2011-12 - 17 août  - repris le 25 janvier 2012 – UE23

Fiche technique

proposée par Jean-Marc Muller, IUFM/UDS centre de Colmar

Les propositions ci-dessous prennent en compte les recommandations officielles et diverses "annales", tout en gardant quelques distances.

 

Synthèse ou analyse ?

 

La différence entre ces deux exercices est ténue, et les explications fournies dans les Annales ne sont pas forcément très claires. Je prends en compte 3 fascicules d'éditeurs différents.

 

NATHAN - session 2012

 

"Pour réaliser une synthèse, il faut en passer par l'analyse serrée des documents (...). Par conséquent ce qui vient d'être dit à propos de la synthèse vaut pour l'analyse. Le ministère a précisé que comme pour la synthèse, l'analyse demandée porterait obligatoirement sur plusieurs textes. C'est en cela qu'elle se rapproche de la synthèse".

 

Mon avis : dans cette définition, les deux termes "analyse" et "synthèse" sont ambigus, car ils désignent tantôt des opérations intellectuelles complémentaires : pour "synthétiser" des contenus provenant de plusieurs sources, il faut d'abord "analyser" ces derniers, et pour cela les délinéariser (= rompre avec l'ordre de succession : celui des textes et celui des contenus dans chaque texte), les décontextualiser (= les sortir du contexte propre à chaque texte). Mais "synthèse" et "analyse" désignent aussi des exercices codifiés. L'ennui, c'est que cette codification ne figurant pas dans le texte officiel (sauf de manière allusive), ce sont les auteurs des annales qui les définissent, chacun à leur façon.

 

NATHAN continue d'une manière qui me surprend un  peu :

 

"A l'inverse de ce qui est pratiqué pour la synthèse où on reformule des idées avec ses propres mots en s'interdisant les citations, dans l'analyse au contraire toute affirmation se justifie, s'appuie sur des éléments des textes cités exactement et placés entre guillemets".

 

Cette définition me semble opposer artificiellement deux exercices qui se ressemblent fort. Elle risque d'aboutir à des dérives qui seraient sanctionnées. Dans la synthèse aussi, toute assertion doit être justifiée par référence aux textes (l'absence de références est un défaut fréquent dans les copies des non initiés, et toujours pénalisée).

Inversement, concevoir l'analyse comme un montage de citations est une impasse : on attend justement du candidat une capacité de reformulation, d'autant plus que le produit fini ne doit pas excéder de trop trois pages manuscrites. L'usage inconsidéré des citations, déconseillé pour la synthèse le reste à mon sens pour l'analyse. Ce serait une  erreur, car l'analyse est finalement un exercice moins codifié que la synthèse, et la reprise mécanique de citations en ferait un exercice "scolaire", ce que justement l'analyse n'est pas alors que la synthèse, comme exercice codifié, n'évite pas ce défaut.

 

VUIBERT - Nouveau concours 2010-2011

 

Dans cet ouvrage, l'ambigüité des termes (opérations intellectuelles et désignation d'un produit finit codifié) est encore plus gênante :

 

"L'analyse d'un  texte se fait de manière linéaire. Il s'agit de suivre pas à pas la pensée d'un auteur, d'extraire la substance d'un texte pour être capable de la reformuler de manière synthétique."

 

On ne voit pas comment le principe de la linéarité peut conduire à une "synthèse", les recommandations ne disant pas d'ailleurs de quelle linéarité il s'agit : les textes pris dans leur ordre de succession (forcément arbitraire) ou l'ordre d'exposition des contenus.

 

Paradoxalement, ces auteurs fournissent un exemple d'analyse qui débouche sur une étape 4 : "répondre à la question qui problématise le texte en utilisant les idées clés"... on ne définit pas plus clairement l'ancien exercice de synthèse !

 

HATIER - Nouveau concours 2011

 

Cet ouvrage me semble donner les définitions, et donc aussi la méthode, les plus claires. La définition de la synthèse (au sens d'exercice codifié), connue, puisque c'était l'exercice unique jusqu'en 2010, est rappelée en quelques lignes :

 

"La synthèse consiste à rendre compte du contenu de textes ou de documents sources, en les reformulant sous forme condensée et objective. Il s'agit d'une progression argumentative organisant les idées extraites des textes en un ensemble cohérent qui répond à une problématique."

 

L'accent est mis sur deux aspects : d'une part la reformulation objective des idées d'autrui. Cette contrainte n'interdit pas les citations, qui doivent rester exceptionnelles, ni bien évidemment la reprise des mots concepts présents dans les textes source.

 

Il consacre un passage plus long à la définition du nouvel exercice : l'analyse. Mais l'ouvrage commence par souligner les points communs à savoir : "le caractère synthétique, l'exactitude de la restitution du contenu, la référenciation s'il y a plusieurs textes ", et les auteurs auraient pu ajouter ce qui est pour eux implicite : le traitement d'une problématique (cette dernière étant en principe fournie sous la forme d'une question).

 

D'après HATIER, les différences sont les suivantes :

 

- l'usage raisonné de citations choisies (...)

- la prise en compte, lorsque cela s'avère significatif, des caractéristiques formelles permettant d'accéder à une lecture interprétative des textes et d'en faire émerger l'implicite

- la possibilité d'intégrer de manière prudente des éléments de commentaire ; en ce sens, commenter  ne consiste pas à donner son point de vue mais à clarifier la portée d'un argument surtout lorsqu'il est implicite.

 

Mon avis de formateur

 

On le voit : ainsi présentées par HATIER,  les différences sont minimes. J'ajoute que dans les fiches que j'ai produites au cours des années précédentes, mes recommandations pour la synthèse intégraient déjà ces trois "différences". L'usage raisonné des citations : oui, mais réduites aux formules qui "synthétisent", notamment par l'aphorisme ou par la métaphore. Il s'en trouve toujours dans un corpus. Dans ce cas on prendra soin de mettre les guillemets.

 

La prise en compte des caractéristique formelles : oui, ô combien ! il est très important par exemple de savoir distinguer un extrait de roman ou d'essai littéraire d'un texte officiel du ministère ! dans l'analyse, on le dira explicitement, d'autant plus que les récents corpus présentent souvent d'importantes différences entre les genres. On pourrait presque ajouter que l'analyse, comme exercice codifié, est plus approprié pour des corpus hétérogènes (et l'inverse pour la synthèse). Curieusement les annales n'en disent rien.

 

Quant aux possibilités d'intégrer des éléments de commentaire, c'est une différence importante avec la synthèse, mais attention : il s'agit seulement de passer de l'implicite à l'explicite. Par exemple on pourra dans l'analyse, pour résumer un point de vue qui insiste sur la construction du savoir par les élèves, ajouter explicitement "constructivisme" ou "Piaget", ou "démarche socio-constructiviste" et "Vygotski", même si ces références ne figuraient pas dans les textes. De même une orientation pratique qui correspond à l’un ou l’autre pilier du socle peut permettre au candidant d’évoquer ce texte officiel, même s’il n’est pas explicitement mentionné. Mais de mon point de vue, cela n'aurait pas été sanctionné dans l'ancien exercice de synthèse

 

Finalement il me semble que s'il faut donner de l'importance à la distinction entre les deux exercices, on peut considérer que l'analyse nécessite de la part du rédacteur une plus grande distance énonciative ; elle lui donne par là une plus grande liberté, dans le respect strict toutefois des contenus des textes source. L'analyse, exercice moins formel, moins "scolaire", profitera aux étudiants bien entrainés à ce genre d'exercice, capables d'aller vite à l'essentiel, dans une épreuve qui plus que dans sa version antérieure est une course contre la montre.

 

Cette fiche ne tient pas compte d'une troisième possibilité : le commentaire. Cet exercice poserait à mon avis des problèmes redoutables, si on l'appliquait  à un ou des textes à dominante pédagogique et professionnelle. En effet la méthodologie disponible dans la tradition concerne un autre domaine et d'autres enjeux: la littérature.