Cette fiche fait suite à la séance « lecture au cycle 3 », dont l’inducteur était un article des Dernières Nouvelles d’Alsace, pages locales de Colmar, 5 octobre 2005.

 

« Après  avoir déposé nos sacs et nos instruments à l’auberge où j’avais logé avec Vitalis, nous nous mîmes à la recherche d’un vétérinaire.

Quand celui-ci eut entendu notre demande, il commença à nous rire au nez.

« Mais il n’y a pas de vaches savantes dans le pays, dit-il.

- Ce n’est pas une vache qui sache faire des tours qu’il nous faut, c’en est une qui donne du bon lait ».

 

Hector Malot, Sans famille, tome 2.

 

 

Objectifs 

 

- concevoir des productions de textes courts, adaptés au cycle 3

- insérer les productions dans des parcours culturels en RESEAUX, mais OUVERTS…

- faire place à l’album, mais aussi aux romans, aux documentaires, et aux autres types d’écrit

 

Notre inducteur reste la VACHE… mais à titre d’exemple seulement !

 

Une histoire de vaches savantes… (DNA du 5 octobre 2005)

 

 

A partir de Geoffroy de PENNART, Sophie la vache musicienne

 

niveau : CP  à   CE2

 

Sophie, jeune vache , très musicienne, adorant chanter, décide de tenter sa chance  à la grande ville, où un concours de musique est organisé. Mais d’abord il lui faut se faire engager.

Elle se heurte à une série de déconvenues, jusqu’à sa rencontre avec Douglas, garçon de café, avec lequel elle décide de monter son propre orchestre.

A remarquer : le journal a une fonction dans le récit. C’est en le lisant que Sophie a connaissance du concours. Et l’histoire fournit une page de « petites annonces » pour le recrutement de musiciens.

 

On peut aimer ou ne pas aimer les dessins animaliers de Geoffroy de Pennart. La composante anthropomorphique y est très appuyée, de sorte que, dans le dessin, ces animaux sont plutôt des humains masqués. Le décor : des intérieurs bourgeois surannés renforce cette impression.

Par contre le texte joue davantage du croisement des deux univers linguistiques humain et animal.

 

La page de garde et la dernière page de l’album fournissent  la carte d’identité de Sophie :

 

Nom : LA PRAIRIE

Prénoms : Sophie, Angélique, Alphonsine

Signes particuliers : robe brune, taches blanches, yeux marrons, cornes jaunes

Alimentation : Herbivore

Classe : Mammifère

Groupe : Artiodactyle (sous-groupe des ruminants)

Famille : bovidés (sous-famille des bovinés)

Observation : musicienne

 

La fin de l’histoire fait apparaître parmi les musiciens engagés par Sophie et Douglas un personnage de loup, reconnaissable par les lecteurs qui ont lu les histoires de G. de Pennart : c’est le « Loup sentimental », reconnaissable par le dessin, mais aussi la bulle : « les autres loups me trouvent trop sentimental ».

On appelle « intertextualité » ce système de renvois, externe s’il s’agit d’œuvres différentes, ou interne, comme ici, si c’est à l’intérieur d’une série d’albums du même auteur. L’intertexualité est un trait spécifique des textes littéraires.

 

Pistes

 

 

1. Ecrire à partir de l’album…

 

a) Insérer des éléments de dialogues à partir d’un modèle fourni par un dialogue répétitif.

 

Comparer

 

« Voyons, voyons. Hum, celui-ci, Le Grand Orchestre du Sourire Etincelant est tout près d’ici.

Quel drôle de nom ! Eh bien, allons-y… »

« Vous venez pour la place ? En principe, nous n’engageons pas d’herbivores, mais entrez, entrez… »

 

L’image représente un orchestre de carnivores)

Elle reprend son journal

« Ah : Grand Orchestre des Vaches Folles.

Je suis une vache et je suis folle de rage ! Allons-y… »

« Vous venez pour la place ? Entrez, entrez, plus on est de fous, plus on rit… »

 

(L’image présente un orchestre de vaches folles)

 

« Heu je crois que je me suis trompée d’adresse, bredouille Sophie.

 

Hum ! Harmonie Royale des Ruminants

Je rumine, allons-y… »

« Vous venez pour la place ?

Désolée, ma chère, je crains que vous ne soyez pas à la hauteur ! »

 

(L’image représente un orchestre de girafes »

 

 

 

 

voir les propositions faites en cours par le groupe

 

Pistes :

 

- variation des verbes introducteurs de paroles (« bredouiller » et il y en a d’autres dans l’album)

- variation sur les animaux de l’orchestre

- variation sur les paroles des animaux : les paroles dites indiquent (indirectement) qui ils sont

- variation sur les formules échangées (ici : « plus on est de fous, plus on rit » ; « vous n’êtes pas à la hauteur » ; cette formule signifie « ne pas faire le poids » ; comment pourrait-on la réemployer ?

- puis comparer avec la solution de l’auteur… (dans ce cas la lecture intégrale vient après)

 

On peut trouver d’autres personnages d’animaux à partir d’un critère :

 

Par exemple : essayer une recherche encyclopédique à partir de « artiodactyle ». Le TLF (Trésor informatisé de la langue française) donne :

 

artiodactyles, subst. masc. plur. ( « qui est en nombre pair »). « Ordre de mammifères ongulés ayant un nombre pair de doigts (deux ou quatre) comprenant les bovidés, les cervidés, les camélidés, les girafidés, les suidés, les hippopotames » (cf. Zool., t. 4, 1974, p. 1118 [encyclop. de la Pléiade])

 

Cette piste est intéressante surtout à la fin du cycle 2 et au début du cycle 3, sur des exemples simples.

 

Voir une bibliographie d’albums à structure répétitive dans :

 

DEVANNE et alii, in Conduire un cours préparatoire, Armand Colin, 1995.

 

Au CM1-CM2 se pose autrement qu’au cycle 2 le problème du « projet de scripteur ». Qu’est-ce qui va motiver les élèves à réécrire de tels dialogues, surtout si l’album a déjà été lu ? Cette fiche ne répond pas à cette question, mais il faudra bien se la poser ! Une piste peut être l’écriture en petits groupes, et des productions courtes justement, avec échange rapide des résultats, ce qui peut entraîner une dynamique. Laisser aussi les élèves dessiner (on ne va pas seulement du texte au dessin mais on peut faire le parcours inverse)…Certains auteurs, comme PEF, jouent magnifiquement de ces glissements d'un délire verbal à un délire en images (voir La belle lisse poire du Prince de Motordu, ou Moi ma grand-mère, ou Au fou les pompiers...)

 

a)                     à partir de situations fournies par l’album 

 

A partir du personnage du « loup sentimental » inséré dans la fiction, on peut imaginer de compléter l’orchestre par une série de personnages sortant d’albums lus dans la classe.

Ici l’absence de dessin peut justifier  un complément sous forme d’expansion du texte pourrait  faire comprendre au lecteur de quel instrument joue le personnage.

 

Ex :

 

Bientôt ils engagent vingt cinq excellents musiciens :

 

« Les autres loups me trouvent trop sentimental », confia le loup, en sortant de sa camionnette remplie d’instruments à percussion : une grosse caisse, des cymbales, et deux timbales pour orchestre symphonique. »

 

Cette proposition nécessite encore une fois des listes, qu’on ira chercher dans les planches de dictionnaire ou dans les documentaires.

 

La lecture de l’album « Le loup sentimental » peut également servir d’inducteur, puisque toutes les rencontres que fait le Loup sur son chemin évoquent des contes connus (= initiation à l’intertextualité, externe cette fois)

 

 

2. Inducteurs partant de l’écriture de l’auteur…

 

La lecture des textes de G. de Pennart peut être l’occasion de faire des listes d’expression au sens figuré. Dans Sophie la vache musicienne, l’auteur a travaillé aussi avec le lexique de la vache ( sens figuré, sens spécialisés, etc.). On peut en faire un inventaire :

 

·                        être folle de rage

·                        vache folle

·                        plus on est de fous plus on rit

 

avec les dictionnaires on peut en trouver d’autres :

 

·                        manger de la vache enragée

·                        atterrir sur le plancher des vaches

·                        faire un coup vache

·                        mettre la charrue avant les bœufs

·                        prendre le taureau par les cornes

 

Ici pour l’enseignant, le Petit Robert sera utile, ou derechef le Trésor de la langue française informatisé.. Les dictionnaires pour enfants sont souvent assez pauvres dans ce domaine. Ainsi le Supermajor, souvent utilisé au cycle 3, ne fournit que « manger de la vache enragée ».

 

Pour élargir le corpus, vous pouvez photocopier des articles de dictionnaires plus complets (à la condition d’agrandir en passant au moins au corps 14), et demander par exemple aux élèves de surligner les expressions. Il existe à la BCD de Colmar quelques ouvrages de lexicographie pour enfants, par exemple :

Michel BOUCHER , Les bonheurs de l’expression, Etre une poule mouillée, Actes Sud Junior

Florence RENAUD et Serge PINCHON,  J’ai un mot sur la langue, Gallimard Jeunesse

 r

 

L’injection de telles expressions peut donner lieu à une consigne pour réécrire un dialogue (voir ci-dessus)

Consigne : essayer d’utiliser dans le dialogue des expressions imagées (élargir au maximum, sinon c’est trop difficile)

Autre idée : écrire une petite histoire qui explique l’expression (voir Boucher : « Sur le plancher des vaches », ou « « La charrue avant les bœufs »). L’auteur écrit un texte, mais propose aussi un dessin qui visualise l’expression au sens figuré considérée au sens propre. Par exemple, le cheval qui a « une fièvre de cheval » tient entre ses dents un thermomètre…

 

Dans la foulée, je vous propose une idée expérimentée il y a quelques années dans un stage de formation continue autour du journal scolaire. Il s’agissait de produire nous-mêmes les blagues à mettre dans le journal de l’école, au lieu de les récupérer … sur internet !

 

 

 

2. A partir d’une grande œuvre du patrimoine.

 

L’article des DNA, sans que je l’ai prémédité au départ, a réveillé un souvenir de lecture. La vache laitière est au cœur de deux épisodes emblématiques de Sans Famille, l’œuvre de Hector Malot, à tel point qu’elle figure sur la couverture des deux tomes de l’édition Folio Junior :

 

-  l’épisode de la vente de la vache Roussette, sur injonction du mari de Mère Barberin, la mère nourricière de Rémi ; la vente de cette vache est l’annonce de la séparation avec Mère Barberin, séparation qui redouble (en abyme ?) le malheur premier : l’abandon de Rémi par sa mère de sang…

-  l’épisode du retour au pays de l’enfance, après la mort de Vitalis. Rémi et son ami Mattia, devenus saltimbanques investissent leur premières économies pour racheter une vache pour Mère Barberin (tome 2)

-  

La vache est à l’évidence non seulement un animal domestique symbole d’une société rurale, mais une figure imaginaire de la maternité. D’où sa présence dès la toute première page du roman.

 

Ainsi d’un article anodin de la presse locale, le réseau (ouvert) passe à la lecture d’un roman du patrimoine.

On peut, par exemple, sur le temps d’un stage de deux ou trois semaines, lire à haute voix ces deux épisodes du roman de Malot, prévoir un travail de lecture-écriture à partir d’un extrait, et pour le reste résumer la trame du roman, dont les 700 pages sont paraît-il devenues illisibles. Mais cela reste à prouver.

 

Un projet de lecture-écriture

 

Le détour par des « morceaux choisis » de ce roman paru en 1877 (en plein courant « naturaliste » - voir Zola !- ) est une occasion d’initier les élèves du cycle 3 à l’écriture de description. 

Nous ne devons pas perdre de vue que c’est un « type de texte » difficile, sur lequel reviendra la programme de collège en classe de cinquième). Au cours moyen, on s’initie au fonctionnement du type, en lecture et en écriture, dans une approche culturelle.

 

 

A.                     Pas de description sans point de vue…

 

    1. Lecture

 

 « Pour le naturaliste, la vache est un animal ruminant ; pour le promeneur, c’est une bête qui fait bien dans le paysage lorsqu’elle lève au-dessus des herbes son mufle noir humide de rosée ; pour l’enfant des villes, c’est la source du café au lait et du fromage à la crème ; mais pour le paysan, c’est bien plus et mieux encore. Si pauvre qu’il puisse être et si nombreuse que soit sa famille, il est assuré de ne pas souffrir de la faim tant qu’il a une vache dans son étable. Avec une longe ou même avec une simple hart nouée autour des cornes, un enfant promène la vache le long des chemins herbus, là où la pâture n’appartient à personne, et le soir, la famille entière a du beurre dans sa soupe et du lait pour mouiller ses pommes de terre ; le père, la mère, les enfants, les grands comme les petits, tout le monde vit de la vache. »

 

    1. Discussion

 

Le  texte est d’abord discuté, ce qui permet de résoudre les problèmes de syntaxe (la concessive : « si pauvre qu’il puisse ») et de lexique (longe, hart, pâture), puis débat :

 

- est-ce que c’est toujours vrai ?

- comparer avec le chapitre

- énumérer les produits laitiers qui font l’alimentation des enfants d’aujourd’hui

- que fait-on encore aujourd’hui avec la vache ? (viande, cuir…) ; l’imaginaire en prend un coup, mais nous sommes au cycle 3

 

    1. ORL « pour mieux lire"

 

Un exercice de langue dans la ligne de l’ORL : on pourrait faire apparaître le caractère historique de ces points de vue

 

- transformation grammaticale du texte :

commencer par « En 1877 », et faites la liste des mots qui changent ; on obtient une liste de formes à l’imparfait (ORL)… sauf la première phrase, pour laquelle il faut maintenir le présent, et remplacer peut-être le « naturaliste » par le « scientifique » ou le « zoologiste »…

 

    1. Production (entre oral et écrit)

 

 

et en se rapprochant davantage de la production :

 

- expansion du texte :

 

commencer par « En 2005…, la vache est un animal ruminant…

 

·                        pour les chocolats Milka…

·                        sur les boîtes de fromage…

·                        pour Sandrine, dresseuse du cirque Bouglione…

·                        pour les enfants…

·                        pour les créateurs de trousses d’écolier…

·                        pour les fermiers-aubergistes…


 

 

Initiation au type descriptif

 

Un portrait

 

« Tandis que Barberin se plaçait à une table avec le maître du café qui l’avait engagé à entrer, j’allai m’asseoir près de la cheminée et je regardai autour de moi.

Dans le coin opposé à celui que j’occupais, se trouvait un grand vieillard à barbe blanche, qui portait un costume bizarre et tel que je n’en avais jamais vu.

Sur ses cheveux, qui tombaient en longues mèches sur ses épaules, était posé un haut chapeau de feutre gris orné de plumes vertes et rouges. Une peau de mouton, dont la laine était en dedans, le serrait à la taille. Cette peau n’avait pas de manches, et, par deux trous ouverts aux épaules, sortaient les bras vêtus d’une étoffe de velours qui autrefois avait dû être bleue. De grandes guêtres en laine lui montaient jusqu’aux genoux, et elles étaient serrées par des rubans rouges qui s’entre-croisaient plusieurs fois autour des jambes .

Il se tenait allongé sur sa chaise, le menton appuyé dans sa main droite ; son coude reposait sur son genou ployé.

Jamais je n’avais vu une personne vivante dans une attitude si calme ; il ressemblait à l’un des saints en bois de notre église. »

 

Activité de lecture

 

Toujours faire…

 

1)                     déterminer le point de vue : qui voit le personnage ? on peut faire jouer la scène…

2)                     découvrir l’arbre de la description

 

A essayer :

La construction de quelques branches d’un portrait « arborescent ». Attention : cela peut devenir vite difficile. Il faut prévoir une feuille grand format et commencer au centre. Il ne s’agit pas de produire un schéma complet, mais de comprendre un fonctionnement.

 

Voir l’arborescence pour la description de Vitalis.

 

L’expérimentation de ce schéma lors de notre séance a donné lieu à quelques remarques. Pour le moment j’en reste aux expression le « tout » et les « parties », que l’on peut réutiliser avec des enfants. Le schéma, que l’on peut appeler un « arbre » ou encore une « carte » peut être expérimenté de deux façons :

 

-         en lecture, pour repérer les traits pertinents d’une description (ou d’un portrait) ; dans ce cas l’arbre est fourni ; les enfants inscrivent si possible avec une couleur différente une liste de mots sous la « branche » correspondante

-         en production, s’il s’agit d’écrire à son tour un portrait, ils inscrivent sous les branches de l’arbre les mots qu’ils vont utiliser pour écrire leur texte.

 

Deux idées pour stimuler l’envie de produire.

 

Dans ce portrait trouvé dans Malot, la découverte du personnage est progressive. Ce n’est que quelques pages plus loin que le lecteur identifie le « signor Vitalis ». Dans beaucoup de descriptions romanesques, l’ « objet » ne se dévoile qu’à la fin… Le travail du lecteur relève d’un jeu d’hypothèses et de déductions, et c’est là en principe une façon de maintenir le lecteur en haleine. En termes techniques, le portrait est une arbre descriptif avec hyperthème énoncé à la fin.

Il y aurait de ce point de vue beaucoup à dire sur l’ORDRE des éléments de la description. Il est moins contraint que dans le type narratif, mais un écrivain ne le laisse pas au hasard. La remarque de Julie était tout à fait pertinente. Nous ne l’abordons pas dans cette fiche, mais c’est seulement partie remise. Un exemple célèbre est le portrait de Charles Bovary dans le roman de Flaubert, Madame Bovary (1857).

 

Du portrait à la devinette.

 

L’écriture de portraits dans la classe pose problème. Le genre est peut-être tombé en désuétude, maintenant que nous avons la photo et les appareils numériques. Eviter en tous cas de proposer de faire le portrait des petits camarades, non seulement pour des raisons d'ordre psychologique mais aussi parce qu’il est très important que les élèves se rendent compte que le portrait est une construction de texte, et non pas une équivalence du « réel ». D’où l’intérêt, si vous voulez quand même le proposer, de fictionnaliser la production (je fais mon propre portrait, mais à la troisième personne, ce sera un portrait en « il », écrit par moi qui prend la place d’un autre ; ou, plus simple, écrire le portrait d’un personnage d’une histoire que nous avons lue mais que l’écrivain a oublié de faire…).

La proposition qui suit est encore plus simple :

 

La devinette est une version simple et « ludique » d’une description dont l’hyperthème est à la fin. En voici deux, développées dans un ouvrage de grande qualité, malheureusement non réédité :

 

Français 6°, Lire écrire ensemble, sous la direction de C.ORIOL-BOYER, éditions Hatier, 1996

 

a)                     les portraits araucans ou chinois

 

Un portrait araucan en cinq touches 

 

C’est une mère qui te berce

C’est un cuisinier qui sale ta soupe

C’est une armée de soldats qui te retient prisonnier

C’est une grosse bête qui se fâche, hurle et trépigne quand il fait du vent

C’est une peau de serpent aux mille écailles qui miroitent au soleil.

 

Qu’est-ce que c’est ?

 

Variante : le portrait chinois

 

- Si c’était un arbre, ce serait un palmier à cause des poils fauves qui en couvrent le tronc.

- Si c’était un oiseau, ce serait le corbeau  du Pacifique à cause de son cri rauque et aboyant,

- Si c’était une partie de mon corps, ce serait ma main gauche à cause de la fidélité avec laquelle elle aide ma main droite.

- Si c’était un poisson ce serait le brochet chilien à cause de ses dents aiguisées.

- Si c’était un fruit, ce serait deux noisettes, à cause de ses petits yeux bruns.

Qu’est-ce que c’est ?

- C’est Tenn, notre bon chien

 

Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage, coll. « Folio Junior », Gallimard, 1977

 

Démarche.

 

D’abord les élèves se mettent d’accord sur un “hyperthème” (ou alors c’est vous qui le fournissez).

Ensuite ils trouvent une liste d’éléments qui peuvent être mis en relation avec cet hyperthème. Dans le cas du portrait araucan, le plus facile, il s’agit d’une liste de « comparants » (= « comme…). Ensuite ce comparant sera « expansé » à l’aide de la structure répétitive : « c’est…qui », et on finit toujours par la question : « qu’est-ce que c’est ? »

Dans le cas du portrait chinois, qui est plus difficile, la liste est une série de « points de départ » qui définissent là aussi un comparant, mais se rapportant chaque fois à une « qualité » (la fidélité) ou à une « partie » de l’hyperthème (par exemple les dents ou les yeux de Tenn). Puis de même, ces éléments sont intégrés dans une structure syntaxique répétitive.

Amon avis le portrait araucan est à la portée d’un cycle 3 ordinaire, mais le portrait chinois est à réserver pour un très bon CM2. Mais à vous de tester.

 

b)                     la canne du Dr Mortimer

 

exemple trouvé dans un célèbre roman de Conan DOYLE …

 

MR SHERLOCK HOLMES

 

 

Mr Sherlock Holmes, qui d'ordinaire se levait fort tard le matin, sauf à la suite de ses nuits blanches assez fréquentes, était installé à la table du petit déjeuner.  Foulant la carpette de la cheminée, j'allai ramasser la canne que notre visiteur avait oubliée derrière lui la veille au soir.  C'était un bel objet massif, à pommeau renflé, en bois de rotang.  La base de ce pommeau était cerclée d'un anneau plat en argent de presque trois centimètres de large.  Dessus était gravé: «Pour James Mortimer, MRCM, de la part de ses amis du CCH» ainsi que la date «1884».  C'était exactement le type de canne propre au médecin de famille à l'ancienne: digne, solide et rassurante.

 

- Eh bien!  Watson, que dites-vous de cette canne?

Holmes me tournait le dos, et je ne lui avais donné aucune indication quant à ce qui m'occupait.

- Comment avez-vous deviné ce que j'étais en train de faire ? Vous avez des yeux derrière la tête, ma parole.

- J'ai, en tout cas, une cafetière argentée bien astiquée devant moi, répliqua-t-il.  Alors dites-moi, Watson, que pensez-vous de la canne de notre visiteur?  Puisque nous n'avons pas eu l'heur d'être là pour recevoir ce monsieur et n'avons aucune idée de ce qui l'amenait, ce souvenir fortuit acquiert de l'importance.  Permettez que je vous écoute recomposer notre homme à partir de l'objet en question.

- D'après moi, lançai-je en me conformant autant que possible aux méthodes de mon compagnon, le Dr Mortimer est un homme de l'art prospère, âgé, et apprécié puisque ceux qui le connaissent le gratifient de la présente marque d'estime.

-              Bien! fit Holmes.  Formidable!

 

Conan Doyle, Le chien des Baskerville, trad. Catherine Richard, Coll. Le Masque

 

C’est le début du roman. La canne oubliée permet à Sherlok Holmes de faire au Dr Watson une époustouflante démonstration de son talent, en quelque sorte un « coup pour rien » en avant-première de l’enquête qui va débuter.

 

La consigne : décrivez un  objet (et seulement cet objet) mais de telle sorte que le lecteur puisse deviner à qui il appartient… et d’imaginer le personnage.

 

Cette idée resteà développer. Elle pourrait trouver place dans un projet d’écriture longue de nouvelle policière. Elle permettrait peut-être d’intégrer l’effet «boîte de vache qui rit » pour lequel nous n’avons rien proposé, sauf un extrait du roman de Georges Perec, Un cabinet d’amateur.

 

 

 

En poésie, et pour laisser définitivement la vache au pré,

 

Pourquoi ne pas faire découvrir quelques extraits d’un grand poète contemporain, qui a porté la description des objets les plus humbles au niveau du grand art poétique ? En voici un dédié aux PE2 familiers d’une certaine salle au 2° étage, ou se tenant des marches de la porte d’entrée du bâtiment principal, 12, rue Messimy,malgré les intempéries…

 

LA CIGARETTE

 

Rendons d’abord l’atmosphère à la fois brumeuse et sèche, échevelée, où la cigarette est toujours posée de travers depuis que continûment elle la crée.

 

Puis sa personne : une petite torche beaucoup moins lumineuse que parfumée, d’où se détachent et choient, selon un rythme à déterminer un nombre calculable de petites masses de cendres.

 

Sa passion enfin : ce bouton embrasé, desquamant en pellicules argentées, qu’un manchon immédiat formé des plus récentes entoure.

 

Francis PONGE, Le parti pris des choses, 1942, Poésie Gallimard.

 

Il existe un PONGE à la BCD de la médiathèque, rayon poésie (collection Mango Jeunesse)

 

 

 Le trésor de langue française informatisé est en ligne :

 

 http://atilf.atilf.fr/