Qu’est-ce qu’un pape ? les fondements canoniques

contexte : enseignement du fait religieux - PE2 - juin 2005

 

« Canonique » vient du grec « canon » qui signifie « règle », « loi », « norme ». Les textes canoniques sont ceux qui sont reconnus comme porteurs de la vraie foi par les églises. Le corpus n’est pas rigoureusement le même pour les catholiques et les protestants. Le tout premier corpus fut fixé au milieu du II° siècle en réaction à la tentative de l’écrivain chrétien Marcion, qui, voulant complètement se démarquer de l’héritage juif, réduisait les écritures à l’Evangile de Luc, remanié et à quelques lettres de Paul. Le terme « canon » au sens de liste de textes déclarés authentiques par décision de foi (non suite à enquête historique) fut retenu en 360 au concile de Laodicée. Parallèlement subsistaient d’autres écrits, non canoniques, notamment des évangiles (vies de Jésus) appelés «apocryphes ».

 

La fonction papale s’enracine dans l’histoire de l’Eglise, qui débute après la mort de Jésus et qui se fonde sur cet « événement » qui ne relève pas de la science historique, mais que les chrétiens appellent la « résurrection ». Les documents que nous possédons sont des écrits théologiques, non des récits historiques. Plusieurs décennies les séparent des faits qu’ils évoquent. Ils constituent les « textes canoniques » du Nouveau Testament (la partie de la Bible qui débute avec le christianisme). Leur ordre dans le Livre ne correspond pas à leur ordre d’apparition historique. Les  premiers écrits dans l’ordre chronologique de production sont les épîtres (lettres)  de Paul. Les évangiles sont écrits plus tardivement, entre 60 et 100. Les épîtres de Pierre sont très tardives (80 après Jésus-Christ pour la deuxième en tous cas) et leur auteur n’est certainement pas l’apôtre Pierre. Luc est l’auteur de l’un des trois récits dits synoptiques (avec Marc et Matthieu). Son livre est suivi d’un second : Les actes des apôtres », qui n’a pas non plus de valeur historique au sens moderne, mais qui permet néanmoins de se faire une idée de la situation de l’Eglise naissante. Ces remarques de datation bousculent des représentations naïves. Il faut cependant les tempérer en tenant compte des conditions matérielles de production des textes écrits à cette lointaine époque. Les écritures sont la codification tardive de traditions orales, par définition inaccessibles, mais qui permettent de remonter, par des méthodes scientifiques d’investigation des textes, à des sources antérieures, assez proches des faits de référence.

Aux origines de cette « église », il n’y a  évidemment pas de « pape », mais un personnage exerçant une primauté (Pierre), l’autorité étant collégiale, et partagée entre des « chefs », dont les « églises » se sont très vite établies en différents points de l’ « oikouméné ».

Cette primauté trouve son fondement dans un passage souvent cité de l’Evangile de Matthieu. Ecrit en grec vers les années 80, au Nord de la Palestine. Il s’adresse à des juifs convertis, pour leur montrer qu’il y a continuité entre l’appartenance au judaïsme et la « voie de Jésus ». C’est un des rares passages des Evangiles qui attribuent à Jésus l’usage du mot « église ». Jésus a prêché non pas une Eglise mais un Royaume.

De ces versets procède aussi l’iconographie de saint Pierre : le porteur des clés…

D’autres extraits des Evangiles mettent en scène ce pêcheur voué à un extraordinaire destin… posthume ! Il tient un rôle important dans le récit de Luc : les Actes des Apôtres. Mais historiquement on ne sait pratiquement rien de Pierre. D’après une tradition très assurée, Pierre se serait déplacé à Rome, serait devenu l’évêque (le chef) de la communauté chrétienne, et y serait mort martyr sous Néron, en 64 ou en 67. Cette tradition fonde l’installation de la papauté à Rome.

 

 

Profession de foi et primauté de Pierre 

 

Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ? » Ils dirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste, pour d’autres, Elie ; pour d’autres encore Jérémie ou quelqu’un des prophètes. » Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? » Simon Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » En réponse, Jésus lui dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi que je te dis : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. » Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

 

Evangile selon saint Matthieu, 16, 13-20.

 

Cet extrait de l’épître aux Galates montre que dès les tout premiers temps, l’autorité de Pierre, fondée sur sa primauté, est limitée, sur les questions importantes, par un principe de « collégialité », encore fondamental aujourd’hui. Ici la question est liée, une fois de plus, à l’autonomie de ceux qui suivent la « voie de Jésus » par rapport aux préceptes juifs.

 

Pierre et Paul à Antioche 

 

Mais quand Céphas (Pierre) vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort. En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens, mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis. Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux.

Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Evangile, je dis à Céphas devant tout le monde : « Si toi qui es juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? »

 

Saint Paul, épître aux Galates, 2, 11-14

 

 

L’extrait suivant est tiré de la deuxième épître (lettre) attribuée à saint Pierre, qui fait partie des « épîtres catholiques ». Ecrites par les premiers chefs de communautés qui commencent à devenir une « Eglise », elles sont passionnantes à étudier, car elles témoignent de l’effort des premiers « chrétiens » à penser la nouvelle religion dans leur environnement culturel. Ecrite dans un climat de polémique, cette seconde lettre de Pierre répond à un problème posé par des opposants : les tout premiers adeptes de la nouvelle voie étaient fermement convaincus que le Christ allait revenir en gloire de manière imminente. Vers 80, il faut se faire à l’idée que ce n’est pas pour tout de suite, et que cette Eglise va devoir gérer la durée. L’argument de l’auteur est typique d’un mode de pensée qui se fonde sur une interprétation des Ecritures.

D’après les exégètes, il est pratiquement certain que cette lettre n’est pas de l’apôtre Pierre, certains indices littéraires en situant l’origine vers 150 de notre ère. Mais c’est un texte « canonique » que l’Eglise catholique reconnaît comme inspiré.

 

Les faux docteurs

 

Sachez tout d’abord qu’aux derniers jours, il viendra des railleurs pleins de raillerie, guidés par leur passion. Ils diront : « Où est la promesse de son avènement ? Depuis que les Pères sont morts, tout demeure comme au début de la création. » (…)

Mais voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c’est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ; en ce jour, les cieux de dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, la terre avec les  œuvres qu’elle renferme sera consumée.

 

Deuxième épître de Saint Pierre (attribuée à), 3, 3-4 et 8-10)

 

Cet extrait est tiré de l’Apocalypse, dernier des textes « canoniques ». Attribué à l’apôtre Jean par une ancienne tradition, à l’évidence non historique, elle est l’œuvre d’un auteur qui lit s’appeler Jean, exilé dans l’île de Patmos pour sa foi au Christ au moment où il écrit. Récit poétique, et même épique, l’apocalypse appartient à un genre littéraire en vogue au premier siècle. Il faut d’ailleurs abandonner l’idée moderne d’un texte composé d’un seul tenant, par un unique auteur. Les exégètes y décèlent (comme dans les Evangiles) un montage de traditions plus anciennes, qui permettent néanmoins de rattacher ce texte à la "« tradition johannique » (qui se rattachent à Jean l’apôtre). Mais c’est surtout un extraordinaire témoignage, à décrypter, du combat que doit mener une jeune Eglise en butte à des persécutions violentes fomentées par l’Empire, et notamment Néron (70) et Domitien (95). En langage symbolique, ces persécuteurs sont « la Bête ». A vous d’ouvrir ce livre et de lire la suite de l’extrait, qui décrit cet affrontement dans un magnifique style épique… La coïncidence de ce thème avec le drapeau européen est étrange !

 

Vision de la femme et du dragon

 

Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement…

 

Apocalypse, 12, 1-2, livre attribué à Saint Jean