et "graphème" ont démontré que ces correspondances ne sont pas "bi-univoques". Une autre manière de nous approprier la complexité de ces rapports sera de comparer plusieurs systèmes de transcription alphabétique.

Il y a d'autres raisons pour nous intéresser aux alphabets. La tradition scolaire, en France du moins, a considéré, implicitement, que la lecture était antérieure à l'écriture, et la recherche en didactique, à partir des années 80, s'est focalisée sur la lecture. Toutefois, d'autres travaux de recherche, souvent internationaux, ont pris l'option inverse. Ils ont parié sur l'antériorité de l'écriture. C'est le cas par exemple de Emilia Ferreiro (L'écriture avant la lettre), mais aussi, dans le champ français, de chercheurs comme Jacques Fijalkow. En prenant davantage de recul, nous verrons que cette voie était déjà ouverte par Célestin Freinet (La méthode naturelle), et dans les grands textes de Vygotski. Pour l'auteur de La pensée et la langue (1934), l'écriture est "l'algèbre du langage". Enfin, à cet enjeu didactique, il faut ajouter celui de culture, qui est sans doute, le plus important. Car les alphabets ne sont pas seulement des codes fonctionnels et utilitaires. Ils sont aussi la transcription des croyances, la marque des institutions et des pouvoirs, en un mot une manifestation éminente du "sacré". Raison pour laquelle les poètes, les plasticiens, voire les musiciens les ont incorporés dans leurs créations.

Le choix de la presse comme entrée est arbitraire, mais justifié par une orientation propre à mon site : l'éducation aux médias. D'autres entrées, par l'art, la littérature, voire le fait religieux, seraient tout aussi riches. En passant par la presse écrite, nous déconstruirons peut-être la représentation d'un "alphabet latin" monolitique et ethnocentré. La plus grande partie des lecteurs, d'un point de vue international, est contrainte d'apprendre plusieurs alphabets : la première page visitée, celle d'Eleutheriarupia, journal athénien, en fournit une preuve. Dans la classe, il sera facile aussi, grâce à l'internet, d'importer de telles pages. On peut aussi, assez facilement, se procurer des journaux imprimés dans différents alphabets.

Les alphabets

Commentaires

Le journal quotidien : ELEUTHEROTUPIA, "presse libre", quotidien d'Athènes.

Eleutheria est un mot grec qui signifie "liberté. La racine "tupia" évoque la presse : nous la retrouvons dans le mot "typographie". Ce mot "tupos" signifiait à l'origine "empreinte, caractère gravé", et il a une double filiation. Un type est un ensemble de caractères communs à une espèce( d'où "prototype", "stéréotype"). Mais la racine entre aussi dans le vocabulaire de l'imprimerie. Au passage, remarquons que les mots grecs contenant un "u" (upsilon), donnent en français "y" qui se prononce "i", à la différence de l'allemand, qui maintient la prononciation "u" dans "gymnasium" (lycée).

Ce regard porté sur la presse grecque nous plonge dans l'actualité. Le journal serait en faillite, d'après les informations données par wikipedia. Nous découvrons Eleutheriatupia en même temps que nous apprenons la disparition de Theo Angelopoulos, un des très grands cinéastes de notre époque.

L'ouvrage de littérature de jeunesse présenté en cours est Pythéas l'explorateur, de Thibaud Guyon, L'école des loisirs, collection Archimède, 2001. Pythéas, savant, marin, aventurier, est parti de la colonie grecque de Massalia (Marseille), et a exploré les contrées "barbares" du nord, jusqu'au mystérieux pays de Thulé. C'était au IV° siècle avant J-C, à l'époque hellénistique, au temps d'Aristote et d'Alexandre le Grand. Les "Hellènes" (Ellénès), nom que de donnaient les Grecs eux-mêmes.

En savoir plus sur ce journal - sur l'alphabet grec - revenir à la page UE21 - revenir à la page d'accueil.

 

Zëri, journal du Kosovo

Zëri se traduit par "les voix"

Le Kosovo, région d'ex-Yougoslavie est indépendant depuis 2008. C'est un pays de langue albanaise, comme celle de son "grand-frère", l'Albanie. L'albanais s'écrit dans un alphabet latin, qui comporte les mêmes lettres que l'alphabet français, mais avec quelques graphèmes différents. Par exemple : Dh : se prononce comme le " th " en anglais Ç : se prononce " tch " comme dans " tchèque Xh : se prononce comme " dj " comme djinn Zh : se prononce " j " comme " jambe ". Et le curieux Ë qui se prononce " eu " comme dans " peu " ; "Zëri" se prononce donx "Zeuri" ; " e " se prononce " é " comme dans été. Donc "Republika e Kosovës" : République du Kosovo. Comme en grec, le " y " se prononce " u ", et le " u " se prononce " ou ". L'orthographe de cette langue albanaise n'est pas compliquée : tout s'écrit à peu près comme ça se prononce. Langue très minoritaire parlée par moins de 10 millions de personnes au monde, l'albanais est peu traduit ; en revanche, les albanais traduisent les grandes langues européennes. Victor Hugo s'écrit Viktor Hygo, Voltaire : Voltèr et Shakespeare : Shekspir - Et Zhan Zhak Ruso ? Le plus grand écrivain albanais d'Albanie vivant : Ismaïl Kadaré ; auteur de romans et d'essais, comme Eschyle ou l'éternel perdant, qui traduit : Eskili ky humbës i madh (Eschyle ce grand perdant) mot à mot . Sur le Kosovo, voir la page dédiée sur ce site.

 Une page du

BagsvÕrd Bladet de Søborg

Le danois est la langue du Danemark et des îles Féroé, et une des langues officielles de l'Union Européenne. C'est la langue de H.C.Andersen. L'extrait rétroprojeté est le début de la Petite fille aux allumettes. L'alphabet danois compte 26 lettres comme en français. Parmi les différences, le "rond en chef", que l'on retrouve dans les autres langues scandinaves et en tchèque. Il remplace le digramme /aa/ allongé que l'on trouve aussi dans l'allemand "Haar". Le /ø/ se prononce comme l’allemand /Q/ dans « hQren » et le /Õ/ comme dans l’allemand « BÓr ». Somme toute un alphabet très proche du nôtre, mais qui nous aura permis d’évoquer les deux autres contes d’Andersen inscrits sur la liste officielle des lectures au cycle 3 : L’intrépide soldat de plomb  et La petite Sirène.

Une page du quotidien El Moudjahid (le combattant), fondé dans la clandestinité en 1956), puis devenu "journal de l'état".

Ici une page du quotidien El Watan (La patrie), quotidien libre, d'expression française, et journal d'opposition.

Le 19 mars 2012 : 50° anniversaire de la signature des accords d'Evian, qui marquent la fin de la guerre d'Algérie, et l'accès de ce pays "frère" à l'indépendance. Nous avons choisi l'alphabet arabe. Cette langue appartient au groupe dit "sémitique" (en référence à Sem, l'un des fils de Noé, personnage reconnu dans la Bible et dans le Coran). Font partie de ce vaste groupe de langues l'hébreu (aujourd'hui langue officielle d'Israël), l'araméen, et le turc (qui s'écrit en alphabet latin). A l'origine, l'arabe était parlé par des tribus nomades qui sillonnaient l'Arabie et le désert du Sinaï (appelé côté israëlien désert du Neguev). C'était la langue, à l'époque romaine de la tribu des Nabatéens. Son expansion fulgurante coïncide avec la naissance de l'Islam en 620. Langue de la Révélation du Coran au Prophème Mohammed, son écriture se fige. Elle s'impose à tous les pays islamiques, jusqu'au Pakistan, comme langue de culture, ou du moins comme langue religieuse. L'alphabet arabe est consonantique, comme l'hébreu, mais accepte un système de points pour encoder les voyelles. Il comporte 28 signes. Le déchiffrage de l'écriture arabe, qui se lit de droite à gauche, est difficile pour un non initié, la graphie des lettres présentant des variations selon la position au début, au milieu ou à la fin du mot. Cliquer ici pour trouver deux mots connus. En Algérie, l'arabe imposé dans le système scolaire après l'indépendance coexiste avec le français très largement répandu dans toutes les couches sociales, et avec le berbère (tamazight) dans certaines régions, dont la Kabylie.
Le site de l'Asahi Shinbun

La suite de notre exploration des écritures nous a fait découvrir une écriture "idéogrammique", avec la visite du site d'un grand journal du Japon : Asahi Shinbun : le "Journal du Soleil levant" (ses 8 millions d'exemplaires en font un des journaux les plus lus dans le monde). L'écriture idéogrammique, à base de "signes mots" n'est pas un alphabet, puisque ses signes expriment directement des signifiés, alors que les alphabets sont des signes phonogrammiques. Toutefois, les écritures idéogrammiques ont toutes incorporé des idéogrammes particuliers à valeur phonogrammique. On connaît dans le monde trois grandes civilisation qui ont inventé des écritures de ce type : Sumer (il y a près de 4 000 ans) avec l'écriture cunéiforme, l'ancienne civilisation égyptienne avec les hiéroglyphes, la Chine, qui transmit son écriture au Japon. Ce pays, qui parlait une langue très différente, reprit le système d'écriture chinois, avec des modifications aussi considérables qu'ingénieuses. Malgré la difficulté que représente l'apprentissage de milliers de "kanjis", le Japon est peuple de lecteurs, de presse mais aussi de littérature. La littérature de jeunesse y est florissante.

Sur mon site, voir une page sur l'apprentissage de la lecture au Japon.