La guerre des cloches, coll. kaléiodoscope de l’école des loisirs

 

 

 

est le résultat du travail d’un illustrateur bien connu, PEF, à partir d’un texte de Gianni RODARI. L’album a donc une genèse en deux temps, et on est là dans un cas de figure où le texte, très court, peut être lu aux enfants sans les images.  Mais quel extraordinaire relief les illustrations de PEF (en grand format : 23x30, et toujours en double page) donnent-elles au texte de RODARI ! Il s’agit bien de guerre, au sens industriel que le XX° siècle a donné à ce mot, donc l’un ou l’autre des conflits mondiaux : le premier avec ses barbelés, ses tranchées, ses canons gigantesques, ou le second avec ses engins motorisés, et ses tenues que tous les enfants savent reconnaître à la télé (les képis sont ceux des généraux nazis et casques et treillis peut-être américains). Ces uniformes des belligérants d’ailleurs se ressemblent à s’y méprendre, transformant en cloportes à dos rond, grouillant dans la boue, et les uns et les autres. Il n’y a pas que les illustrations qui me font penser à l’absurde bataille livrée par le roi des Abares au roi des Bulgares, dans le chapitre 3 de Candide. Mais aussi le génie de l’onomastique (Voltaire avait inventé le château du baron de Thunder-ten-tronckh et le trafiquant d’esclaves Vanderdendur), et là on reconnaît l’art de Rodari (ou plutôt de Roger Salomon, le traducteur)  : « L’archigénéral Morzileuil de Cassepipe de Marchoucraive ordonna : « Feu ! ». Ce sont les cloches qui vont lui répondre par un insolent « Ding, Dang, Dong », comme elles le feront aussi à la salve du canon d’en face. « En effet, figurez-vous que le commandant en chef des ennemis, le mortéchal Mohrsiehlöl von Kaspipp von Marschukreeve avait eu lui aussi l’idée de fabriquer un supercanon avec les cloches de son pays… ». On l’aura compris, cette fable évoque des faits historiques authentiques : en Alsace comme ailleurs,  les cloches des églises furent réquisitionnées, à partir de 1917, afin de fondre des canons et des munitions. C’est ce qui arriva à celles de l’église de Soultz, fabriquées par la fonderie Causard de Colmar. La seule qui fut épargnée fut un bourdon vénérable de 1455, fondu par Peyger, à Bâle, et aujourd'hui visible au musée Unterlinden. Je connais dans le Bas-Rhin une autre cloche, qui elle aussi échappa à l'anéantissement en raison de son grand âge. Elle a vngt ans de plus que celle de Soultz, et elle sonne encore ! Lire ensemble ce bel album de Rodari, et en profiter pour s’intéresser à l’histoire de ces belles inconnues en jupe de cuivre et d’étain, abritées dans leur campanile, ayant toutes un prénom, si proches souvent des écoles, et si mystérieuses, n’y a-t-il pas là matière à un petit projet en lecture, en écriture, et bien sûr en histoire  ? Pour se faire un idée d'un tel projet et découvrir une première bibliographie des cloches, cliquer ici.