Les neurones comme une arborescence…

 

Voici un extrait de L’Homme Neuronal, de Jean-Pierre Changeux. Paru pour la première fois en 1983 (aux édition Fayard), cet ouvrage fut l’un des premiers à révéler au grand public cultivé un nouveau domaine, celui du fonctionnement interne du cerveau. La découverte de la synapse et des ses fonctions peut être mise, selon Changeux, au même niveau que celle de l’atome ou de la molécule d’ADN. L’extrait figure au chapitre II : « le cerveau en pièces détachées". D’un point de vue littéraire, on sera attentif à la récurrence de la métaphore arboricole, déjà présente d’ailleurs dans les termes scientifiques : les « dentrites » qui désignent ces « fils » qui cablent entre eux les neurones tiennent leur nom du grec, dendron : arbre….

 

« Autre difficulté maintenant pour les anatomistes : une section du cortex prise au hasard contient une quantité énorme de synapses, de l’ordre de six cent millions par millimètre cube. Il y aurait 10 14 à 10 15 synapses dans le cortex cérébral de l’homme. Si l’on en comptait mille par seconde, il se passerait entre 3000 et 30 000 ans avant de les dénombrer toutes, travail « surhumain » s’il en est ! Plus difficile encore : ces synapses se forment à partir de terminaisons axonales et dendritiques, de corps cellulaires enchevêtrés, à première vue, de manière inextricable – une « jungle » où, en un point donné, s’entremêleraient des branches de centaines, voire de milliers d’arbres différents (figure 17, haut).

 

Tranche ultrafine de cortex cérébral de souris observée au microscope électronique. Haut : vue  à faible grossissement (36 000 X environ) de l’entrelacs extrêmement compact de terminaisons nerveuses (identifiables facilement par la présence des vésicules) et de dentrites emballées par des cellules gliales. Bas : détail d’une synapse « asymétrique » (agrandissement X 100 000 environ) …

 

Grâce aux grossissements du microscope électronique, on distingue très bien les feuilles et les dernières branches, mais, comme celles-ci se ressemblent, il devient très difficile d’identifier les troncs auxquels elles appartiennent. »