CAPES DOC INTERNE – séance du 22 novembre 2006

Correction du devoir de novembre 06 /jmm

 

 

Un essai de synthèse rédigée…

 

Cette proposition n’est pas un modèle, mais peut vous donner une idée du travail de « mise en mots » de la synthèse.

 

1.                     Introduction

 

Les quatre extraits de ce dossier abordent le thème de l’éducation aux médias dans le contexte des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Deux apports très récents de chercheurs, permettent de poser cette question dans la situation actuelle : il s’agit d’une part d’une communication de Françoise Chapron, émanant de l’URFIST, mise en ligne en mai 2006, d’autre part d’un article de C.Casaurang, paru dans la revue Inter-CDI, qui a consacré aux médias son numéro d’été de 1995. L’extrait d’un ouvrage de fond  Un lien civique au cœur ce l’établissement , (*) de F.Leblond et E.Lefèvre, qui cumulent des expériences de praticiens et de décideurs, pose la question de l’éducation à la démocratie, en s’appuyant notamment sur la pensée de Habermas. Un document nettement plus ancien, paru en 1995, fait le point sur la même question, mais en l’envisageant encore dans le cadre du CDI et de sa bibliothèque. Son auteur est F.Vernotte à l’époque présidente de la Fadben, et sa communication avait été donnée dans le cadre des conférences de l’IFLANET. Le dossier aide ainsi à  comprendre comment se pose aujourd’hui la question de l’éducation dans un cadre technologique profondément transformé. Si les fondamentaux, constitutifs de l’identité professionnelle du professeur documentaliste, sont  inchangés, les NTICE, amènent les auteurs de ce dossier à passer d’une option essentiellement instrumentale à la construction d’une nouvelle culture de l’information. La fonction médiatrice et éducative du professeur documentaliste, dans cette perspective citoyenne, s’en trouve renforcée.

 

1.                     Des fondamentaux qui demeurent…

 

Dans la communication de la présidente de la FADBEN sont inscrites les principales missions qui avaient abouti, dans les années 70, à la mise en place des CDI, et à la création d’un statut d’enseignant documentaliste. La formation à l’information était  en 1995 déjà une priorité, à laquelle correspondait une liste de compétences explicite, du traitement des savoirs à la communication de l’information, en passant par la prise en compte des sources, la recherche et l’organisation de l’information. La question de la construction d’une culture dans ce domaine est déjà posée, mais le cadre reste le CDI, même ouvert sur l’extérieur. Dans ce document, seulement 8 lignes pointent le défi des nouvelles technologies, en soulignant au passage une certaine pénurie. Dix ans plus tard, le paysage a changé. C.Casaurang résume la situation d’une formule : aujourd’hui les élèves « sont nés avec ».  Pour cet auteur l’éducation redevient de ce fait la priorité. De même, pour F.Chapron, au nom de l’URFIST, c’est aujourd’hui l’objectif culturel qui s’impose. Proche de cette thèse, l’ouvrage de Leblond et Lefèvre, s’adresse (voir sa quatrième de couverture) d’abord à des éducateurs, et notamment les « professeurs documentalistes ».

 

2.                     Des questions qui se posent à plusieurs niveaux…

 

Portées par une vague de fond déjà perceptible en 1976 (F.Vernotte), les activités informationnelles ont pris encore plus d’importance par la généralisation des technologies de l’information en dehors du système éducatif.

Les auteurs observent que face à ce changement, la réponse de l’institution a d’abord été instrumentale. Chapron en souligne les faiblesses : un certain émiettement, et le développement de savoirs procéduraux au détriment des approches cognitives. De façon plus positive, Causarang évoque le contenu de rapports ministériels successifs, préoccupés d’abord de rattraper un retard, et de pallier des inégalités, les problèmes d’accessibilité aux outils générant de l’exclusion. Sur un plan plus directement pédagogique, cet auteur signale la production de grilles de compétences, même si elles comportent le risque d’occulter les savoirs qui ont permis de la construire.

Ces échecs relatifs posent mettent aujourd’hui des questions de fond. C’est vers une pensée philosophique que se tournent Leblond et Lefèvre pour fonder le « lien civique au cœur de l’établissement ». La théorie de « l’espace intégrateur », de Habermas, peut y aider. Elle dessine une utopie : celle d’un dialogue intersubjectif illimité, mais elle permet aussi de penser l’obstacle : dans nos sociétés, les dispositifs technologiques de la communication sont devenus autonomes, ils échappent en partie aux acteurs. Pour les auteurs du dossier, les solutions sont moins d’ordre technique que culturel. Les auteurs de l’ouvrage insistent sur la maîtrise des concepts dans le domaine de la communication, notamment sur la vérification des sources. Ils prônent une éducation à la critique. De même pour Chapron, l’urgence est à une éthique de l’information : le développement d’un « savoir pourquoi » avant les « savoir comment » (citation de Duplessis). Casaurang énonce les mêmes conclusions dans InterCdi : une voie pour y parvenir serait d’amener les élèves à devenir non seulement utilisateurs, mais producteurs de l’information

 

3.                     Une analyse qui ramène le documentaliste à son statut.

 

Cette approche fait donc du professeur documentaliste un médiateur important pour une « politique » de la citoyenneté dans son établissement, ce qui est déjà souligné dans le document de 1995. Il ne le fait cependant pas tout seul ; sa médiation consiste à construire des liens, dans une perspective culturelle. Il faut la comprendre, d’après Leblond et Lefèvre au sens classique de la transmission d’un patrimoine, mais aussi, dans un sens plus ouvert, comme aide à la construction d’une identité sociale, où entre aussi l’aide à l’orientation et au projet personnel. Cette conception englobante, voire « triviale » (Casaurang) de la culture nécessite une intégration de l’éducation à l’information dans les différents projets disciplinaires. Entre une dissolution des TICE dans les disciplines, et la constitution de ces dernières comme discipline autonome, l’article de InterCdi propose une combinaison de ces apports, la construction d’une culture citoyenne de l’information nécessitant aujourd’hui le concours de tous les professeurs.

 

NB J’ai conservé les intertitres pour la clarté du texte, mais au concours il ne faut pas en mettre.

 

Cette synthèse comporte 980 mots

 

Remarque faite à propos de ce corrigé lors de la séance du 22 novembre : la notion de citoynneté n’est pas assez soulignée. C’est juste. Vous pouvez à votre guise réintervenir sur cette proposition. L’idée de citoyenneté y figure, mais elle reste trop implicite. J’ajoute que la conception que je retiens est celle d’une citoyenneté « critique », en lien avec l’utopie des Lumières. Dans d’autres contextes, le concept de citoyenneté sera relié plutôt aux Droits de l’Homme, et c’est le cas d’un dossier sur lequel nous avions travaillé il y a deux ans je crois : l’éducation aux médias y apparaissait comme un remède à la violence. Il y avait dans ce corpus un texte de Meirieu, entre autres. Mais je ne retrouve pas ce dossier dans mes archives.

 

En revanche j’ai retrouvé un article de Robert Redeker, paru dans Le Monde en septembre 1997, qui porte sur la même question, mais dans le style « conservateur de gauche » propre à ce professeur de philosophie polémiste. C’est lui qui récemment a fait l’objet de menaces suite à un autre article publié récemment, où il mettait en cause l’Islam.