Explication de mots : catholique, pape…

 contexte : enseignement du fait religieux - PE2 - juin 2005
 
1.         Catholique, catholicisme, catholicité.
 
Le Petit Quotidien propose dans son numéro spécial du 5 avril 2005 :
 

Les catholiques…

 

Les catholiques

·             croient en l’existence de Jésus-Christ 
·             sont baptisés et célèbrent la messe
·             lisent la Bible (dont les Evangiles)
·             ont le pape pour chef.
 
Cette définition est largement discutable du point de vue du « fait religieux ». Pour une analyse méthodique et une réécriture de la première proposition, voir la fiche.
Avant la fondation de l’Eglise 
Etymologiquement, le mot « catholique » a une origine grecque :  cath’olou (lié au tout, conforme au tout) et cath’olon (orienté vers le tout).
Aux temps de la fondation
Cette expression ne figure pratiquement pas dans les textes canoniques. Il apparaît pour la première fois, dans un emploi adjectival en 110, chez Ignace d’Antioche (Lettre aux Smyrniotes) : « Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Eglise catholique ». Il s’agit de l’Eglise qui rassemble tous les croyants, avec une insistance sur le fait qu’elle est prise tout entière, dans son ensemble.
Par la suite, « catholique » désigne une Eglise locale comme véritable dans son opposition aux hérésies.
Ensuite, au cours des premiers apparaissent encore deux sens :
Catholique = plénitude (l’Eglise catholique est dépositaire de toute la richesse de la foi chrétienne ; c’est un sens d’intégralité.
Catholique = répandue sur toute la terre ; c’est le sens d’universalité.
Une citation de Cyrille de Jérusalem (IV° siècle) fait la synthèse : « L’Eglise est appelée « catholique » parce qu’elle est répandue dans le monde entier, d’un bout à l’autre de la Terre ; et aussi parce qu’elle ne cesse d’enseigner dans sa plénitude toute doctrine que les être humains doivent connaître relativement aux choses visibles et invisibles, dans le ciel et sur la terre ».
Le terme est alors inscrit dans le Credo de Nicée-Constantinople, en 381 : « Je crois à l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique »
Après la Réforme
… et seulement à la fin des conflits entre Eglises, à partir du XVII°siècle, le terme « catholique » est devenu l’exclusivité d’une Eglise (dite aussi « romaine ») par opposition aux autres. Ce sens confessionnel est donc très tardif. Il correspond à la « particularité » (on est alors éloigné du sens étymologique), et non plus l’universalité ou l’intégralité, mais une particularité qui revendique l’intégrité (voir Ratzinger, et le texte Dominus Jesus).
Le baptême est évidemment commun à tous les chrétiens, catholiques ou non. La célébration de la « messe » entendue comme un rite spécifique est propre aux catholiques ; mais fondé sur un « sacrement » (l’Eucharistie) qui concerne aussi les protestants. La « lecture de la Bible » serait plutôt historiquement un trait spécifique de la religion réformée. Seule la proposition « ont le pape pour chef » est à peu près pertinente. Mais selon la Constitution de l’Eglise Lumen Gentium, le gouvernement de l’Eglise catholique repose sur trois piliers : la présidence de l’évêque de Rome), la collégialité (le conseil des évêques locaux), et la communauté (le peuple des fidèles : vox populi, vox déi !)
 
Catholicisme et catholicité…
 
Il convient aussi, du point de vue du « fait » de bien distinguer ces deux notions. Le catholicisme désigne l’ensemble des traits distinctifs de la « confession » catholique, par opposition au protestantisme, par exemple. La catholicité est un invariant théologique, un point idéal qui concerne aujourd’hui l’ensemble des « confessions », dont l’accomplissement se situe dans le futur. Avec le premier terme, l’approche est « factuelle » et objective. Elle relève de la sociologie des religions, discipline scientifique. On ne peut rendre compte conceptuellement du deuxième terme que dans le cadre d’une réflexion théologique, hors du champ du « fait religieux" à l’école.
 
Pape, Souverain Pontife, Saint-Père, Sa Sainteté.
 
Les médias ont repris ces désignations jusqu’à l’excès et l’abus, sans tenir compte du fait que seule la première est objective et donc respectueuse des destinataires des informations, alors que les deux autres présupposent l’adhésion.
 
Pape :
Vient d’un mot grec courant « papas », papa, repris en latin d’Eglise pour désigner un chef de communauté, en référence à l’autorité du père. Vers le VI° siècle, le terme désigne spécialement l’évêque de Rome, et exclusivement à partir du IX° siècle. Le terme « pape » est vraiment attesté au sens de chef de l’Eglise à partir du XI° siècle.
Il a ensuite dans la langue une fortune extraordinaire, liée à l’histoire, fertile en épisodes rocambolesques, de la papauté à travers les siècles. Relevons : « sérieux comme un pape », « têtu comme la mule du pape », « être servi comme un pape ». A Avignon, on visite le « palais des papes » (il y eut une délocalisation, mais un autre pape siégeait à Rome). Il y eut (le temps d’une méprise) une papesse (la fameuse papesse Jeanne). Rabelais imagina un épisode satirique au pays des papimanes. Le terme « papiste » désigna les catholiques au temps des guerres de religion, etc.
Les trois autres termes sont des titres de déférence internes au monde des croyants… et leur usage inconsidéré témoigne d’une désinvolture journalistique à l’égard du principe de laïcité ! Le terme de « pontife » est à relever. Il désigne à l’origine, dans le monde romain non chrétien un membre d’un groupe de magistrats chargés des affaires religieuses. Dans l’idée de « religion » il y a celle de « relier » le monde temporel et le monde transcendant… et à l’origine, le « pontifex » est le faiseur de ponts. Le chef des ces magistrats s’appelait le Souverain Pontife, et ce fut le titre de Jules César comme réformateur du calendrier. Que ce titre parfaitement païen ait été repris pour désigner les évêques et particulièrement le pape en dit long sur les accointances de la papauté et de la conception « romaine » de l’autorité.
Par contre, le Petit Quotidien est pertinent en écrivant : « Les catholiques ont le pape pour chef », même si toujours selon les « faits », c’est plus compliqué.
 
Jean-Marc Muller, à partir des sources suivantes :
Le trésor informatisé de la langue française :  
http://atilf.atilf.fr/tlf.htm
CHENU (Bruno), L’Eglise sera-t-elle catholique ? Bayard, 2004