Un extrait de Paul Claudel, Cent phrases pour éventail, 1927

un extrait

 

 

”La lettre occidentale, telle qu’au fil de notre pensée elle s’intègre en mots ou en lettres n’est-elle pas dans le geste qui la lie à ses voisines quelque chose d’aussi animé et péremptoire que le signe chinois? Le caractère s’imprime d’un seul coup sur l’idée et la propose, affichée, immobilisée, à la correspondance de la constellation graphique qu’il évoque autour de lui. Mais la lettre dans son analyse et report sur la ligne horizontale du concept imaginaire est à la fois figure et mouvement, une espèce d’engin sémantique.

O suivant sa jonction avec les autres traits alphabétiques peut être le soleil, la lune, une route, une poulie, une bouche ouverte, un lac, un trou, une île, un zéro, la fonction de tout cela. I peut être un dard, l’index tendu, un arbre, une colonne, l’affirmation de la personne et de l’unité. M est la mer, la montagne, la main, la mesure, l’âme, l’identité. Et si de toutes ces boucles et barres ajoutées nous formons un mot, quel idéogramme plus parfait que COEUR, OEIL, SOEUR, MÊME, SOI, RÊVE, PIED, DROIT, TOIT, etc.”  -  Edition de la Pleiade, Préface de 1941.

 

 

 

Cent phrases pour éventail est une œuvre qui clôt, en 1927, le séjour de Claudel au Japon où il était ambassadeur. C’est un  livre d’art, publié à Tokyo, aux éditions Koshiba. Trois volumes de format étroit allongé (29x10cm), reliés en accordéon à la japonaise, en toile grise mouchetée d’or, et réunis dans un emboîtement de toile bleue avec fermeture en ivoire. Chacune des phrases est reproduite en lithographie d’après le manuscrit et accompagnée de son équivalent japonais choisi par Yamanoushi et Yoshio et calligraphié par Ikuma Arishiaa. Tirage à 200 exemplaires dont 50 hors commerce. Il y a en réalité non pas 100 mais 172 phrases (note de l’édition de la Pléiade, établie par Jacques Petit.)