Base de données

contexte : pour aider la production de textes descriptifs au cycle 3 - octobre 2005

 

Les extraits de cette base appartiennent soit à la Littérature avec un grand « L », soit à la littérature de jeunesse, voire à la « paralittérature » de grande consommation, d’hier et d’aujourd’hui. Mais s’agissant du portrait, et en particulier du présupposé « physiognomonique », les procédés se ressemblent. D’où l’option de les présenter par ordre alphabétique d’auteurs.

[Pour autant, il ne s’agit pas de tout niveler. Harlequin (1)  ne « vaut pas » Flaubert (5). Encore faut-il savoir rendre compte de cette différence.

 

 

1. La vie à tout prix, Megan Browley, coll. Amours d’aujourd’hui , Harlequin

 

Mais que faisait-il donc? Pourquoi n'arrivait-il pas?
      Tracey consulta sa montre.
      Assise, genoux croisés, elle ôtait une poussière imaginaire sur la jupe de son tailleur Chanel, dessinait des ronds dans le vide du bout de son escarpin Dior et comptait les minutes.
      Bryan Adams était en retard d'un quart d'heure.
      Pourquoi n'était-il pas, comme elle, arrivé en avance d'un quart d'heure?
      En face d'elle, derrière son bureau du cinquième étage de l'hôpital Davis Memorial, Joy Hampton était concentrée sur la rédaction d'un rapport. Le regard de Tracey, fixé sur elle, attira l'attention de Joy. Elle releva la tête, le front barré d'une fine ride d'inquiétude.
      – Du calme, Tracey.
      Malgré le ton professionnel, Tracey la savait aussi anxieuse qu'elle, peut-être davantage.
      – Je fais de mon mieux..., répondit-elle avec un sourire qu'elle espéra rassurant.
      Il émanait de toute la personne de Joy Hampton, devenue son amie intime au fil de ces deux dernières années, une impression d'assurance immuable. Cela tenait peut-être à la stricte coiffure courte de ses cheveux gris, conforme à la posture rigide qui trahissait ses antécédents militaires, ou bien à ses chaussures fonctionnelles assorties à ses sévères tailleurs de couleur neutre. En tant que coordonnatrice du programme des transplantations d'organes humains, Joy se devait d'être froide, efficace et détachée, mais si son pénible travail ne lui permettait pas d'extérioriser ses sentiments, Tracey la savait chaleureuse et compatissante.
      – J'ai l'impression que vous n'approuvez toujours pas cette rencontre, Joy?
      Joy retira ses lunettes cerclées de métal et se massa les paupières. Son amitié avec Tracey exigeait la franchise, mais l'étrangeté de la situation rendait celle-ci presque impossible. Elle croisa les doigts de ses larges mains carrées.

 

2. Mon papa, Anthony Browne, Kaléiodoscope

 

Il est bien, mon papa.

Mon papa n’a peur de RIEN,

Pas même du Grand Méchant Loup.

Il peut sauter par-dessus la lune,

Et marcher sur une corde raide (sans tomber).

Il pourrait lutter avec des géants,

Ou gagner la course des papas à l’école, sans problème.

Il est bien mon papa.

Mon papa a un appétit de cheval,

Et il nage comme un poisson.

Il est fort comme un gorille,

Et heureux comme un hippopotame.

Il est bien, mon papa.

Mon papa est grand comme une maison, et doux comme mon nounours.

Il peut être aussi sage qu’un hibou,

Et aussi bête qu’un balai.

Il est bien mon papa.

Mon papa est un danseur génial,

Et un chanteur extraordinaire.

C’est un formidable joueur de foot,

Et il me fait rire. Beaucoup.

J’aime mon papa. Et vous savez quoi ?

IL M’AIME ! (Et il m’aimera toujours.)

 

3. Conan Doyle, Le chien des Baskerville, trad. Catherine Richard, Coll. Le Masque

 

MR SHERLOCK HOLMES

 

 

Mr Sherlock Holmes, qui d'ordinaire se levait fort tard le matin, sauf à la suite de ses nuits blanches assez fréquentes, était installé à la table du petit déjeuner.  Foulant la carpette de la cheminée, j'allai ramasser la canne que notre visiteur avait oubliée derrière lui la veille au soir.  C'était un bel objet massif, à pommeau renflé, en bois de rotang.  La base de ce pommeau était cerclée d'un anneau plat en argent de presque trois centimètres de large.  Dessus était gravé: «Pour James Mortimer, MRCM, de la part de ses amis du CCH» ainsi que la date «1884».  C'était exactement le type de canne propre au médecin de famille à l'ancienne: digne, solide et rassurante.

 

- Eh bien!  Watson, que dites-vous de cette canne?

Holmes me tournait le dos, et je ne lui avais donné aucune indication quant à ce qui m'occupait.

- Comment avez-vous deviné ce que j'étais en train de faire ? Vous avez des yeux derrière la tête, ma parole.

- J'ai, en tout cas, une cafetière argentée bien astiquée devant moi, répliqua-t-il.  Alors dites-moi, Watson, que pensez-vous de la canne de notre visiteur?  Puisque nous n'avons pas eu l'heur d'être là pour recevoir ce monsieur et n'avons aucune idée de ce qui l'amenait, ce souvenir fortuit acquiert de l'importance.  Permettez que je vous écoute recomposer notre homme à partir de l'objet en question.

- D'après moi, lançai-je en me conformant autant que possible aux méthodes de mon compagnon, le Dr Mortimer est un homme de l'art prospère, âgé, et apprécié puisque ceux qui le connaissent le gratifient de la présente marque d'estime.

-                     Bien! fit Holmes.  Formidable!

 

4. La princesse invisible, Eglal Errera, Animax de l’école des loisirs.

 

Comment est-elle, cette enfant ? demandait la foule pressée aux portes du palais. Qu’on nous l’amène pour que nous puissions la contempler, cette petite princesse Dounia, consolation de son père et fierté du royaume ! Mais les portes restaient fermées et aucun des serviteurs du palais n’aurait pu dire si elle était ronde ou frêle, claire ou mate de peau, dotée de cheveux noirs et drus ou bien d’un simple duvet couleur châtaigne. Personne ne pouvait la décrire pour la simple raison que personne ne l’avait vue.

La vieille nourrice vint lui ouvrir et s’éclipsa aussitôt pour laisser les deux jeunes gens seuls.

Sur un fauteuil recouvert de coussins en soie sauvage des Indes, Elie vit, assise droite et digne, une femme qui le regardait avec douceur et une poignante tristesse. C’était la créature la plus laide, la plus repoussante qu’il lui avait été donné de rencontrer. Sa peau était couverte de boutons et de pustules, son nez crochu tombait sur une lèvre violacée et couverte de gerçures. Ses cheveux étaient rares et crépus, ses mais énormes et moites. Elle était difforme et sa magnifique robe de velours pourpre ne parvenait pas à cacher sa bosse, ses jambes trop courtes, et des épaules tombantes.

-         Bonjour, Elie, je suis la princesse Dounia, dit la femme d’une voix mélodieuse et tendre...

Le moment était venu de présenter la nouvelle souveraine à son peuple.

Elie gravait à nouveau les nombreuses marches qui menaient aux appartements de sa femme. Il frappa discrètement à la porte, la douce voix mélodieuse lui dit qu’il pouvait entrer. Il entra.

Sur le fauteuil en soie sauvage des Indes, le jeune roi vit, assise, impériale et splendide, la plus belle créature qu’il lui avait été donné de rencontrer. Tout en elle était finesse et perfection. Il était ébloui et il en perdit la parole.

Oui, mon époux, c’est bien  moi, Dounia, dit la merveilleuse jeune femme. Prends place et laisse-moi te raconter mon histoire. Elle est brève et terrible...

 

5. Madame Bovary, Charles Flaubert, 1857, Folio Gallimard

 

Nous étions à l'étude, quAnd le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon  de classe qui portait un grand pupitre.  Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Le  Proviseur nous fit signe de nous rasseoir; puis, se tournant vers le maître d'études :

- Monsieur.Roger, lui dit-il  à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l'appelle son âge,

Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous.  Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé.  Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements. des poignets rouges habitués à être nus.  Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles.  Il était chaussé de souliers forts, mal cirés. garnis de clous.

On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon,  n'osant même croiser les cuisses, ni s'appuver sur le coude, et, à deux heure, quand la cloche sonna, le maître d'études fut obligé de l'avertir, pour qu'il se mît avec nous dans les rangs.

Nous avions l'habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d'avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille, en faisant beaucoup de poussière; c'était là le genre.

 

Mais, soit qu’il n'eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu'il n'eût osé s’y soumettre, là prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur les deux genoux.  C'était une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin. dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile.  Ovoïde et renflée de baleines, commençait par trois boudins circulaires- puis s'alternaient, séparés  par une bande rouge, des losanges  de velours  ou et de poils de lapin; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où' pendait. au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or, en manière de gland.  Elle était neuve; la visière brillait.

 

 

- Levez-vous, dit le professeur.

 

Il se leva; sa casquette tomba.  Toute la classe se mit à rire.

 

 

 

6. La Bruyère,  Les Caractères, 1691

 

Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l'oeil fixe et assuré, les épaules larges, l'estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance; il fait répéter celui qui l'entretient, et il ne goûte que médiocrement tout ce qu'il lui dit.  Il déploie un ample mouchoir et se mouche avec grand bruit; il crache fort loin, et il éternue fort haut.  Il dort le jour, il dort la nuit, et profondément; il ronfle en compagnie.  Il occupe à table et à la promenade plus de place qu'un autre.  Il tient le milieu en se promenant avec ses égaux; il s'arrête et l'on s'arrête, il continue de marcher et l'on marche  : tous se règlent sur lui.  Il interrompt, il redresse  ceux qui ont la parole : on ne l'interrompt pas, on l'écoute aussi longtemps qu'il veut parler; on est de son avis, on croit les nouvelles qu'il débite.  S'il s'assied, vous le voyez s'enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l'une sur l'autre, froncer le sourcil, abaisser son chapeau sur ses yeux pour ne voir personne, ou le relever ensuite, et découvrir son front par fierté et par audace.  Il est enjoué, grand rieur, impatient, présomptueux, colère, libertin, politique, mystérieux sur les affaires du temps ; il se croit des talents et de l'esprit.  Il est riche.

 

Phédon a les yeux creux, le teint échauffé, le corps sec et le visage maigre ; il dort peu et d'un sommeil fort léger; il est abstrait , rêveur, et il a avec de l'esprit l'air d'un stupide ; il oublie de dire ce qu'il sait, ou de parler d'événements qui lui sont connus ; et, s'il le fait quelquefois, il s'en tire mal, il croit peser à ceux à qui il parle, il conte brièvement, mais froidement; il ne se fait pas écouter, il ne fait point rire.  Il applaudit, il sourit à ce que les autres lui disent, il est de leur avis; il court, il vole pour leur rendre de petits services.  Il est complaisant, flatteur, empressé; il est mystérieux sur ses affaires, quelquefois menteur ; il est superstitieux, scrupuleux, timide.  Il marche doucement et légèrement, il semble craindre de fouler la terre; il marche les yeux baissés, et il n'ose les lever sur ceux qui passent.  Il n'est jamais du nombre de ceux qui forment un cercle pour discourir; il se met derrière celui qui parle,  recueille furtivement ce qui se dit, et il se retire si on le regarde.  Il n'occupe point de lieu, il ne tient point de place; il va les épaules serrées, le chapeau abaissé sur les yeux pour n'être point vu; il se replie et se renferme dans son manteau ; il n'y a point de rues ni de galeries si embarrassées et si remplies de monde, où il ne trouve moyen de passer sans effort et de se couler sans être aperçu.  Si on le prie de s'asseoir, il se met à peine sur le bord d'un siège ;  il parle bas dans la conversation, et il articule mal; libre néanmoins sur les affaires publiques, chagrin contre le siècle, médiocrement prévenu des ministres et du ministère.  Il n'ouvre la bouche que pour répondre; il tousse, il se mouche sous son chapeau; il crache presque sur soi, et il attend qu'il soit seul pour éternuer, ou, si cela lui arrive, c'est à l'insu de la compagnie : il n'en coûte à personne ni salut ni compliment. Il est pauvre.

 

 

 7.        

Le Renard et le Bouc

 

Capitaine renard allait de compagnie

Avec son ami bouc des plus haut encornés

Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez;

L'autre était passé maître en fait de tromperie.

La soif les obligea de descendre en un puits

Là chacun d'eux se désaltère.

Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,

Le renard dit au bouc: « Que ferons-nous, compère?

Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.

Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ;

Mets-les contre le mur : le long de ton échine

Je grimperai premièrement ;

Puis sur-tes cornes m'élevant,

A l'aide de cette machine,

De ce lieu-ci je sortirai,

Après quoi je t'en tirerai.

 

 

 

 

- Par ma barbe, dit l'autre, il est bon; et je loue

Les gens bien sensés comme toi.

Je n'aurais jamais, quant à moi,

Trouvé ce secret, je l'avoue. »

Le renard sort du puits, laisse son compagnon,

Et vous lui fait un beau sermon

Pour l'exhorter à patience.

« Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence

Autant de jugement que de barbes au menton,

Tu n'aurais pas, à la  légère,

Descendu dans ce puits.  Or adieu: j'en suis hors;

Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts;

Car, pour moi, j'ai certaine affaire

Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin. »

En toute chose il faut considérer la fin.

 

          La Fontaine, Fables, Livre III, 5, 1668

                                                            

8. Prune princesse de Monaco Créteil, Moissard/Vaugelade, Animax de l’école des loisirs

 

Alors Jacques Dubois énonce :

-         Une princesse de Monaco est princesse de Monaco parce qu’elle fait tout ce que  fait une princesse de Monaco. Et que fit une princesse de Monaco ?

-         Je ne sais pas, avoue  Prune.

-         Une princesse de Monaco fait traditionnellement cinq choses :

Premièrement, elle joue au tennis.

Deuxièmement, elle nage dans des piscines

Troisièmement, elle pratique la danse classique.

Et quatrièmement, elle s’occupe d’œuvres de charité, car une princesse de Monaco est toujours une jeune fille très bonne, pas du tout égoïste. Ca aussi, c’est la tradition.

-         Quant au cinquièmement ? demande Prune.

-         Je te le dira plus tard.

-         Pourquoi pas tout de suite ?

-         Parce que c’est impossible. Pour connaître la cinquième condition, il faut d’abord remplir les quatre premières, sinon tout est fichu.

-         Ah, fait Prune, qui trouve ça bizarre.

 

9. Pas de vraies vacances pour Georges, Christian Oster, Animax de l’école des loisirs

 

Puis les singes battirent tambour, les girafes se déhanchèrent, les panthères rugirent, les oiseaux crièrent sur leurs branches, les hippopotames branchèrent leurs claviers et les guépards, à trois sur le même micro, arrachèrent leurs maillots de corps en hurlant. Comme chaque année la fête fut une réussite.

 

 

10. Moi ma grand-mère, PEF, Editions Messidor La Farandole

 

A ma grand-mère Justine, que tout le monde appelle Marguerite

 

-         Moi, ma grand-mère, elle est cosmonaute.

-         Moi, ma grand-mère, elle est pilote d’essai d’ascenseur.

-         Moi, ma grand-mère, elle est mousquetaire du roi.

-         Moi, ma grand-mère, elle apprend à nager aux baleines.

-         Moi, ma grand-mère, elle garde tous les moutons du mont Blanc, jusqu’au sommet, même !

-         Moi, ma grand-mère, elle a déjà écrit plus de quarante romans policiers en américain... en latin aussi, je crois.

-         (...)

-         Et toi, qu’est-ce quelle fait ta grand-mère ?

-          Moi d’abord, ma grand-mère elle sait faire des bonnes tartines de beurre avec de petits morceaux de chocolat dessus.

 

 

 

11. Les fées, Charles Perrault, Contes de ma mère l’Oye, 1697

 

Il était une fois une veuve qui avait deux filles, l’aînée lui ressemblait si fort et d’humeur et de visage, que qui la voyait voyait la mère. Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses qu’on ne pouvait vivre avec elles La cadette, qui était le vrai portrait de son père pour la douceur et pour l’honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu’on eût su voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée, et en même temps, avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse ».

 

12. Roi du ciel, Chaim Potok, Animax de l’école des loisirs

 

A côté de l’un des bâtiments se trouvait Oncle Conor ! Il parlait avec un vieil homme qui portait des lunettes d’aviation et un casque en cuir à rabats sur les oreilles.

-         Bon anniversaire, Brian, clama Oncle Conor.

Brian et son père allèrent chercher des outils dans le garage. Puis Brian aida son père à ouvrir la caisse. Il y avait beaucoup de papiers et de plastique à l’intérieur. Très soigneusement, Brian fouilla l’emballage.

Une tête apparut, un corps, des bras, des jambes. C’était un pilote.

Une statuette en céramique de soixante-dix centimètres de haut, représentant un pilote.

 

 

13. L’erreur du Père Noël, Marie-Hélène Sabard, Animax de l’école des loisirs

 

Une fois que tout est en place, Amandine attrape Robert. Robert est un très vieil ours qui a un oeil normal, bleu et rond, et un autre beaucoup moins normal, rouge et carré : la maman d’Amandine n’avait plus de boutons bleus le jour où Robert a perdu un oeil dans la fente de l’ascenseur, chez le dentiste. Depuis, Amandine ne peut s’empêcher de considérer Robert comme plutôt handicapé – quelqu’un qui a un oeil rouge et carré y voit forcément moins bien – et elle l’aime encore plus qu’avant.

 

14. Grégoire Solotareff, Une prison pour Monsieur Logre, L’école des loisirs

 

Monsieur l’Ogre était un gros bonhomme très vorace et très cruel.

C’était le méchant seigneur de la forêt.

 

 

15. Fais pas le clown, papa – Valérie Zenatti – Animax de l’école des loisirs

 

C’était bien ce que je pensais : une catastrophe.

Je n’en ai pas dormi de la nuit.

Ou plutôt si, mais j’en ai fait des cauchemars terrifiants. Je voyais Papa à la fête de l’école en train de faire le pitre. Soudain il y avait un grand coup de vent, sa perruque s’envolait, son maquillage disparaissait, et tous les élèves de ma classe se mettaient à hurler : « C’est le papa de Jessica, c’est le Papa de Jessica ! » Et leurs rires n’étaient pas des rires, mais des moqueries...

 

16. La fortune des Rougon, Emile Zola, Folio Gallimard

 

Félicité était une petite femme noire, comme on en voit en Provence. On eût dit une de ces cigales brunes, sèches, stridentes, aux vols brusques, qui se cognent la tête dans les amandiers. Maigre, la gorge plate, les épaules pointues, le visage en museau de fouine, singulièrement fouillé et accentué, elle n’avait pas d’âge ; on lui eût donné quinze ans ou trente ans, bien qu’elle en eût en réalité dix-neuf, quatre de moins que son mari. Il y avait une ruse de chatte au fond de ses yeux noirs, étroits, pareils à des trous de vrille...

 

A chacun de compléter cette collection !

 

 Les physiognomonistes pensaient vers la fin du XVIII° siècle, avec Lavater, qu'il y avait une correspondance significative entre l'aspect physique et la physionomie d'une part et le mental d'autre part. Théorie aujourd'hui dépassée, mais cette croyance survit dans nombre de portraits littéraires, dans la bande dessinée, et bien entendu dans beaucoup d'ouvrages de littérature de jeunesse.

 

Céline, T2 dans le Bas-Rhin, m’en envoie encore une lichette que vous devriez trouver aussi à l'adresse suivante :

http://www.momes.net/education/ecriture/textes/extraitsportraits.html

 

Quelques-uns de ces portraits recherchent encore leur personnage...

 

17. La Rochefoucauld - Portrait du duc de La Rochefoucauld fait par lui-même

J'ai le teint brun, mais assez uni; le front élevé et d'une raisonnable grandeur; les yeux noirs, petits et enfoncés, et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés. Je serais fort empêché de dire de quelle sorte j'ai le nez fait, car il n'est ni camus, ni aquilin, ni gros, ni pointu (...) tout ce que je sais c'est qu'il est plutôt grand que petit, et qu'il descend un peu trop bas. J'ai la bouche grande et les lèvres assez rouges d'ordinaire, et ni bien ni mal taillée. J'ai les dents blanches et passablement bien rangées. On m'a dit autrefois que j'avais un peu trop de menton: je viens de me regarder dans le miroir pour savoir ce qu'il en est, et je ne sais pas trop bien qu'en juger. Pour le tour du visage je l'ai carré ou en ovale; lequel des deux, il me serait fort difficile de le dire. J'ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela épais et assez longs.



18. Victor Hugo - Notre Dame de Paris

Nous n'essaierons pas de donner au lecteur une idée de ce nez tétraèdre, de cette bouche en fer à cheval, de ce petit oeil gauche obstrué d'un sourcil roux en broussailles, tandis que l'oeil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue; de ces dents désordonnées, ébréchées ça et là, comme des créneaux d'une forteresse; de cette lèvre colleuse, sur laquelle une de ces dents empiétait comme la défense d'un éléphant, de ce menton fourchu; et surtout de la physionomie répandue sur tout cela; de ce mélange de malice, d'étonnement et de tristesse. Qu'on rêve, si l'on peut, cet ensemble.



19. Prosper Mérimée - Carmen

Sa peau, parfaitement unie, approchait fort de la teinte du cuivre. Ses yeux étaient obliques, mais admirablement fendus; ses lèvres, un peu fortes, mais bien dessinées et laissant voir des dents plus blanches que des amandes sans leur peau.
Ses cheveux, peut-être un peu gros, étaient noirs, à reflets bleus comme l'aile de corbeau, longs et luisants.



20. Jules Vallès - L'enfant

Elle a bien soixante dix ans et elle doit avoir les cheveux blancs; je n'en sais rien; personne n'en sait rien, car elle a toujours un serre-tête noir qui lui colle comme du taffetas sur le crâne; elle a, par exemple, la barbe grise, un bouquet de poils ici, une petite mèche qui frisotte par là, et de tous côtés des poireaux comme des groseilles, qui ont l'air de bouillir sur sa figure.
Pour mieux dire, sa tête rappelle par le haut, à cause du serre-tête noir une pomme de terre brûlée et, par le bas, une pomme de terre germée: j'en ai trouvé une gonflée, violette, l'autre matin, sous le fourneau, qui ressemblait à grand tante Agnès comme deux gouttes d'eau.



21. Jules Supervielle - L'enfant de la haute-mer

Elle n'était pas très jolie à cause de ses dents un peu écartées, de son nez un peu trop retroussé, mais elle avait la peau très blanche avec quelques taches de douceur, je veux dire de rousseur. Et sa petite personne commandée par des yeux gris, modestes mais très lumineux, vous faisait passer dans le corps, jusqu'à l'âme une grande surprise qui arrivait du fond des temps.



22. Georges Pérec - W ou le souvenir d'enfance

C'était un homme d'une quarantaine d'années, plutôt petit, très maigre, avec un visage en lame de couteau, des cheveux très courts, déjà grisonnants, taillés en brosse. Il portait un costume croisé gris sombre. Si tant est qu'un homme puisse porter sa profession sur sa figure, il ne donnait pas l'impression d'être médecin, mais plutôt hommes d'affaires, fondé de pouvoir d'une grande banque, ou avocat.



23. Pierre Desproges - Fonds de tiroir

L'ineffable Christophe Lambert, grande belle tronche molle, est l'ultime coqueluche des pétasses cinéphiles, avec son bon gros regard mi-clos de persienne hawaïenne et sa bonne grosse bouche à gober les moules espagnoles, toujours entrouverte sur un demi-sourire béat aux lèvres charnues expertes à sucer les porte-clés à même le tableau du concierge du Carlton.