Bientôt T1 ! des pistes pour travailler sur les verbes en Observation Réfléchie de la Langue

 

contexte : formation post R4 en maîtrise de la langue : mardi 30 mai 2006, mardi 6 juin 2006

 

Rappel : Une démarche d'ORL aux cycles 2 et 3 met l'observation au service d'une meilleure LECTURE ou d'une meilleure PRODUCTION DE TEXTE. Elle construit d'abord avec les élèves les grandes régularités (listées dans le programme : il faudra le relire), avant de travailler sur des exceptions.

 

 

Ce travail a été proposé une première fois dans un module de formation continue : ORL et outils de l'élève au mois de mars 2006. Nous sommes partis de deux numéros du Petit Quotidien :

 

 

N° 1839, 7 septembre 2005 : 400 éléphants dangereux sont déplacés en Afrique

N° 1899, 26 novembre 2005 : Un parc pour des jeunes éléphants abandonnés.

Les deux sujets n'en forment qu'un, traité de manière suivie, mais pas sur deux journées consécutives. La pratique régulière de la revue de presse, telle que la met en oeuvre, par exemple, Alain Landspurg à l'école Schlumberger de Guebwiller, permet aussi aux élèves de catégoriser les informations (donc de construire des concepts, dont des concepts temporels).

 

La règle des 5 W, archi-familière aux journalistes, que les français appellent parfois le "principe de Quintilien" nous est très utile : elle se révèle une aide puissante, là encore, à la catégorisation. Lire c'est comprendre : soit ! mais comprendre, c'est catégoriser, classer, construire des relations. La présentation sous forme arborescente n'est pas la lubie de votre formateur, mais jusqu'à preuve du contraire, une visualisation particulièrement efficace de ce processus. Un tableau l'est certes aussi. Mais l'arbre est plus ouvert et plus souple. Il se prête mieux aux révisions et à l'ajout de nouvelles données.

 

On pourrait suggérer aussi des rapprochements culturels, qui restent à discuter :

 

- le TABLEAU organise l'encyclopédie imprimée depuis le XVI° siècle (index, tables des matières)

 

- l'ARBORESCENCE organise l'encyclopédie virtuelle et les hypertextes, dont la théorie remonte au milieu du XX°siècle, mais qui ne pénètre notre culture que depuis la micro-informatique et internet.

 

 

 

I – REPERAGES

 

Les branches  QUOI ? et POURQUOI ? font apparaître les verbes.

 

C’est par le report sur des branches de listes de phrases que les élèves entrent dans l’observation réfléchie des verbes : morphologie et emploi des temps.

 

a)         Le « quoi ? » fait apparaître le présent et le passé composé / il - ils

 

On revient à l’oral, puis à l’écrit sur les commentaires des images ; les élèves ajoutent des phrases qui ne sont pas écrites

 

les éléphants ont été déplacés ...

 

ils ont endormi les éléphants

ils les ont attachés

ils les ont mis dans des camions

ils les ont hissés

il les ont  montés

ils ont déplacé les éléphants

 

un vétérinaire a endormi l’éléphant - il lui a fait une piqûre (le mot « vétérinaire » - facile du point de vue grapho-phonique - a pu être repéré sur la une du 10 mai 2005 : « un panda a été sauvé par des vétérinaires »

 

dans le nouveau parc, maintenant...

 

ils nourrissent les éléphants

ils les soignent

ils leur donnent à manger

ils leur préparent des repas

ils leur donnent  des biberons

ils leur donnent un prénom

 

sur la photo un monsieur nourrit un éléphant - il lui donne un biberon

 

C’est en construisant leurs listes que les règles sont d’abord appliquées intuitivement. De la comparaison des productions, ou de leurs rectifications se dégagent deux régularités :

 

·  le temps : ils endorment les éléphants / ils ont endormi les éléphants

·  il nourrit les éléphants / ils les nourrissent

·  il attache les éléphants / ils les attachent

 

On prend le temps de verbaliser ce que l’on observe : un seul / plusieurs ; avec le verbe « nourrissent » on entend la différence avec « nourrit » ; mais avec « attache » et « attachent » on ne l’entend pas.

 

A propos de l'emploi des temps. Bien entendu, il n'est pas question d'énoncer en règle ce qui est une régularité, ou plutôt une tendance dans le dossier du Petit Quotidien. C'est le maître qui INDUIT LA REGULARITE, en s'appuyant sur ses connaissances. En effet, dans un récit oral, ou dans un article de presse narratif, ou dans un récit de vie (types extrêmement répandus dans la culture orale et écrite des enfants), ce sont les passés composés qui expriment la progression des actions, les étapes d'une histoire qui est racontée. Quant aux imparfaits dont il est question ci-dessous , ce n'est pas le seul temps susceptible d'introduire une explication, mais ce trait néanmoins appartient à l'imparfait. Cela suffit à le caractériser pour le moment, de manière bien plus pertinente que "action longue" (conception non pertinente linguistiquement).

 

b)         les « pourquoi ? » permettent de travailler l’imparfait

 

toujours selon la même démarche : relecture des phrases produites, et on peut ajouter d’autres phrases

 

des braconniers tuaient les éléphants

les éléphants étaient trop nombreux

ils devenaient violents

ils brisaient les enclos

ils détruisaient les villages

ils cassaient tout

 

 

II – APPRENTISSAGES

 

1.              Le passé composé : l’ORL c’est aussi réfléchir à la PROGRESSION

 

Ici l'auteur de cette page demande votre indulgence en ce qui concerne l'écriture phonétique : je n'ai pas trouvé de logiciel compatible avec Macromedia que j'utilise. C'est un vrai problème. Il vous faut donc corriger et parfois ajouter des crochets.

 

A votre avis, quel est le temps le plus difficile à apprendre : le PRESENT, l'IMPARFAIT, le PASSE COMPOSE ? Avant de continuer, faites le recueil de vos conceptions initiales dans ce domaine...

 

 

 Comparer les formes à l’oral et à l’écrit pour « attacher » et « mettre » :

         

 

 

1

[z

e

ataSe]

[mi]

j’

ai

attaché

mis

2

[ty

a

tu

as

3

[il

il

a

4

[nuz

[ôn

avô

a

nous

on

avons

a

5

[vuz

ave

vous

avez

6

[ilz - iz

ô

ils

ont

 

Observation à l’oral

 

A l’oral, les formes du passé composé sont bien différenciées : il y a 5 formes différentes pour les 3 personnes du singulier et du pluriel.

C’est un « temps composé », mais c’est là une notion qui suppose une représentation de l’écrit. Pour l’enfant c’est un temps qui se signale par le début de la forme, et non pas par la fin (la « terminaison ») des temps simples.

Pour un même verbe (ici « attacher » et « mettre », la forme verbale qui porte le sens (le participe) est constante (c’est toujours la même forme) et elle est invariable à l’oral dans la plupart des contextes.

Pour des verbes différents, la formation du participe passé à l’oral pose un problème théorique… mais pas dans la pratique, car s’agissant de verbes employés dans des situations de discours, soit l’enfant les possède (« mis » ne pose pas trop de problèmes pour un locuteur natif), soit l’enfant les apprend (dans la dynamique des échanges).

 

Observation à l’écrit

 

A l’écrit, idem. Cette fois on a 6 formes pour les 3 personnes du singulier et du pluriel. Elles sont relativement transparentes du point de vue grapho-phonique.

Pour des milliers de verbes, ce paradigme est le même. Il convient donc de l’apprendre par cœur dès le début du CP ( par la « voie directe » = repérage d’une grande régularité orthographique, entrant dans la composition d’un très grand nombre de formes !’ ce n’est pas du « global »).

S’il fallait tout de même maintenir un « cahier de règles » au sens strict, et au cycle 2, on pourrait y mettre la conjugaison du verbe auxiliaire AVOIR au présent de l’indicatif.

L’orthographe du participe pose effectivement un problème, mais non pas de « conjugaison », mais d’orthographe lexicale.

Il y a tout de même une régularité remarquable : pratiquement tous les participes du premier groupe se terminent par /é/. Ceci peut s’enseigner dès le CP.

Le problème de « mis » et de « nourri » ne fait pas l’objet d’un apprentissage systématique au cycle 2. On le corrige, on le justifie ponctuellement, on ne fait pas encore d’exercice. Il faut d’abord bien installer ce qui est systématique.

 

La question du passé composé avec le verbe être.

 

Elle concerne un petit nombre de verbes, mais très fréquents (arriver, venir, tomber, descendre, monter, etc…)

Là encore un exemple typique d’une analyse du problème différente selon le point de vue. Théoriquement, la sélection de l’auxiliaire « être » et non « avoir » pour ce petit nombre de verbes pose un problème absolument hors de portée même d’un adulte expert ! mais c’est l’usage pratique qui tranche. Avec les enfants, on s’appuie sur cet usage, qui est d’abord oral, et on rétablit la norme si nécessaire.

On peut refaire la même démonstration à l’oral et à l’écrit avec l’auxiliaire « être ».

En revanche la terminaison de participe, à l’oral et à l’écrit, n’est pas invariable. Il y a accord en genre et en nombre, et selon les verbes, on entend ou on n’entend pas cet accord.

Ce n’est pas un problème de conjugaison, mais d’accord, qui gagne à être traité en même temps que la chaîne des accords dans le groupe nominal.

 

Exemple :

 

Les lettres sont arrivées hier - les lettres arrivées hier

 

Il est très important de bien installer cette autre grande régularité… avant de placer les élèves en situation de choix entre les deux fonctionnements des passés composés ; c’est cependant ce qui est fait très souvent.

Ici c’est un cas d’ORL « pour le maître » : à lui d’observer la langue, pour bien regrouper les apprentissages.

 

A propos de la progression.

 

"Nous, ce qu'on veut c'est des progressions"....

 

Imaginons une petite histoire qui est parfaitement plausible...

 

Vous prenez contact avec votre classe de R4 et le ou la titulaire vous dit : "tu n'as que leur faire l'accord du participe passé avec le COD placé devant, car le passé composé, ils savent déjà le conjuguer". Dans ce cas vous avez deux choix. Ou vous honorez la commande telle qu'elle est formulée : mais vous êtes hors programme. Vous pouvez quand même le faire, mais il faut alors travailler la question à fond. Aucun PE2 (à moins d'être linguiste) ne peut le faire aujourd'hui de manière pertinente. Ou alors vous contournez la commande. Vous reprenez la leçon "sue" ( dont l'accord du participe passé avec le sujet dans le cas du verbe ETRE), mais vous la traitez en reprenant, en même temps, l'accord de l'adjectif avec le nom, à l'intérieur du groupe nominal. Ce sont deux leçons simples, que les élèves en fin d'année au cycle 3 ont déjà faites, mais il y a peu de chances que les deux apprentissages aient été rapprochés. OR C'EST CELA QU'IL FAUT APPRENDRE AU CYCLE 3... Il faut aussi apprendre l'INVARIABLITE du participe passé dans les cas très nombreux de passé composé avec l'auxiliaire avoir... mais surtout dans ce cas ne pas parler d'accord ! En envisageant le problème de cette façon on comprend pourquoi les concepteurs des programmes de 2002 et de 1995 évitent d'introduire le cas du COD placé devant comme un apprentissage. Il faut d'abord que les grandes régularités soient stabilisées.

 

En clair, en langue, la progression, c'est bien sûr enchaîner correctement des séances, mais c'est surtout FAIRE DES LIENS, là où il faut, et quand il le faut...

 

2.              L’imparfait : l’ORL c’est aussi donner aux enfants des repères systématiques

 

Voir la synthèse faite pour le stage précédent

 

On peut partir de l’imparfait, temps beaucoup plus systématique que le présent pour un premier repérage des bases et des terminaisons.

 

La démarche permet quelques  observations :

 

-  l’imparfait est une forme mieux marquée à l’écrit qu’à l’oral (5 formes différentes à l’écrit, contre seulement 3 à l’oral)

-  les terminaisons sont toujours les mêmes quelles que soient les « groupes »

-  les éléments qui figurent à gauche des terminaisons sont propres aux radicaux des verbes ; nous les appelons des BASES

-  on les fabrique assez systématiquement avec la base de la forme 4 (nous) de l’indicatif présent.

 

A partir de ces clarifications, on peut faire une description systématique du présent, à l’oral et à l’écrit.

Et on voit alors que le présent de l’indicatif, qui figure en tête des progressions, et qui reste très fréquent dans les textes didactisés du cycle 2, est quand même un temps assez complexe !

 

Pour aller plus loin, voir la fiche « didactique des conjugaisons ».

 

La consultation de cette fiche est nécessaire pour bien distinguer BASES et TERMINAISONS, ce qui est à l’école primaire de la plus haute importance.

 

Les bases sont aléatoires, dépendantes de chaque verbe, mais les élèves les apprennent EN PARLANT.

 

Les terminaisons relèvent surtout de l’écrit. En général on ne les entend pas , mais ELLES SONT SYSTÉMATIQUES.

 

Quels outils construire pour des paradigmes de conjugaison ?

 

-  on peut essayer une fois de plus les cartes mentales

 

-  mais on peut aussi conserver les tableaux (voir ci-dessus le tableau du passé composé)

 

-  on peut imaginer des étiquettes amovibles

 

L’essentiel, c’est de bien distinguer les bases et les terminaisons, et de ne pas porter atteinte à un système (c'est-à-dire un dispositif stabilisé), celui des terminaisons, en les mélangeant avec les bases.

 

De nécessaires rectifications

 

De ce point de vue des découpages très souvent observés dans les affichages des classes nécessitent tant du point de vue de la linguistique que de l’apprentissage quelques retouches.

 

Exemples :

 

a)              le verbe « finir » 

 

Tableau souvent observé

Tableau rectifié

fin

is

fini

s

is

s

it

t

ssons

finiss

ons

ssez

ez

ssent

ent

 

l’on voit que pour les verbes de cette série, ce qui varie par rapport aux verbes dits du 3° groupe, ce n’est pas la terminaison, mais seulement la base. Le fait qu’il existe moins de 200 verbes en français qui fabriquent leur base de cette façon (on la retrouve aussi au participe présent « finissant ») a justifié leur classement dans un 2° groupe non justifié du point de vue de la terminaison. La présentation souvent observée a un double inconvénient : elle mélange base et terminaison (ce que j’essaye de montrer avec les couleurs). Et surtout elle embrouille l’apprentissage en introduisant dans le système des « terminaisons » propres à un petit nombre de verbes.

 

On retrouve la présentation fautive du verbe "finir" au présent dans le manuel Les clés du français, dire, lire, écrire, aux éditions SED, qui vient de paraître.

 

a)             le verbe « prendre »

 

Tableau souvent observé

Tableau rectifié

pren

ds

prend

s

ds

s

d

ons

pren

ons

ez

ez

prenn

ent

prenn

ent

 

Où l’on voit que le même problème se repose. Et pourtant le /d/ appartient là aussi à la base et non pas à la terminaison. Ici le problème vient de la 3° personne du singulier. On considère souvent qu’en l’absence du /t/ c’est le /d/ qui est la terminaison. Il n’en est rien. Le /t/ qui est une terminaison systématique est bien là, mais tel un fantôme. En effet, à cause d’une règle qui concerne le niveau des graphèmes, une terminaison /t/ qui suit un /d/ lié à la base ne s’écrit pas ; où si l’on veut, « il tombe ». Tous les verbes en « dre » ne fonctionnent  pas de cette façon. Pour certains (verbes en –eindre ou en –aindre) il n’y a pas de /d/ à la fin de la base, et ans ce cas, on écrit : crain-s, crain-s, crain-t.

 

Une preuve que le /d/ appartient à la base et non pas à la terminaison peut apparaître si on considère la conjugaison du verbe perdre :

 

 

 

Le verbe PERDRE au présent de l’indic.

perd

s

perd

s

perd

perd

ons

perd

ez

perd

ent

 

Il ne nous viendrait pas à l’idée de proposer /dons/ comme terminaison de la personne 1 du pluriel ! Et on a raison, mais dans ce cas, il faut en tirer les conséquences, et accepter que le /d/ qui termine la base au singulier appartient lui aussi à la base…

 

La même présentation fautive réapparaît dans le manuel cité ci-dessus !

 

 

 

paradigme : mot-type qui est donné comme modèle pour une déclinaison, une conjugaison (Petit Robert). On peut parler en ce sens du présent du verbe « finir » comme paradigme de la conjugaison des verbes du 2° groupe. Mais en linguistique, le mot désigne aussi « l’ensemble des termes substituables  en un même point de la chaîne parlée » (sens 2 dans le Petit Robert). En ce sens la liste des « petits mots » qui peuvent précéder le nom forme le « paradigme », ou encore la « classe » des déterminants.