Deux petits albums sur le thème de la peur…

Le cauchemar de poche est paru en 2003

Mon petit crocodile est paru en 2004

les deux albums font partie de la collection Pastel à l'Ecole des Loisirs.

 

 

Auteur-illustrateur belge, né en 1968, Jean-Luc Englebert nous offre avec ces deux albums de la collection Pastel, de l’Ecole des Loisirs, deux petits bijoux pour prolonger la réflexion amorcée avec le conte des Grimm : Histoire de celui qui partit en quête de la peur, et Thomas n’a peur de rien de C.Naumann-Villemin et E.Barcilon (Ecole de loisirs).

Dans Le cauchemar de poche, l’histoire commence avec une petite fille et son papa, qui le soir vient de lui lire une histoire, mais alors « un cauchemar se cache sûrement quelque part ».  Heureusement papa le trouve, il était caché sous le lit, il le met dans sa poche et il s’en va. La nuit la petite fille se réveille, elle entend un bruit, elle sort de sa chambre, voit sur le porte-manteau la veste de papa (tiens, sa poche est trouée), et la voilà qui tombe sur le cauchemar à la cuisine, entrain de fouiller le pot à sucre. La suite de cette délicieuse histoire, je ne la raconterai pas, mais elle fonctionne toute entière sur le registre de la peur apprivoisée. Et si la peur est ainsi dominée, devenant un jeu pour la petite fille, c’est bien grâce au papa, le lecteur d’histoires qui font peur, mais qui n’oublie pas de mettre le cauchemar dans sa poche après avoir quitté la chambre. Il ressemble par là au père compréhensif du conte de Grimm, envoyant de guerre lasse son cadet courir le monde, mais en prenant soin de lui donner cinquante écus, car il garde le souci de son enfant.

L’autre aspect qui me retient dans cette lecture, c’est celui du cauchemar. Comment le dessiner ? Dans Le cauchemar de poche, c’est un monstre vert, sorte de dinosaure ou de crocodile, mais comme le titre l’indique, il est tout petit ! On tient là une constante de l’imaginaire, observable dans une multitude de contes. Le héros triomphe du monstre terrible tout simplement en le miniaturisant. En termes savants, et en référence à un personnage de Swift, G.Durand[1] évoque le schème imaginaire de la « gullivérisation ». Le crocodile gullivérisé apparaît aussi dans le second album d’Englebert : Mon petit crocodile. Dans cette histoire dont la conception graphique est proche de la bande dessinée, le papa n’est pas présent, mais la petite fille lit un livre. Et alors boum, klang, qui fait tout ce bruit ? c’est petit crocodile, que la petite fille va promener partout dans la maison, tout comme sa poupée Emilie. Tiens, au fait, où est-elle passée, la poupée. Petit crocodile était tout prêt de n’en faire qu’une bouchée, tout comme le livre…décidément, il faut le tenir à l’œil, le monstre ! On le voit, c’est toujours le même thème archétypal, qui est le ressort de cette petite histoire, mais c’est un monstre devenu « ami » : la peur, dominée, sous le regard bienveillant et sécurisant de l’adulte présent-absent, est un bienfait : elle construit l’enfant. Nous placerons cette conception positive de la peur sous un concept fédérateur plus large : c’est l’Imaginaire.



[1] Gilbert DURAND, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Dunod, 1° édition 1967.