La presse écrite pour amorcer des apprentissages…

 

contexte : semaine de présentation d’une thématique proposée en séminaire (en vue des mémoires professionnels 2006-07)

 

Avec la presse écrite, on ne peut pas tout faire, soit. Mais on peut amorcer des parcours qui mènent presque à tout. C’est ce que je voudrais suggérer à partir de quelques exemples, que je vais essayer de mettre en ligne régulièrement, pour vous donner une idée plus précise de la thématique de mémoire que nous proposons.

 

Jeudi 5 octobre : voici la une[1] des DNA

 

La photo isolée de son contexte pourrait déjà se prêter à un jeu de devinettes. Boyaux à l’intérieur du ventre d’un monstre, ou cœur d’un vaisseau spatial ? autre chose encore ? L’imagination fertile des enfants révélerait peut-être des surprises.

Mais une photo de presse n’est jamais séparable de son dispositif, qui comprend au minimum son crédit (ici Photo archives AFP) et sa légende. Si elle paraît sur la une, le lecteur prendra en compte aussi le titre : « Airbus resserre les boulons de l’A380 ». On peut imaginer alors que ce titre permette aux élèves d’interpréter la photo. Il s’agit de l’intérieur de cet avion géant, qui nous a fait tous rêver, et que les enfants ont (peut-être) vu à la télé[2]. D’abord qu’est-ce que ça veut dire « resserrer les boulons » quand on est mécanicien d’Airbus ?

La discussion peut alors s’engager, et lorsque avec votre aide, le contexte sera éclairé, on peut s’aventurer à lire l’information de la une qui accompagne la photo. La voici : "Pas un détail n'a filtré à Toulouse sur les modalités du plan de restructuration qu'Airbus a présenté hier en comité central d'entreprise. Salariés, sous-traitants et compagnies clientes font contre mauvaise forturne bon coeur en attendant que l'avionneur remodèle un système de production très complexe." C’est difficile, mais on apprend, au CM, à sortir du cocon de l’enfance : le comité d’entreprise envisage un plan de restructuration. Qu’est-ce qui se passe quand on « restructure » ? Le but n’est pas de faire un cours d’économie, mais d’amener les enfants à relire le gros titre. Qu’est-ce que ça veut dire « resserrer les boulons » quand on est le chef de l’entreprise ? Et qu’est-ce que ça veut dire « la directrice resserre les boulons de l’école ? », ou bien « comme vous bavardiez beaucoup lundi dernier, je vous ai resserré les boulons » ?  Peut-être allez-vous injecter « serrer la vis », à moins qu’un petit futé dans votre classe ne l’ait fait. Découverte : quand j’emploie certains mots, ils peuvent avoir deux voire trois sens différents.

Ce que vous venez de faire est la moitié d’une séance d’ORL. Pour la suite, vous abandonnerez peut-être le journal, et vous entrerez en littérature. Les poésies qui jouent sur « sens propre, sens figuré » se trouvent à la pelle. En PE1, nous venons de lire La batteuse, de Prévert. Vous n’êtes pas « cantonnés » à la presse régionale, et vous atterrissez au cœur du programme de littérature. Les notions de « sens propre » et de « sens figuré », vous pourrez les introduire plus tard, lorsque les enfants auront fait une moisson d’observations, dans des contextes si possibles différents. Cette explicitation vous permettra de boucler un petit parcours d’observation réfléchie de la langue dans ce domaine. Ce que je viens d’esquisser s’appelle aussi une progression.

 

A propos des hommes en vert…

 

Puisque nous sommes dans l’observation réfléchie de la langue avec cet exemple, signalons que cette édition des DNA du 5 octobre 2006 comporte en page 9 un petit article bien troussé de Huguette Drikaus à propos de l’entrée dans le dictionnaire d’un mot en sept lettres, promis à un brillant avenir : c’est winstub. Ca n’intéresse pas forcément les enfants, sauf peut-être ceux qui sont dans la zone viticole. Mais l’article permet d’amorcer une réflexion sur les « entrées » et les « sorties » des mots dans le dico. Eh oui, pour entrer, les mots sont « adoubés par les hommes verts de l’Académie française ». Des extra-terrestres ? et voilà encore une recherche possible. Et pour ceux  qui sont enfermés en stage filé dans des démarches de type A[3] sans espoir de sortie, l’article en page région sur les betteraviers embourbés permettrait de rendre actif et intelligent, en orthographe, le choix des graphies des mots qui se terminent phonologiquement par le « e » fermé. Si vous en avez envie, nous y reviendrons : le faire nécessite une formation, non pas en presse écrite, mais en didactique.



[1] Ce nom commun a été « adoubé » par l’Académie française, et figure dans le Petit Robert. Il désigne la première page d’un journal, et il existe dans le vocabulaire de la presse depuis 1890. Les guillemets sont donc inutiles.

[2] Il me fait penser à un roman de Jules Verne : Une ville flottante. Vous trouverez à la        BCD  des albums grand format, dans la partie documentaire, présentant l’intérieur d’avions ou de paquebots géants.

[3] Rappel : nous avons appelé ainsi les démarches segmentées qui ne permettent (provisoirement) que de travailler, en stage filé, que des aspects restreints de la langue.