Article publié dans la revue © Lettre d'Echanges N°20, livraison du printemps 2002 par J-Marc Muller, formateur en français à l'IUFM d'Alsace, centre de Colmar.

 

Les attentats du 11 septembre 2001 aux USA.

 

Comment la presse d'information de jeunesse en a-t-elle rendu compte ?

 

Dans sa livraison de juillet 2001, consacrée aux "textes de presse", la revue de l'AFEF Le Français Aujourd'hui   faisait état d'un "net recul"  par rapport aux avancées significatives, qui avaient permis au début des années 80 le rapprochement des milieux professionnels de la presse et du monde enseignant. La création du CLEMI[1], l'organisation chaque année d'une Semaine de la Presse à l'école demeurent certes des acquis importants.  Mais dans mon lieu d'exercice, l'IUFM d'Alsace, pour la formation des professeurs des écoles, la culture des médias fait figure de parent pauvre aux côtés de celle des albums, aujourd'hui à peu près légitimée, et en passe de supplanter tout autre support, y compris pour l'enseignement de la grammaire. Encore trop peu de mémoires professionnels (depuis la mastérisation : des mémoires de recherche) ont pour thème la pédagogie des médias. Et pourtant sur le terrain, des praticiens passionnés lancent leurs classes de l'école primaire dans la production de journaux scolaires, avec même, parfois, une édition "en ligne". En formation continue, une demande existe, même s'il faut parfois batailler pour éviter qu'elle ne soit phagocytée par l'ordinateur et Publisher. De l'aveu même de ces praticiens, il n'est pas facile de former des enfants lecteurs autonomes de presse d'actualité. Dans ce domaine, un accompagnement s'avère toujours nécessaire. Certains, même à l'école primaire, préfèrent travailler avec les journaux adultes (la PQR, presse quotidienne régionale). Il existe toutefois au moins quatre titres dans le paysage français, qui se fixent pour objectif d'informer les enfants et les pré-adolescents. Mon projet était initialement d'en faire une étude comparative pour la Lettre d'Echanges[i]. L'article était prêt au mois d'août, mais il n'y a pas eu de numéro d'automne et les attentats du 11 septembre m'ont amené à réécrire ce petit travail, et je l'avoue, à modifier partiellement mon jugement. J'examinerai successivement  :

 

Le Petit Quotidien et Mon Quotidien, produits par le groupe Play Bac Presse, éditeurs des Incollables. Le premier s'adresse aux enfants du cycle 2 des écoles (6-9 ans), le second convient aux élèves de la fin de l'école primaire au collège. Leur parution est effectivement quotidienne, du mardi au samedi.

Le JDE (ou "le journal des enfants") est un hebdomadaire, à nouveau édité par la Société Alsacienne de Publications seule, c'est-à-dire le groupe mulhousien du Journal l'Alsace, après une tentative de fusion sans lendemain avec Bayard Presse. Pionnier dans son domaine au début des années 80, le JDE, qui vient de changer sa maquette,  est diffusé dans 107 pays.

Les Clés  de l'Actualité Junior, hebdomadaires aussi,  sont le concurrent le plus direct du JDE. Comme ce dernier, Les Clés se fixent pour objectif "l'actualité expliquée aux 8-12 ans en France et dans le monde". Le journal est produit par le groupe Milan, par ailleurs spécialisé dans les publications destinées à la jeunesse et dans la pédagogie. C'est une autre différence avec le JDE, qui reste dans le giron de L'Alsace, sa maison mère.

Il faut préciser que tous ces titres développent parallèlement des sites internet gratuits ou payants. Bien entendu d'autres magazines, en particulier ceux de Bayard Presse, se fixent eux aussi une mission d'information, mais je ne les prends pas en compte, car ils ne sont pas spécifiquement des "journaux d'information" pour jeunes.

 

Le Petit Quotidien

 

Ce journal consacre trois numéros entiers aux attentats avec la mention "numéro spécial".

Le premier, celui de vendredi 14 septembre, est envoyé aux abonnés en deux exemplaires, chaque lecteur étant invité à apporter l'exemplaire supplémentaire à son instituteur "pour pouvoir parler en classe de ce sujet grave".  Play Bac, qui travaille beaucoup sa promotion, n'a pas manqué cette opportunité. La "une" titre : "Les Etats-Unis sous le choc après les attaques", et en commentaire : "Mardi, plusieurs attentats ont eu lieu à New York et à Washington, deux des plus grandes villes des Etats-Unis. Beaucoup de personnes sont mortes".  La mascotte Scoupe se tient à sa place, en haut et à gauche du titre, mais contrairement au procédé habituel, la nouvelle n'est plus énoncée par elle. Le personnage, présenté sous un nuage de fumée opaque, exprime la stupeur. La photo, occupant comme toujours les deux tiers de page, montre une rue de New York dévastée, avec des véhicules détruits. Aucune présence humaine n'est repérable : le maquettiste  a recherché une distanciation, la mention des pertes humaines étant limitée au titre.

Le numéro du lendemain 15 septembre est plus dramatique. La manchette met en évidence le travail des sauveteurs, et Scoupe s'est transformé en soldat du feu. En photo, la base des tours effondrées, avec les pompiers qui fouillent dans les décombres fumants.

Le dernier numéro (18 septembre 2001) a été cité en exemple par Le Monde dans sa rubrique Kiosque du 21 septembre 2001 pour ses qualités didactiques. La "une" titre : "Cinq questions/réponses pour comprendre", et la photo montre le président Bush aux côtés d'un pompier. Au cas où les enfants ne sauraient pas le reconnaître, la légende précise "Le président américain George W.Bush (en gris)".

 

Mais cette volonté de didactisation apparaît dès le numéro de vendredi 14 : une série de "pourquoi" et de "comment".  Une photo de Ben Laden le désigne comme le principal suspect : "homme très riche qui combat les Etats-Unis. Il vit en Afghanistan, un pays d'Asie". Aucune allusion n'est faite à la religion, mais la raison avancée pour comprendre les attentats est l'amitié américano-israélienne.  J'y reviendrai. Les photos de ces pages intérieures sont beaucoup plus dramatiques que celle de la "une": clichés fortement médiatisés des tours en feu et s'effondrant, scènes de panique, attentat du Pentagone. Une photo de gendarmes en faction devant l'ambassade d'Israël représente "La France surveillée". Dans la liste de mots à expliquer, les enfants apprendront "kamikaze" et "terroriste". Les enfants ont vu tout cela à la télévision ; on ne leur cachera donc rien.

La double page intérieure du numéro du samedi 15 aborde les événements par le biais de la subjectivité. Dans ce cas, Le Petit Quotidien s'interdit de prendre position, mais il fait parler des lecteurs, exceptionnellement des adultes.  Cette fois ce sont deux instituteurs qui insistent sur l'effet d'angoisse chez les élèves. L'un d'eux fait remarquer que contrairement à ce qui se passe au cinéma où les enfants s'identifient au héros, "là, dans la réalité, ils se mettent à la place des victimes". Les photos cette fois n'esquivent pas l'horreur, montrant des blessés graves, effet compensé par des images de solidarité "en dehors des ruines" (donneurs de sang, rassemblements à la mémoire des victimes). Les enfants apprennent "psychologue" : "personne qui étudie ce que pensent les gens".

Le contenu du numéro du mardi suivant, apprécié par Le Monde, tente effectivement d'"expliquer le terrorisme aux enfants". Un terroriste est "une personne qui utilise la violence pour défendre ses idées". On appréciera aussi, dans ce journal qui s'adresse à des enfants des cours préparatoire et élémentaire, le souci de nuancer le sens du mot "guerre" dans un tel contexte : "ce n'est pas une guerre où les soldats se battent contre les soldats d'un autre pays. C'est une guerre entre les Etats-Unis et un ennemi invisible".

 

Mon Quotidien

 

Les deux numéros que nous prendrons en compte sont ceux du 14 et du 15 septembre.  Ils consacrent aux attentats la totalité de leur contenu, soit 8 pages, ce qui ne me permet pas un compte rendu exhaustif.

Les choix de photos de "une" sont identiques à ceux du Petit Quotidien, mais dans l'ordre inverse. Une photo des pompiers au pied des ruines pour le numéro 1700 : '"Après le choc" et une rue de New York, voitures détruites au premier plan le lendemain (titre : "New York la désolation").

Le 14 septembre, Mon Quotidien commence par répondre aux questions des lecteurs (série d'encadrés avec la photo des enfants - de 9 à 12 ans - leur question et la réponse du journal). A noter, l'alliance des Etats-Unis avec Israël est redonnée comme la cause principale. Avec Le Petit Quotidien il est le seul à avancer cet élément d'explication d'ordre politique. Une seconde double page titre "à chaud" sur le sauvetage de survivants, et répercute la rumeur du moment : des "milliers de morts" à Washington. Des dessins essayent tant bien que mal d'introduire une touche d'humour dans le drame. La troisième double page donne la parole aux lecteurs : des instituteurs d'un côté, des enfants lecteurs de l'autre. Dans les propos de ces derniers, un commun dénominateur : la peur. La dernière page est une interview de J-Pierre Pernaut, présentateur du journal de 13 heures. Elle pose le problème de la fiabilité des informations en rappelant une règle du journalisme : "on doit à tout prix éviter de rapporter des rumeurs aux téléspectateurs".

 

Le 15 septembre, Mon Quotidien vise davantage la didactisation. Une double page propose "des mots et des images pour mieux comprendre". On retiendra par exemple la définition de "kamikaze" : personne qui se sacrifie pour une cause ou une idée" et celle de terroriste[2] : "personne qui utilise des bombes ou des armes pour imposer ses idées". L'équilibre entre la pertinence et la brièveté n'est pas facile. Les images, comme celles de ce camion de Coca Cola dans les ruines permettent d'expliquer "symbole" : "(ici) objet ou personne qui représente un pays". Ce numéro commence à contextualiser l'événement : explication de mots-clés relatifs aux Etats-Unis, essentiellement des noms propres renvoyant à des institutions (Wall Street) ou à des faits historiques (Pearl Harbor), réflexion sur les rapports entre réalité et fiction (à propos d'un film reporté avec Silvester Stallone). Mais la tonalité reste émotionnelle (témoignage d'une américaine résidant en France) et, comme le veut la ligne éditoriale de Play Bac, absence de prise de position et mise en scène d'opinions de lecteurs (sans que la rédaction s'explique toutefois  sur les  critères de la sélection opérée) : cinq mamans d'enfants abonnés racontent comment elles leur ont expliqué les attentats aux Etats-Unis[3]. En dernière page une interview de François Barré, animateur du journal télé quotidien A toi l'actu@. L'interview insiste sur le besoin d'explication des enfants comme réponse au déferlement d'images violentes. La photo choisie, énième édition de l'effondrement de la première tour, n'applique cependant pas ce principe de retenue. Mot difficile : les enfants apprennent "stress" (angoisse).

 

 

 

 

 

Le JDE

 

La parution hebdomadaire n'a permis au JDE de rendre compte des attentats du 11 que le 20 septembre, avec un numéro spécial entièrement consacré aux événements. La photo de "une", en pleine page double, en fait  un poster, montrant l'effondrement spectaculaire de la première tour, avec l'énorme panache de fumée noire s'échappant de la deuxième. Au premier plan, en contraste, des immeubles en construction. Occultée dans l'image, l'horreur de la catastrophe n'est pas esquivée dans le commentaire : "des milliers de gens sont morts". Le titre "Le jour du grand choc" envisage déjà la catastrophe comme un événement historique : le dossier insère les attentats dans une première tentative de rationalité : la liste des crises graves qui ont marqué les USA au cours des 60 dernières années.  S'il s'agit d'Histoire, elle est donc envisagée du point de vue américain. Le JDE a voulu aider à "comprendre", mais y réussit-il vraiment ?  Une grande infographie centrale en double page, plus accessible que l'article qui contient les mêmes informations, permet de reconstituer le "scénario de la terreur". Mais comprendre, c'est remonter aux causes. Une page et demie est consacrée à Ben Laden. L'ennemi, c'est lui, qui tire les ficelles de  l'islamisme intégriste, et à vrai dire il  sort passablement diabolisé d'une présentation manichéenne qui l'oppose au "monde entier solidaire des Etats-Unis" (édito). Significativement, l'explication par le conflit palestinien avancée, même sommairement, par les deux journaux Play Bac est ici occultée, voire déniée. Une photo d'Arafat donnant son sang  fait d'ailleurs passer ce dernier, sans autre forme de procès, dans le camp occidental. On comprend qu'une mise au point (discrète) soit nécessaire : "Il ne faut pas croire que tous les musulmans sont des terroristes et des intégristes. La très grande majorité d'entre eux sont tolérants". Pour le reste, le JDE donne très largement la parole aux lecteurs, qui expriment leurs affects : émotion, indignation, et... incompréhension. "Je trouve que c'est injuste ; la guerre entre Israël et la Palestine, ça ne les concernait pas les gens qui sont morts". Cette vision américano-centriste est-elle la ligne du JDE ?

 

On le penserait presque, car, dans le numéro suivant daté du 27 septembre, le journal mulhousien persiste et signe. Le JDE fait du mot "guerre" le leitmotiv de ce numéro : "Les Américains déclarent la guerre au terrorisme" (titre de "une" avec photo de porte-avion), c'est la guerre du "monde contre le terrorisme" (article en page 4), "la guerre contre les taliban" (pages 6-7). Dans l'édito, six occurrences du même mot, mais aucune interrogation sur sa pertinence dans le contexte, alors que Le Petit Quotidien le fait. Une belle occasion manquée de s'essayer au jeu des définitions dans ce journal qui attache pourtant du prix à l'exactitude du lexique! L'infographie de la semaine, avec un luxe particulier de détails, est consacrée à "l'Afghanistan, comment ça marche ? ", mais on peut regretter que la masse d'informations encyclopédiques fournies dans cette page et dans tout ce numéro ne permette que difficilement une formation du jugement.  Il faut, par exemple, que les lecteurs lisent jusqu'au bout l'article de la page 4 pour comprendre les réticences européennes à s'engager dans le conflit : "Un point important pour les Européens, c'est justement la guerre entre les Palestiniens et les Israéliens. Ils tiennent à ce que les Etats-Unis les aident à arrêter cette guerre pour un retour au calme au Proche-Orient". Dont acte.

 

 

 

 

Les Clés  de l'Actualité Junior

 

Comme le JDE, le rythme hebdomadaire de parution évite aux Clés de devoir réagir à chaud. L'équipe de Milan Presse consacre aux attentats un numéro spécial daté du 18 septembre, et encore une bonne partie du numéro suivant, dont la "une", et malgré AZF[4]. La "une" du numéro spécial est très différente de celle du JDE. La photo, pour commencer, invite, par son cadrage, à une lecture de l'événement. ; c'est toujours le même spectacle des Twin Towers en feu, mais un spectacle justement, car la photo fait voir au premier plan, de dos, la foule des badauds assistant à l'événement à distance sur une pelouse séparée de Manhattan par un bras de mer[5]. Le gros titre : "Pourquoi c'est arrivé ?" est interrogatif, tout comme une série d'autres questions, qui sur cette première page lui font écho. Les Clés  invitent ainsi, avant tout, à une distanciation et un questionnement là où le JDE choisit plutôt le choc émotionnel et des titres déclaratifs. Les sept pages qui suivent sont entièrement construites à partir de questions d'enfants (avec photos et prénoms, comme le fait Le Petit Quotidien). Mais ici c'est un vrai travail qui vise à traiter toutes les facettes de l'événement à travers le prisme d'une sensibilité enfantine ; à chaque question la rédaction répond sans biaiser,  toujours à la 2° personne. Différemment du JDE,  soucieux d'inscrire l'événement dans une logique historique, Les Clés  le situent d'abord dans sa singularité: "il s'agit d'un acte fou et exceptionnel", conclut l'édito, en une formule très sobre. On apprécie la mise au point lexicale faite en page 5 : "le terrorisme n'est pas la guerre". Deux questions sur les islamistes, une sur Israël, amorcent une réflexion sur l'Islam, d'emblée rapproché du christianisme et du judaïsme. Et surtout ce numéro, dans sa conception, s'efforce de calmer l'angoisse des enfants en réfléchissant avec eux sur des images trop passées en boucles et qu'ils ont subies. "Tu as peut-être alors éteint la télé...c'est ce qu'il faut faire. Apprendre à éteindre et à discuter des images pour les replacer dans le réel."

Est-ce pour cela que le numéro de la semaine suivante met  la pédale douce? "Que va-t-il se passer ?" questionne la "une" au-dessus d'une photo montrant de jeunes américains se tenant en attente devant leur drapeau. Seules deux pages intérieures restent  consacrées  au suivi des attentats (contre sept pour le JDE). Le journal explique encore "patriotisme", "croisade", "djihad" et "fatwa", mais alors que les grands médias adultes sont encore tétanisés, Les Clés  cherchent l'apaisement, suivant en cela la remarque de Marc, 13 ans, à la place de l'édito : "je trouve que les médias commencent à dramatiser un peu trop ce qui s'est passé".

 

En conclusion

 

Resterait à faire une autre enquête sur la façon dont les événements ont été effectivement vécus par les enfants.  Des messages électroniques ont été échangés sur ces événements par des enfants dans le cadre de l'opération Jailu[6]. Le bilan reste à faire. Quant à l'impact des journaux que j'ai étudiés sur les jeunes lecteurs, il  est bien sûr difficile à mesurer. Les journaux d'information pour enfants  posent, surtout pour une actualité aussi complexe, de redoutables difficultés de lecture. C'est ce que prouve a contrario le succès du Petit Quotidien, qui, se distingue par l'extrême simplicité de son concept et de son contenu. Apprécié par beaucoup de maîtres du cycle 2, ce journal que j'ai parfois trouvé approximatif et inégal, ne s'est, somme toute, pas si mal tiré du compte rendu de ces événements…

 

Pas facile d'accrocher les lecteurs plus âgés. Une professeur des écoles stagiaires m'a confié qu'elle se souvient fort bien d'avoir été abonnée pendant des années par ses parents au Journal des Enfants... qu'elle lisait peu car c'était difficile! Il en va sans doute de même pour Les Clés , comme pour toute presse exigeante : c'est probablement dans le jeu des interactions entre enfants et parents attentifs, mais aussi dans la place faite, en classe, à un vrai travail sur l'actualité, que ces journaux se révèlent de la plus haute utilité. Au terme de cette enquête, je m'aperçois que j'ai été un peu critique envers le JDE, alors que les qualités pédagogiques de ce journal ne font pas l'ombre d'un doute. Pour une analyse équilibrée, il faudrait évidemment prendre en compte l'ensemble des articles consacrés à ces événements, dont, après tout, même la presse adulte est incapable encore de mesurer toute la portée[7].

 

Au-delà des attentats, aucun sujet n'est plus considéré comme tabou. Partant du principe que de toutes façons les enfants sont soumis au matraquage télévisuel, les journaux d'information pour enfants ont pour ambition d'informer sur tout en donnant à comprendre. Il y a quelques temps une retentissante affaire de pédophilie avait divisé la rédaction du Petit Quotidien, mais l'information était passée néanmoins, la rédaction ayant décidé d'envoyer le journal exceptionnellement sous pli opaque, avec un avertissement aux parents[8]. Le JDE construit sa "une" du 24 janvier 2002 sur la campagne d'information télévisée consacrée aux agressions sexuelles sur les enfants.

 

 

Pour toutes ces raisons, je persiste à penser qu'un travail avec et sur les journaux d'information (enfants, mais aussi adultes) est aujourd'hui plus que jamais nécessaire, et bien éloigné de cette étude scolastique des "discours journalistiques"[9] où pourraient mener les nouveaux programmes de français du collège et du lycée, si l'on n'y prend garde. Et c'est dans ce travail de questionnement sur l'événement inséparable  de son média, qu'il devrait être possible, de construire, ensemble, avec les élèves, du cycle 2 des écoles jusqu'à la la classe de terminale du lycée, une opinion.

 

                        Jean-Marc Muller, IUFM d'Alsace, centre de Colmar

 

 

 

Comment se procurer les journaux d'information pour enfants ?

 

Aucun de ces titres n'est en principe accessible en kiosque. Il faut s'abonner.

Pour s'en faire une idée, on peut se rendre sur leurs sites internet respectifs.

 

 

Voici leurs adresses :

 

le Petit Quotidien ( www.lepetitquotidien.com ), Mon Quotidien, Play Bac Presse SARL, 21, rue du Petit-Musc, 75004 PARIS. Play Bac édite aussi l'actu, à partir de 14 ans.

 

JdE, le Journal des Enfants, 18, rue de Thann - 68945 MULHOUSE CEDEX 9 -( www.jde.fr )

 

Les Clés de l'Actualité Junior ( www.lesclesjunior.com ) Milan Presse, 300, rue Léon-Joulin, 31101 TOULOUSE CEDEX

 

Rappel : Pour toute information concernant la presse à l'école, il est conseillé de se rendre sur le site du CLEMI (Centre de Liaison Enseignement Moyens d'Information) à l'adresse : www.clemi.org

 



[1] Centre de Liaison Enseignement et Moyens d'Information, accessible sur son site internet www.clemi.org. Par le CLEMI, j'apprends, alors que mon article était déjà rédigé, que la revue Textes et documents pour la classe a fait un travail sur le même sujet que le mien dans son numéro du 15 janvier 2002.

[2]à comparer avec celle du  Petit Quotidien donnée ci-dessus ; "kamikaze" est défini ainsi : "des hommes prêts à se suicider en attaquant leur ennemi" ; pour ce mot aucune définition ne fait référence à l'origine japonaise du terme,ni à son sens premier, pourtant bien pertinent ici : avion-suicide

[3] Voici comment "Mon Quotidien" définit son projet sur son site Internet : "Quand Mon Quotidien a besoin d'un avis sur une question d'actualité ou sur un nouveau film, c'est aux enfants lecteurs qu'il le demande. Pas aux adultes." On constatera qu'en l'occurrence, vu le caractère exceptionnel de cette actualité, le jugement des adultes, mamans, instituteurs, est quand même convoqué.

[4] L'entreprise Milan Presse, qui édite Les Clés  de l'Actualité Junior, située à Toulouse non loin d'AZF avait subi de sérieux dégâts...

[5]Les agences photographiques sont différentes selon les journaux : AFP et AP pour le JDE, Reuters pour Les Clés .

[6] contact auprès de Philippe Bader, Lycée Storck de Guebwiller ou IUFM centre de Sélestat.

[7] Pour mémoire, le JDE avait déjà consacré aux "Femmes afghanes sans visage" la "une" et le dossier de son numéro du 23 mai 2001 (le premier de la nouvelle maquette), et le 25 octobre, un numéro courageux et dont la réalisation fut apparemment délicate est consacré à l'Islam. Certains enseignants d'école primaire se servent de ces dossiers pour constituer des fonds documentaires.

[8] source : Le Monde du 21 septembre 2001

[9] ou "nouvelles formations discursives" comme les appellent depuis peu nos spécialistes de la didactique, jamais en reste  d'un nouveau jargon (voir Le Français Aujourd'hui, Les textes de presse, N°134, juillet 2001).



[i] La Lettre d’Echanges, revue de la régionale d’Alsace  de l’Association Française des Enseignants de Français, lancée en1993, a cessé de paraitre.