UE23 – complément pour la première série de cours – février-mars 2012.

Fiche technique - Proposition de corrigé pour une « analyse » - ©J-Marc Muller - retour à la page d'accueil

Sujet session 2011 – groupement académique de Strasbourg.

Le personnage dans la littérature romanesque

Consigne :

Vous analyserez les différentes conceptions du personnage de roman à partir des textes du corpus.

Rappel : à propos du MÉTA-PLAN

Ce corrigé se fonde sur une conception de l’exercice comme « travail intellectuel » ou « trace de la vie de l’esprit ». D’où le parcours en trois parties suggéré :  CONTEXTUALISATION,  ANALYSE, ORIENTATION PRAGMATIQUE.

Attention : c’est un « méta-plan » et non pas un plan pour la production rédigée. Par « méta-plan », on entend « le plan du plan », c’est-à-dire le cheminement de toute pensée (sous l’obédience de la raison, elle-même baignant dans  la lumière du « logos »). Cette approche, qui est tout sauf une recette, relève de la « méthode » (au sens étymologique : ce qu’il faut maîtriser pour « faire route »).

De cette distinction délicate découlent deux observations :

- si la première partie est à peu près toujours une contextualisation, les deux autres étapes du méta-plan peuvent se chevaucher, et c’est le cas dans le corrigé qui suit

- en aucun cas le vocabulaire du méta-plan ne doit être utilisé au niveau rédactionnel : ce sont des mots interdits, car il y aurait alors confusion de niveaux. Et la méthode ne serait plus que recette !

Voir d'autres fiches techniques abordant la même question : ici - ici - et ici

 

 

INTRODUCTION

 

Le dossier a pour thème la question du personnage dans le roman.

Deux extraits, publiés tous deux aux éditions de Minuit, problématisent cette notion : A. Robbe-Grillet, dans son manifeste Pour un nouveau roman (1957), et plus près de nous, P. Bayard, à propos d’un roman de Conan Doyle, dans un essai intitulé L’affaire du chien des Baskerville (2008). A l’appui de l’argumentation de ces deux critiques littéraires, s’ajoutent deux extraits de roman. Le premier est un extrait de la description du père Goriot, dans le roman éponyme de Balzac (1935). Le second est tiré du prix Goncourt 2010 : La carte et le territoire, de M. Houellebecq.

Le dossier permet de confronter deux conceptions contrastées du personnage fondées sur deux approches différentes du romanesque. Celles-ci sont formulées dans des cadres culturels différents. Selon que les écrivains privilégient les auteurs ou les lecteurs, leurs conceptions du personnage divergent. Le dossier laisse les lecteurs libres de leurs préférences, mais il éclaire le débat.

 

DÉVELOPPEMENT

La position de Robbe-Grillet est polémique. Il fait un état des lieux de la création romanesque de son propre temps : le milieu du XX° siècle, pour considérer que le personnage du roman traditionnel a vécu. C’est une « momie » et selon lui les romans contemporains se répartissent en deux catégories : les « grandes œuvres », qui entérinent cette mort du personnage, et les autres, vénérés par une critique que Robbe-Grillet pourfend, qui ne peuvent produire que des personnages « fantoches ». Pour illustrer cette figure « périmée » (voir le titre) du chapitre, on peut s’appuyer sur la description  du Père Goriot, un chef d’œuvre de Balzac, saisissant de réalisme, mais lié à son contexte de production. Toute différente est l’approche de P. Bayard. En critique littéraire, il s’intéresse au problème de la réception de l’œuvre littéraire. Dans une démarche inspirée par la psychanalyse il interroge les rapports complexes entre les personnages de fiction et les lecteurs. Il décèle une interpénétration de deux univers. A titre d’exemple il cite le cas de Conan Doyle, qui s’est trouvé contraint de ressusciter Sherlok Holmes, qu’il avait fait disparaître, car les lecteurs ne pouvaient surmonter leur frustration. L’extrait de Houellebcq illustre ce passage à la limite. Jed, personnage de fiction, rencontre l’auteur des Particules élémentaires, et dans leur conversation, de plus, ils évoquent Robbe-Grillet.

 

Ne défendant pas les mêmes points de vue, l’argumentation des auteurs correspond à des enjeux différents de la création romanesque, et partant, de la fonction des personnages.

 Robbe-Grillet, comme auteur, et comme chef de file d’un courant esthétique, envisage le roman dans son développement historique, comme apport de formes neuves. Pour lui, le roman, et donc les personnages, doivent aider à comprendre le monde. Aussi rend-il hommage aux grands auteurs du XIX° siècle : Dostoievski, mais aussi Balzac ; ils ont non seulement fait des portraits réalistes, mais ils sont créé des « types », en mettant en scène des individus représentatifs. Mais pour Robbe-Grillet, ce processus créatif est historiquement daté, lié à l’apogée de l’individu. Sans doute évoque-t-il implicitement des personnages d’anti-héros, caractéristiques des grands textes romanesques du XX° siècle : Gregor, dans la Métamorphose de Kafka, Antoine Meursault dans L’Etranger de Camus, ou Ferdinand Bardamu dans le Voyage au bout de la nuit de Céline.

Bayard part en revanche de la situation du lecteur, seul avec son livre, mais faisant foule en tant que « lectorat ». Il s’intéresse à l’effet produit par le personnage sur ce dernier, en réfutant au passage une objection facile : rares sont les lecteurs qui croient vraiment que Sherlok Holmes a existé. Mais c’est dans l’inconscient que se joue la confusion.

 

Le dossier ne permet pas de trancher entre ces deux approches éloignées dans le temps et dans le contenu, mais il éclaire le débat. Roobe-Grillet se situe comme un créateur. C’est l’invention, la création de formes nouvelles qui constitue le bien fondé de l’entreprise romanesque, d’où son refus d’une pure répétition, qui serait pour lui régressive. De fait les « nouveaux romans » mettent à mal la catégorie du personnage. P. Bayard envisage la lecture plutôt comme un « thérapie » du lecteur. Les personnages, littéralement, lui font du bien, inconsciemment, en lui donnant la possibilité de « remaniements identificatoires ». De ce fait, la perte éprouvée en apprenant la mort fictive du héros est une cause de souffrance psychique, encore plus vive quand elle est partagée par une foule de lecteurs anonymes.

 

CONCLUSION

Les deux extraits romanesques viennent en contrepoint de ce débat, non sans humour. Les portraits de Mme Vauquer et du père Goriot n’entraîneront peut-être pas le processus identificatoire pointé par Bayard. Mais c’est Houellebecq qui pourrait avoir provisoirement le mot de la fin, à propos de la conception du personnage dans le roman. Il est possible d’écrire un roman sur la production industrielle de radiateurs, mais « sans personnages », avoue-t-il à son visiteur, « je ne pourrais rien faire ».

 

819 mots soit 5200 signes espaces compris environ

Rappel des règles de l’exercice (une ANALYSE)

 

La titraille dans le corrigé est donnée pour la clarté. Elle ne doit pas figurer dans la rédaction finale.

La phrase liminaire est sobre et concise. Elle s’en tient au thème du dossier.

 

En rédaction manuscrite, on souligne les titres, et on met entre guillemets les citations ou les titres de niveau inférieur. Les dates sont indiquées toujours, et entre parenthèses.

 

On retient les données paratextuelles pertinentes pour l’analyse. On opte pour un regroupement logique, qui n’est pas forcément l’ordre donné.

 

 

L’introduction se termine par l’annonce de la problématique, plutôt sous forme assertive (mais ouvrant indirectement un questionnement : ici quelles sont ces approches différentes ?)

Les parties sont annoncées : une petite phrase déclarative pour chaque partie.

 

 

 

 

L’analyse invite à expliciter le « ton », parfois la forme littéraire du texte.

 

 

L’analyse permet des citations, à condition qu’elles soient brèves et bien choisies (pour leur caractère résumant et/ou comme ici métaphorique)

Les assertions sont toujours rapportées aux textes et/ou aux auteurs.

N’oubliez pas les titres des extraits quand ils sont donnés par les auteurs. Ils ont souvent une propriété résumante, voire explicative.

 

 

 

 

Ce corrigé prend le risque de survoler l’extrait de Balzac : c’est une illustration du propos de Robbe-Grillet, et dans une analyse, mieux vaut retenir les concepts que le détail des exemples.

La référence à la psychanalyse est un apport culturel externe : l’analyse invite à situer les arguments dans des théories connues par ailleurs. Attention : à manipuler avec prudence. Si vous n’êtes pas sûrs de vous, limitez-vous au texte.

 

 

 

 

C’est dit dans l’extrait : ce « substitut » gagne donc à être repris, surtout quand on sait que c’est le titre de roman qui a fait connaître Houellebecq auprès d’un lectorat élargi ;

Une façon de prendre du recul en rédigeant une analyse, c’est l’usage de formules « métadiscursives », ici le vocabulaire de l’analyse du texte argumentatif (« défendre », « point de vue », « argumentation », « enjeux ») ; il convient de se familiariser avec ce vocabulaire, qui permet aussi de mieux comprendre les textes, en repérant leur fonctionnement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore la règle de l’analyse, qui permet, mais à doses homéopathiques, d’injecter quelques connaissances, à condition de le faire à bon escient. Ici ces ajouts comblent un blanc dans l’extrait de RG : un passage a été coupé. Dans la production, un seul exemple suffirait.

 

« en revanche » : Ce commentaire de corrigé n’insiste pas sur l’utilité des mots de liaison et des connecteurs logiques dans une analyse

 

 

Dans le « métaplan » abstrait suggéré, cette troisième partie tient à la fois de l’analyse (au sens du méta-plan), et de l’orientation pragmatique.

Très facile à mettre en évidence dans les corpus de type professionnel, c’est plus difficile dans la nouvelle conception de l’épreuve. Néanmoins, la « vie de l’esprit » est orientée au moins vers une « option possible ». Il serait maladroit d’en rester à deux conceptions juxtaposées et opposées du personnage de roman.  L’orientation pragmatique est opportunément fournie par Houellebecq devenu lui-même un personnage de fiction. Et c’est la solution d’une difficulté rédactionnelle : comment suggérer une orientation en restant dans une stricte neutralité énonciative. L’auteur de l’analyse n’a qu’un seul droit, dont il peut user librement : celui de privilégier en conclusion, un point de vue contenu dans le dossier, plutôt qu’un autre, non pas en le disant (ce serait encore prendre position), mais en le faisant par un artifice rédactionnel.

IMPORTANT : le groupe de mots en italiques reprend la consigne : il fallait étudier les conceptions du personnage dans le roman. Il est prudent de fermer la boucle en montrant au lecteur évaluateur que la question de départ n’a pas été oubliée.

 

 

 

 

Habituez-vous à évaluer la longueur de vos écrits manuscrits en nombre de mots. Evaluez le nombre moyen de mots pour 3 pages de votre écriture manuscrite. Une quantité de 800 mots semble acceptable pour l’exercice. On peut faire encore plus court.