A propos de la notion d’inférence :

le modèle de la compréhension en lecture selon J. Giasson (Québec)

 

De la réception passive du message à l’ interaction texte-lecteur

 

Une des différences les plus marquées entre l'ancienne et la nouvelle conception de la lecture réside dans le rôle du lecteur dans la compréhension. Autrefois, on croyait que le sens se trouvait dans le texte et que le lecteur devait le «pêcher».  Il s'agissait d'une conception de transposition : on croyait que le lecteur ne faisait que transposer dans sa mémoire un sens précis déterminé par l'auteur. Aujourd'hui, on conçoit plutôt que le lecteur crée le sens du texte en se servant à la fois du texte, de ses propres connaissances et de son intention de lecture.  Ce principe rend souvent les enseignants mal à l'aise.  En effet ils craignent que le fait de mettre l'accent sur le lecteur ne laisse trop de liberté à l'interprétation : ils veulent que les élèves comprennent ce que «l'auteur a écrit» (Chase et Hynd, 1987).  Il faut cependant bien saisir que créer le sens du texte ne veut pas dire que le texte peut signifier «n'importe quoi» (Orasanu et Penney, 1986 ; Tardif, 1989).  Ce qui se passe, en fait, c'est que l'auteur utilise certaines conventions et laisse de côté les informations qu'il suppose connues du lecteur.  Par contre, si cette supposition ne se vérifie pas, le message de l'auteur sera évidemment mal compris. Pour reprendre la comparaison avec l'orchestre symphonique, nous dirons que tout comme pour une pièce de musique, il y a plusieurs façons d'interpréter un texte ; cette interprétation dépend des connaissances du lecteur, de son intention et des autres éléments du contexte (Anderson et aL, 1985).

 

UN MODÈLE DE COMPRÉHENSION QUI FAIT CONSENSUS

 

Que la lecture est un processus interactif fait maintenant l’unanimité chez les chercheurs (Pagé, 1985 ; Mosenthal, 1989).  Il existe également un consensus à propos des grandes composantes du modèle de compréhension en lecture, c'est-à-dire le texte, le lecteur et le contexte[1].  Cette classification se retrouve chez nombre d'auteurs comme Irwin (1986), Deschênes (1986).  Le modèle de compréhension présenté à la figure 1.2 reflète en fait assez fidèlement le courant le plus marqué actuellement dans les recherches en lecture.

 

 

 

 

 

La partie lecteur du modèle de compréhension comprend les structures du sujet et les processus de lecture qu'il met en oeuvre (Denhière, 1985).  Globalement, les structures font référence à ce que le lecteur est (ses connaissances et ses attitudes) alors que les processus font référence à ce qu'il fait durant la lecture (habiletés mises en oeuvre). La variable texte concerne le matériel à lire et peut être considérée sous trois aspects principaux : l'intention de l'auteur. la structure du texte et le contenu.  L'intention de l'auteur détermine en fait l'orientation des deux autres éléments.  La structure fait référence à la façon dont l'auteur a organisé les idées dans le texte alors que le contenu renvoie aux concepts, aux connaissances, au vocabulaire que l'auteur a décidé de transmettre. Le contexte comprend des éléments quine font pas partie littéralement du texte et qui ne concernant pas directement les structures ou les processus de lecture, mais qui influent sur la compréhension du texte.  On peut distinguer trois contextes -. le contexte psychologique (intention de lecture. intérêt pour le texte ... ), le contexte social (les interventions de l'enseignant. des

pairs ... ) et le contexte physique (le temps disponible, le bruit...

 

                            Jocelvne Glasson, "La compréhension en lecture", De Boeck, Université, 1990.

 

 

 

 

 

 



[1] Dans cette approche, le mot « contexte » n’évoque pas l’environnement immédiat du mot ou de la phrase dans le texte, mais la situation non linguistique (JMM)