Bientôt T1 ! L'article de presse comme support pour apprendre le lexique...

(niveau cycle 3)

 

contexte : Semaine de la presse et des médias dans l’écoledu 13 au 18 mars 2006 (sensibilisation) et reprise en formation post R4 - mardi 6 juin 2006

 

 

Ce 28 janvier 2006, les Dernières Nouvelles d’Alsace proposent une cahier Guebwiller, avec une page 1 comportant deux articles.

 

   

 

 

Le premier, le plus important, paraît sous la rubrique e Guebwiller / Education. Signé J.-M.L, il a pour titre « Un poids-lourd pour le français ». Il concerne le passage à Guebwiller du « camion des mots », conçu pour succéder aux Dicos d’Or de Bernard Pivot. C’est un vrai camion, qui contient une salle informatique avec 15 ordinateurs. Il peut donc recevoir des classes du CE2 à la troisième. Les élèves testent leurs connaissances en jouant et participent à un grand concours national. Les questions posées sont de type « quizz ». L’opération est patronnée par la revue Lire, l’Express, et Fr3, et la MAIF, sans participation, semble-t-il, de l’Education Nationale. L’article couvre le passage dans le camion d’un CM de l’Ecole Schlumberger de Guebwiller, et la photo montre la classe à l’œuvre avec leur maître[1].

 

Sur la même page, l’agence de Guebwiller propose un deuxième article, sous la rubrique Soultz/Patrimoine. Sous le titre « Des cloches en mauvais état », un autre rédacteur (J-P. R) informe les lecteurs des problèmes d’usure de la charpente du beffroi qu’entraîne un accrochage des cloches vétuste. Une photo, plus petite que celle de l’article précédent, montre le clocher de l’église Saint Maurice, avec la légende : « Des cloches qui, pour l’instant, sonnent encore ». L’article, assez technique, sans être trop difficile, fournit toute une série d’indications sur les cloches, en ouvrant par là, des perspectives sur un mot particulièrement polysémique. Si le premier article évoque le "camion des mots", c'est le deuxième qui va nous faire découvrir cette richesse promise...

 

Lire l'article

 

 

Repérage des articles

 

La comparaison formelle des exemples permet de repérer les composantes  d’un article développé de la presse quotidienne régionale, en utilisant avec les élèves le langage technique approprié :

-  Les titres de rubrique

-  Les titres des articles

-  Les chapeaux (résumés à partir des questions : où, quand, qui, quoi ?)

-  Les intertitres

-  L’attaque et la chute de l’article

-  La photo (photo + la légende + le crédit)

-  Les colonnes

-  L’encadré (« Le successeur des Dicos d’or)

 

 

Une leçon de vocabulaire

 

L’article sur les cloches de l’église de Soultz me semble intéressant par son sujet. Un très grand nombre d’écoles sont voisines des églises. Le son des cloches (heures, offices) rythme la vie de l’école. Mais on ne voit pas les cloches : tout enfant (en tous cas c'était mon cas) a rêvé de grimper dans le clocher, mais très rares sont ceux qui ont pu le faire, l’espace, dangereux, étant fermé au public…

Comme l’article le rappelle, les cloches invitent à réfléchir sur une technologie (comment sont-elles fabriquées, comment produisent-elles leur son ?) et elles ont une histoire, souvent mouvementée. En général, dans les ouvrages d’histoire locale, on peut trouver des photos et des anecdotes.

 

Un travail en trois  étapes, avec un petit travail supplémentaire pour le maître

 

A.                     Les élèves pourraient dégager l’information essentielle, en prenant appui sur les «accroches informatives » de l’article d’information.

 

Je n’ai pas besoin de lire l’article en entier, du début jusqu’à la fin, pour savoir de quoi il retourne, à condition de me servir :

-  du gros titre

-  du chapeau

-  des intertitres (ici le premier)

-  de la légende de la photo

A partir de ces éléments, on peut  demander aux élèves de résumer par écrit (performance au cycle 3, mais justement avec la presse, on apprend à la faire).

 

Ceci pourrait donner, par exemple :

 

Les cloches de l’église de Soultz (Haut-Rhin) sont mal fixées. Un battant est tombé. Elles sonnent encore mais il faut réparer.

 

B.                      A la recherche des informations précises. Ce travail peut se faire en équipe. Il faut non seulement trouver la réponse, mais dire « comment on a fait »

 

-  quizz : tout le monde compte le plus vite possible combien de fois revient le mot « cloches » dans l’article (internet l'a fait, dommage !)

-  qu’est-ce qu’un « campanologue » ? comment faites-vous pour trouver la réponse ?

-  qu’est-ce qu’un « joug » ? idem

-  qu’est-ce qu’un « beffroi » ? idem

-  racontez l’histoire du bourdon « le Brummer » à la classe

-  vous êtes le campanologue ; il est monté dans le clocher, a fait un plan de l’installation : dessinez son plan

-  reportez sur une frise chronologique les dates de l’histoire des cloches.

-  recherchez tous les mots qui font penser à la musique des cloches…

 

Mise en commun. La discussion qui s’engage porte sur deux domaines distincts dans la préparation du maître, même si dans les échanges ils sont mêlés : les données encyclopédiques sur les cloches / les aspects métadiscursifs (ça raconte, ça explique ; il y a des parenthèses qui donnent le sens des mots ; ça informe…)

 

Structuration 1

 

Pas d’apprentissage sans changement de contexte. Il faut maintenant trouver une forme de présentation nouvelle qui va permettre aux élèves de construire un savoir en dehors du contexte conjoncturel de cet article de presse. Je propose un présentation sous forme d’ARBRE. Elle a deux avantages entre autres :

 

-  elle fait apparaître un principe organisateur, une hiérarchie dans les données générées en désordre dans l’échange

-  elle se prête (à condition d’utiliser de grands formats) à des additions ultérieures

 

Une précision...

 

Si le maître possède Mindmanager, il peut enregistrer une proposition et la modifier ultérieurement. Mais le logiciel n'est absolument pas nécessaire pour entrer dans une conception arborescente de la production des savoirs. Si j'utilise ce produit cher, c'est juste pour la commodité de la communication informatique. En classe, si un jour vous essayez, vous travaillerez au tableau, ou mieux, sur de grandes affiches. La fabrication manuelle de l'arbre a en plus un avantage : elle permet de résoudre l'objection faite pendant notre séance, à propos de l'orientation gauche-droite. Le logiciel règle la question d'un seule façon. Vous pouvez en imaginer d'autres qui évitent des ruptures trop brutales du sens de lecture. Sachant que l'orientation "gauche-droite" ne concerne que l'écriture cursive et les textes présentés linéairement. Les ruptures du sens d'orientation deviennent monnaie courante dès que les élèves sont amenés à lire des schémas ou des figures documentaires. L'objection mérite néanmoins une prise en compte. Ce sera une raison pour tester les cartes mentales quand vous serez sur le terrain.

 

Dans l’arbre ci-dessous, on en reste à une approche très intuitive. Les associations sont font thématiquement, et permettent de construire, par la langue, un univers référentiel de la cloche. La figure de rhétorique sous-jacente est la métonymie, ou en termes plus connus, les champs lexicaux. L’arbre ne contient pas tous les éléments de l’article. A chacun de compléter. On peut se servir pour cela de dictionnaires spécialisés, type « thésaurus ».

 

Arbre réalisable en classe 

 

Cet arbre est un exemple développé de ce qui est possible. Il est évident que dans la classe, les réalisations peuvent être beaucoup plus limitées, et donc aussi plus rigoureuses.

 

 

 

C.                     Travail du maître

 

En inscrivant la requête « cloche » dans le moteur de recherche de l’AFP (agence France Presse) grand public, on n’obtient rien sur les cloches de Soultz, ni d’aucune église, mais des infos qui commencent par « Même son de cloche au département d’état », ou encore « Le Down Jones, encore très faible à la cloche… ».

Plus prosaïquement, le temre de "pauvre cloche" compte parmi les noms d'oiseaux qui peuvent être décernés ici et là...

L’approche ci-dessus laisse de côté tout un pan, essentiel de la langue : la polysémie, les locutions figées, les emplois figurés, qui permettent justement de sortir de la « cloche » de l’exploration thématique. Ici la figure de rhétorique sous-jacente est la métaphore.

Des dictionnaires récents proposent des approches systématiques de ces réseaux, qui sont linguistiques, avant d’être thématiques. Voir notamment le Dictionnaire du français usuel de Piccoche et Roland. Mais on peut travailler aussi à partir de la version électronique en ligne du Trésor informatisé de la langue française.

 

Voici un essai de construction d’arbre, à partir de l’article « cloche » introduit dans le moteur de recherche. Il faudra visiter trois entrées pour le nom « cloche » successives, et compléter par « clocher » (nom) et « clocher » (verbe).

 

Arbre réalisable par le maître

 

L’article de presse donne « campanologue » pour désigner l’expert en campanologie, c’est-à-dire la « science des cloches ». Le premier terme ne figure ni dans le Petit Robert, ni dans le Trésor de la langue française, qui retient cependant le second (à l’entrée –LOGIE). Le TLF fournit les indications suivantes, tirées du Dictionnaire pratique  et historique de la musique de Brenet (1926) : « campanologie, de « campana », mot latin signifiant « cloche », art du carillonneur. Le nom de « nole » pour cloche qui venait de l’église de Nola, en Campanie, où l’évêque Paulin avait le premier, au V° siècle fait usage des cloches, disparut avant le mot « campana » qui avait le même sens et la même origine, et duquel se sont formés « campanaire », « campanologie ». Ce sont là des mots spécialisés, mais le Petit Robert contient « campane », mot vieilli désignant des sonnailles (de vaches ?) et en architecture, un chapiteau en forme de cloche renversée. Un lecteur d’aujourd’hui connaît sans doute mieux le nom commun masculin « campanile », qui désigne une tour isolée, souvent près d’une église, où se trouvent les cloches. Et si ce sens lui échappe, il connaît peut-être au moins le terme par une chaîne hotelière du même nom…

 

D.                     Retour dans la classe : structuration2

 

Ici une question ouverte peut servir d’inducteur. Par exemple: faites la liste de tous les mots et expressions que vous connaissez qui contiennent « cloche ». Mais on pourra commencer aussi par la comptine chantée « Frère Jacques », ou une chanson de Boris Vian, ou par un album…

Par contre une voie moins productive serait de renvoyer trop vite les élèves au dictionnaire… 

Il vaut mieux reporter sur un arbre évolutif au tableau les éléments qui viennent au fur et mesure, quitte à l’enrichir en plusieurs temps.

L’arbre pourrait ressembler à mi parcours ( ?) à ceci, où les raccords en pointillés permettent de visualiser des analogies de sens. L’origine du mot « cloche » qui a donné « clochard » est d’ailleurs controversée (de « claudicare », qui a donné « cloche-pied » ou de clocca, qui a donné « cloche »).

 

Arbre réalisable en classe 

 

 

 

Les entrées sont intuitives ; elles correspondent à des contextes significatifs, et non à des définitions conceptuelles (souvent encore plus difficiles pour l’élève que le mot lui-même) ; d’où le choix de mettre (en rouge) des exemples contenant le mot, plutôt que des paraphrases conceptuelles.

On trouvera à juste titre ce résultat compliqué. On peut faire plus simple, plus réduit, pourvu que les élèves y trouve matière à organiser leur savoir lexical. C'est ça qui compte à l'école primaire, avant le résultat...

 

 

Au-delà du moment de vocabulaire

 

Dans une perspective d’ORL, le travail doit ramener à des enjeux de lecture et/ou d’écriture.

 

Cette fiche ne fait que suggérer quelques idées de productions :

 

-  un battant de la cloche est tombé : écrivez l’article de la rubrique des « faits divers »

-  le campanologue téléphone au charpentier pour lui expliquer son problème et commander le matériel : jouez, écrivez, puis rejouez le dialogue

-  Sara colle son oreille contre le bronze du vieux Brummer, et surprise, elle entend la vieille cloche lui raconter son histoire. Que raconte la cloche à Sara ? Servez-vous des informations de l’article… et inventez ce que vous ne savez pas !

 

Culture

 

Pour en savoir plus sur les cloches… et la « campanologie », on peut se rendre sur le site de la Société Française de Campanologie (réalisation M. Eric Sutter) :

http://campanologie.free.fr

Cette fiche étant consacrée principalement à l’étude du lexique, le site comporte une page très riche de mots techniques et de définitions, extraites du Vocabulaire campanaire, édité par la SFC. On y apprend, par exemple, que les cloches, considérées depuis le haut-Moyen-Äge comme des personnes vivantes, ont une « couronne » (ensemble de « anses » par lesquelles on les suspend), un « cerveau », qui est la partie supérieure de la cloche, et une « robe », surface extérieure de la cloche, qui va en s’évasant jusqu’à son bord inférieur.

Nous soumettrons à la vérification de la Société le détail supplémentaire fourni par Victor Hugo : Quasimodo enfourche Marie, le gros bourdon, qui est sa cloche préférée, en saisissant « le monstre d’airain aux oreillettes »…

Il existe une illustration de Gustave Doré qui correspond à cette description, mais pour le moment, je ne la retrouve pas.

Sur le plan du vocabulaire, le sujet est loin d’être épuisé, et le site fournira aussi des information sur les carillons, et sur les jacquemarts. Si ma petite enquête vous a émoustillés, à vous de continuer la recherche !

 

Autres pistes 

 

On rechante (en canon) « Frère Jacques »… et on se documente sur ce refrain du patrimoine. Mais que signifie donc « Sonnez les matines » ? …

 

On pourrait écouter de Mahler : un extrait de la Symphonie 1-D.Dur « Titan », qui contient ce thème. Trop difficile ? bon d'accord, je retire...

 

Une chanson, assez caustique et antimilitariste de Boris Vian : la bombe atomique, a comme refrain : y a quelque chose qui cloche là-d’dans, j’y r’tourne immédiatement…

 

On regarde un tableau : L’angélus de Millet : que font ces paysans dans le champ ? qu’est-ce qu’un angélus ? L’analyse de ce tableau me paraît très intéressante au terme d’un travail d’approfondissement. C’est une voie pour travailler sur l’inférence. En effet le spectateur du tableau doit savoir que l’angélus est un moment de prière signalé par le tintement de la cloche pour comprendre l’attitude des paysans, interrompant leur travail en plein champ. L’image visuelle invite alors à « imaginer » le son !

La double page finale de l’album sans texte « Ce jour là… » (tome1) de Mitsumasa Anno (L’école des loisirs) se prête magnifiquement à cette analyse ; on y voit au premier plan le groupe de paysans (ceux du tableau de Millet), mais inscrits dans un paysage immense, et au lieu précis du point de fuite d’un chemin, à l’intersection de la terre et du ciel, un clocher tout petit qui dépasse… Cette page nourrit encore d’autres questionnements…

 

Comment s’appelle le correspondant du clocher dans le monde musulman ? Est-ce qu’il contient des cloches ? Comment se fait l’appel à la prière ?

 

Même si c’est un film hors de portée des enfants de l’école primaire, il faut signaler un chef d’œuvre du cinéma russe : Andrei Roublev de Tarkowski (1964-1967).Le film obtint le Prix du Jury du Festival de Cannes de 1969, ce qui rendit possible sa projection à l’étranger, le pouvoir soviétique l’ayant interdit jusqu’en 1971. Andrei Roublev est un moine russe, célèbre peintre d’icônes (on connaît de lui la fameuse Trinité). Le film raconte sa légende. André Roublev, associé au maître Théophane le grec peignait le Jugement dernier dans l’église de Vladimir, jusqu’au jour où témoin des horreurs des Tartares, il s’arrêta de peindre et fit vœu de silence. C’est sa rencontre avec un adolescent, jeune fondeur de cloches, et dépositaire, selon ses dires du secret de son père, qui redonne espoir à Andrei. Au péril de sa vie, il préside à la fabrication d’une cloche extraordinaire. L’adolescent avait menti, mais le génie de Roublev produit une réussite éclatante. C’est en entendant retentir harmonieusement la gigantesque cloche, fondue dans des conditions chaotiques, que Roublev retrouve confiance en son art. Le film est bien autre chose qu’une légende pieuse : un fable qui aborde la question des rapports de l’artiste et de l’état. Leonid Brejnev ne s’y trompa pas et quitta la salle avant la fin de la projection préparée pour lui…

 

Du côté des albums, voici ce que j’ai trouvé à la médiathèque de Colmar  :

 

MANDELBAUM (Pili) : Une grosse cloche sonne (Pastel, 1988)

Histoire d’une famille de petits cochons, où Alexandre la Terreur fait des siennes. Une petite cloche fait le lien entre les différentes péripéties de cette histoire gentillette. L’album date un peu et convient aux cycles 1 et 2

 

Deux autres albums sont plus intéressants. Ils jouent l’un et l’autre, par leur titre et leur contenu sur l’expression : « il y a quelque chose qui cloche » :

 

TULLET Hervé : Mais qu’est-ce qui cloche ? Seuil Jeunesse.

Construit sur le principe des questions répétitives et du « jeu de coucou », l’album fait naître la surprise (et donc peut générer du langage) en juxtaposant une image « normale » et le même image avec un détail qui la rend anormale. C’est un album pour la section des petits.

 

BILLOUT (Guy), Il y a quelque chose qui cloche, Harlin Quist.

Cet album plus difficile présente des images hyperréalistes, avec un titre réduit à un nom commun. Les images contiennent un petit détail anormal. L’inspiration de Magritte paraît évidente.  Par exemple deux skieurs se croisent sur une piste de ski. Mais l’un des deux skie en montant. Titre : « Rencontre ». Peut être testé en GS, mais à mon avis plus accessible aux cycles 2 et 3 (et peut inspirer des productions en arts pla).

 

Il y a certainement d’autres albums, où cloches et clochettes ont une fonction, sans pour autant être présents dans le titre. Il faut bien sûr faire une place à la clochette du Père Noël, dans Boreal Express de Chris van ALLSBURG.

 

En commande à la BCD de Colmar, un titre que j'ai trouvé très récemment à la librairie LE LISERON de Colmar :

 

RODARI et PEF, La guerre des cloches, Kaléiodoscope, février 2006.

Voici le texte de 4° de couverture :

 

"Il était une fois une grande et terrible guerre, si longue que les soldats n'avaient plus de bronze pour les canons. Heureusement l'archigénéral Morzileuil de Cassepipe de Marchoucraive a la solution. Mais le résultat ne sera peut-être pas tout à fait celui qu'il a prévu..."

 

Du point de vue documentaire et historique, on trouve dans David MACAULAY, Naissance d’une cathédrale, Deux coqs d’or, 1981, à la page 66, le récit, schéma à l’appui, de la fabrication du carillon de Chutreaux. Ouvrage disponible à la BCD de Colmar.

 

Voici cet extrait :

 

C’est alors que l’on entreprit la fabrication du carillon de Chutreaux.

On façonna d’abord, avec un mélange d’argile et de plâtre de Paris, un moule grandeur nature de la face interne de chaque cloche. On recouvrit ensuite ces moules d’un manteau de cire de même épaisseur et de même relief extérieur que les cloches désirées. Puis l’on piqua, à travers la cire et jusque dans le moule, de longues aiguilles de bronze. Il restait enfin à étaler sur la cire un dernier revêtement d’argile et de plâtre, qu’on laissait sécher avant de soumettre l’ensemble à la flamme.

Sous l’action de la chaleur, la cire fondait et dégageait entre les deux carapaces d’argile et de plâtre, maintenues en place par les aiguilles de bronze, une cavité où l’on coulait du bronze en fusion. Après refroidissement de l’alliage, on cassait le moule et l’on débarassait la surface du métal des petites aspérités restantes.

 

Et plus loin, page 72, une illustration de la charpente qui supporte les cloches de la cathédrale :

 

Pour accueillir le carillon de bronze, on édifia dans la tour Nord une forte charpente en bois. Quatre longues cordes permettaient, par des tractions successives, de provoquer le balancement des cloches dont les parois heurtaient alors les marteaux.

Le timbre du carillon portait à plusieurs kilomètres à la ronde.

 

 

Littérature patrimoniale 

 

L’exploration de cet article de presse peut aussi préparer la lecture d’un extrait d’un immense roman du patrimoine : Notre Dame de Paris, Victor Hugo, 1831. Lecture qui reste bien sûr très difficile au CM mais on peut y aller par petites doses, et on remarquera qu’un certain nombre de « mots difficiles » ont pu être croisés dans notre travail sur le lexique.

 

-  édition du Livre de poche : pp. 173

 

Fin du ch.2 du livre troisième (Paris à vol d’oiseau)

« Certes, c’est là un opéra qui vaut la peine d’être écouté. D’ordinaire, la rumeur qui s’échappe de Paris le jour, c’et la ville qui parle ; la nuit, c’est la ville qui respire : ici, c’est la ville qui chante. Prêtez donc l’oreille à ce tutti des clochers, répandez sur l’ensemble le murmure d’un demi million d’hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souffles infinis du vent, la quatuor grave et lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l’horizon comme d’immenses buffets d’orgue, étreignez-y ainsi que dans une demi-teinte tout ce que le carillon central aurait de trop rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus dorré, de plus éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneriez ; que cette fournaise de musique ; que ces dix mille voix d’airain chantant à la fois dans des flûtes de pierres hautes de trois cents pieds ; que cette cité qui n’est plus qu’un orchestre ; que cette symphonie qui fait le bruit d’une tempête. »

 

extrait du ch.3 du livre quatrième (Immanis pecoris custos, immanior ipse) (pp.193 et sv ?)

« Ce qu’il (Quasimodo) aimait avant tout dans l’édifice maternel, ce qui réveillait son âme et lui faisait ouvrir ses pauvres ailes qu’elle tenait si misérablement repliées dans sa caverne, ce qui le rendait parfois heureux, c’était les cloches. Il les aimait, il les caressait, leur parlait, les comprenait. Depuis le carillon de l’aiguille de la croisée jusqu’à la grosse cloche du portail, il les avait toutes en tendresse. Le clocher de la croisée, les deux tours, étaient pour lui comme trois grandes cages dont les oiseaux, élevés par lui, ne chantaient que pour lui. C’étaient pourtant ces mêmes cloches qui l’avaient rendu sourd, mais les mères aiment souvent le mieux l’enfant qui les a fait le plus souffrir.

Il est vrai que leur voix était la seule qu’il pût entendre encore. A ce titre, la grosse cloche était sa bien-aimée. C’est elle qu’il préférait dans cette famille de filles bruyantes qui se trémoussaient autour de lui, les jours de fête. Cette grande cloche s’appelait Marie. Elle était seule dans la tour méridionale avec sa sœur Jacqueline, cloche de moindre taille, enfermée dans une cage moins grande à côté de la sienne. Cette Jacqueline était ainsi nommée du nom de la femme de Jean de Montagu, lequel l’avait donnée à l’église, ce qui ne l’avait pas empêché d’aller figurer sans tête à Montfaucon. Dans le deuxième tour il y avait six autres cloches, et enfin les six plus petites habitaient le clocher sur la croisée avec la cloche de bois qu’on ne sonnait que depuis l’après-dîner du jeudi absolu, jusqu’au matin de la vigile de Pâques. Quasimodo avait donc quinze cloches dans son sérail, mais la grosse Marie était la favorite.

On ne saurait se faire une idée de sa joie les jours de grande volée. Au moment où l’archidiacre l’avait lâché et lui avait dit : Allez ! il montait la vis du clocher plus vite qu’un autre ne l’aurait descendue. Il entrait tout essoufflé dans la chambre aérienne de la grosse cloche ; il la considérait un moment avec recueillement et amour ; puis il lui adressait doucement la parole, il la flattait de la main, comme un bon cheval qui va faire une longue course. Il la plaignait de la peine qu’elle allait avoir. Après ses premières caresses, il criait à ses aides, placés à l’étage inférieur de la tour de commencer. Ceux-ci se pendaient aux cables, le cabestan criait, et l’énorme capsule de métal s’ébranlait lentement. Quasimodo, palpitant, la suivait du regard. Le premier choc du battant et de la paroi d’airain faisait frissonner  la charpente sur laquelle il était monté. Quasimodo vibrait avec la cloche. Vah ! criait-il avec un éclat de rire insensé. Cependant le mouvement du bourdon s’accélérait, et à mesure qu’il parcourait un angle plus ouvert, l’œil de Quasimodo s’ouvrait aussi de plus en plus phosphorique et flamboyant. Enfin la grande volée commençait, toute la tour tremblait, charpentes, plombs, pierres de taille, tout grondait à la fois, depuis les pilotis de la fondation jusqu’aux trèfles du couronnement. Quasimodo alors bouillait à grosse écume ; il allait, venait ; il tremblait avec la tour de la tête aux pieds. La cloche, déchaînée et furieuse, présentait alternativement aux deux parois de la tour sa gueule de bronze d’où s’échappait ce souffle de tempête qu’on entend à quatre lieues. Quasimodo se plaçait devant cette gueule ouverte ; il s’accroupissait, se relevait avec les retours de la cloche, aspirait ce souffle renversant, regardait tour à tour la place profonde qui fourmillait à deux cents pieds au-dessous de lui et l’énorme langue de cuivre qui venait de seconde en seconde lui hurler dans l’oreille. C’était la seule parole qu’il entendît, le seul son qui troublât pour lui le silence universel. Il s’y dilatait comme un oiseau au soleil. Tout à coup la frénésie de la cloche le gagnait ; se regard devenait extraordinaire ; il attendait le bourdon au passage, comme l’araignée attend la mouche, et se jetait brusquement sur lui à corps perdu. Alors, suspendu sur l’abîme, lancé dans le balancement formidable de la cloche, il saisissait le monstre d’airain aux oreillettes, l’étreignait de ses deux genoux, l’éperonnait de ses deux talons, et redoublait de tout le choc et de tout le poids de son corps la furie de la volée. Cependant la tour vacillait ; lui, criait et grinçait des dents, ses cheveux roux se hérissaient, sa poitrine faisait le bruit d’un soufflet de forge, son œil jetait des flammes, la cloche monstrueuse hennissait toute haletante sous lui, et alors ce n’était plus le bourdon de Notre-Dame ni Quasimodo, c’était un rêve, un tourbillon, une tempête, le vertige à cheval sur le bruit ; un esprit cramponné à une croupe volante ; un étrange centaure moitié homme, moitié cloche ; une espèce d’Astolphe horrible emporté sur un prodigieux hippogriffe de bronze vivant. »

 

Des cloches de Saint Maurice de Soultz à la cour des Miracles

 

Notre Dame de Paris, c’est aussi la fresque truculente imaginée par Victor Hugo de la Cour des Miracles.

 

Je signale un bel album d’Olivier MELANO : Escapade à la cour des miracles, L’école des Loisirs, collection Archimède, 2004. Illustré avec précision, il permet de se faire une idée des quartiers populeux de Paris au XV° siècle, lorsque la ville était avec 200 000 habitants l’une des plus grandes du monde occidental.

 

Pour décrire la fameuse cour, Hugo s’inspira de l’historien Sauval, mort en 1679. Mais cette cour des miracles… n’a jamais existé ! Tout cela on l’apprend à la fin de l’album, où figure un exposé historique et documentaire, avec un plan précis de la ville de l’époque. L’histoire est celle de deux enfants : un garçon trouvé devenu mitron et une pauvre petite voleuse. Elle finit très bien… l’album pourrait trouver sa place dans un projet de lecture et d’écriture du roman historique au cycle 3.

 

 

 

 

 



[1] Il s’agit d’Alain Landspurg, collègue qui m’a beaucoup apporté dans le domaine de la presse à l’école, et qui a accueilli dans sa classe plusieurs PE2 effectuant leur mémoire sur les médias. Avec les élèves de son école Schlumberger de Guebwiller,  il produit le Schlumb’info.