PE2F – Lecture écriture entre le cycle 2 et le cycle 3…

 

contexte : formation ordinaire à la pratique du stage filé (cycle 3) et du prochain stage en responsabilité (R3) ; ces propositions complètent l’apport de Mme A. Pernoux.

 

Le cas particulier des « presque haïkus »

appliqué au cas général de la révision des productions de texte…

 

Neuf pistes pour la  réécriture de "presque haïkus"

 

Objectif :

être capable de produire un écrit littéraire ; devenir un lecteur de littérature

 

Sous-objectifs (non exhaustifs)

 

-  augmenter un stock de vocabulaire

-  être capable de retrouver les marques du dialogue et de les utiliser

-  être capable d’enrichir un texte par différents procédés d’écriture

-  être capable de nommer les opérations mises en œuvre

 

La liste de sous-objectifs est indicative ; il arrive très souvent qu’elle évolue en court d’exécution du projet ; un chantier d’écriture poétique n’est pas entièrement « planifiable », en raison même de la fonction heuristique de l’écriture : c’est l’écriture qui permet d’explorer le champ, la règle donnée au départ n’étant qu’un « lanceur », et un outil approximatif de contrôle de ce qui est réellement fait.

 

Démarche :

 

" nous relisons un premier jet

" nous le comparons à des haïkus de la « bibliothèque » et à des presque haïkus déjà produits dans la classe

" nous pointons le ressemblance et/ou l’écart

" nous reformulons une consigne

" nous réécrivons le « premier jet »

" nous reformulons ce que nous avons fait

 

Exemples de réécritures possibles :

 

1.                     Le vocabulaire du corps.

 

Relire les « presque haïkus » produits et écrire au tableau la liste des parties du corps. Compléter avec des mots trouvés dans les vrais haïkus :

 

Nos « presque haïkus »

Les haïkus des livres

Mes entrailles

Mon dos

Mes pas

Claquement de dents

Rougeur des mains

Pieds engourdis

Ma face endormie

Le visage

Doigts de pieds

Grands corps

Orteils endormis

Nez qui coule

De la tête aux pieds

Mes pieds gelés

Je posai la main sur lui

Dans la main

Sur mon poing

Au bout de son nez

 

Quelles sont les parties du corps oubliées ? Compléter la liste à partir des propositions des enfants.

Consigne :

Je transforme mon presque haïku en utilisant un mot de la liste.

Variante : je réécris un 2° presque haïku en mettant le nom d’une autre partie du corps.

 

Oral : les propositions sont d’abord verbalisées (surtout au cycle 2). Le travail ne réside pas à ce stade dans l’invention, ni dans l’imagination, mais dans le passage de l’oral à l’écrit.

 

Réécriture

 

Relecture

 

La relecture fera apparaître les changements rendus nécessaires pour intégrer le nouveau vocabulaire.

 

Reformulation : émergeront peut-être les notions de verbe et/ou d’adjectifs, entraînés par la « contextualisation ».

 

2.                       Les sonorités du haïku

 

On peut partir du premier jet 5 :

 

Air froid et cinglant

Sol gelé et résistant

Je glace en dedans

 

Relecture d’un presque haïku produit

 

les enfants voient /ant/, /ant/, /ans/ ; on observe : ont entend toujours [â], mais ça ne s’écrit pas pareil

et il y a encore /en/ à l’intérieur d’une ligne

 

Lecture d’un haïku de la bibliothèque :

 

Oie sauvage oie sauvage

A ton premier voyage

Quel âge avais-tu ?

 

(il y en a d’autres…)

 

Recherche des récurrences graphiques et phoniques ; orthographique : pourquoi âge avec un accent circonflexe ?

 

Construction d’une liste

 

A cette occasion, on peut travailler en orthographe des séries (suffixes, gérondif)

 

Consigne

 

Je transforme mon haïku (ou je refais un nouveau haïku)  en répétant d’autres sons, à la fin de la ligne ou au milieu…

 

Reformulation

 

Selon le niveau cycle 2, cycle 3) on nomme la transformation par l’exemple ou par le concept linguistique (suffixe, participe présent " à nommer au cycle 3 ?)

 

3.                       Haïkus et types de phrase

 

Tous les presque haïkus se terminent par des points. En les lisant à haute voix, la voix descend.

 

Relecture de haïkus de la bibliothèque

 

On prend soin de coupler la lecture à haute voix avec l’observation à l’écrit :

 

-  le point d’exclamation ; le point d’interrogation

-  on s’exclame (= on est surpris, fâché, etc.) ; on pose une question

-  on donne un ordre

 

Consigne :

 

Je transforme mon presque haïku en posant une question, en exprimant une surprise, ou une émotion, en donnant un ordre à quelqu’un, ou à quelque chose…

 

On passe toujours par l’oral et on fait verbaliser l’émotion dans la phrase exclamative.

 

Réécriture.

 

Reformulation : idem / accent mis sur le métalangage en tenant compte du niveau des élèves.

 

 

4.                       Qui parle dans les haïkus ?

 

Tous les presque haïkus présentent la même énonciation ; celui qui parle dans le haïku c’est celui qui l’a écrit.

 

Relecture des haïkus de la bibliothèque

 

On recherche les personnages parleurs, les verbes introducteurs de parole, les guillemets

 

Par exemple :

 

« Maigreur d’été », répliqua-t-elle ;

Puis

Les larmes coulèrent.

 

« C’est le vent de printemps »,

disent maître et valet

ensemble cheminant

 

Consigne :

 

Je transforme mon haïku en mettant un élément entre guillemets ; j’ajoute un parleur.

 

Ici, opération plus complexe à l’écrit, mais relativement simple à l’oral. Il faut donc passer par l’oral, et ensuite écrire.

 

Reformulation : on peut nommer les changements de ponctuation, les « verbes de parole », éventuellement la « personne » verbale. On peut dire combien on a ajouté de « parleurs »

 

5.                       La surprise est dans le 3° élément

 

Dans les vrais haïkus, le 3° élément a un statut particulier : il exprime l’essentiel du haïku, ce qui dans la mémoire du lecteur, laissera une « trace évanescente », souvent par le caractère inattendu, surprenant, de l’image (visuelle souvent).

 

Ici un premier travail cette fois de lecture, hors projet d’écriture, peut rendre les enfants sensibles à l’inattendu du 3° élément.

 

On lit les deux premiers éléments, et on fait deviner le troisième. Ensuite on confronte les hypothèses à l’original.

 

Le faire expérimentalement avec le groupe à partir d’un corpus non fourni.

 

On en tire l’observation suivante :

Le 3° élément contient souvent quelque chose d’inattendu, de difficile à prévoir. L’auteur du haïku le sait, et il va donc mettre en dernier l’élement qui est dans sa tête au début, quand il médite le haïku.

 

Variante : l’atelier de réparation de haïku

 

On donne un haïku « abîmé », et on essaye de le réparer.

 

Exemples :

 

Les ombres des chrisanthèmes montent sur la balustrade
Je posai la main sur l’hibiscus, mais n’en cueillis pas et passai.

Le Bouddha sur la lande a un glaçon au bout de son nez

Le soleil revenu sur mon poing dans l’œil du faucon

Tardif automne un volubilis a fleuri sur le tas d’ordures

 

A remarquer que le 4° se prête à deux solutions au moins. Celle de Tairo (Jaccottet) concentre l’attention sur le poing, mais on pourrait écrire. Idem le 5° : on peut commencer ou finir par « tardif automne » mais certainement pas finir par « tas d’ordures »…

 

Dans l’œil du faucon

Revenu sur mon poing

Le soleil

 

Consigne :

 

Je transforme mon presque haïku en déplacement un élement pour créer une surprise

 

Reformulation :

 

On insistera sur cette possibilité de « déplacer » des éléments, souvent évoquée, mais sans enjeu autre que grammatical, quand on travaille sur le complément circonstanciel. Dans les haîkus, ces changements de place syntaxiques sont fréquents et ils affectent d’autres fonctions, par exemple la fonction sujet, ou encore la place de l’adjectif comme ici :

 

Ondulante serpentante

la brise fraîche

vient à moi

 

6.                       La surprise est dans la précision du lexique

 

Elle vient aussi de la précision du vocabulaire employé qui évoque les objets des cinq sens, en évitant si possible les mots qui expriment les idées.

Ce vocabulaire peut être construit sous forme de liste ordonnée. Au rétrojecteur , un essai à partir des deux corpus avec le logiciel Mindmanager (map). C’est bien sûr au cycle 3 qu’on peut aller le plus loin.

 

7.                       La surprise est dans l’intensité de l’image

 

Les images (comparaison et métaphores) sont assez rares dans les vrais haïkus… et pour cause. Le haïku est l’image, et il n’y a donc pas à en rajouter.

 

On en trouve quand même :

 

-  par usage inattendu de l’adjectif :

 

« le vent vert et brumeux »

« voix de canard, si vaguement blanche »

 

-  par l’utilisation d’une locution comparative

 

Le crapaud ! on dirait

Qu’il va vomir

Un nuage !

 

Ou encore :

 

Dans le silence

Comme arrivent les hôtes

Les pivoines

 

Consigne :

 

Je réécris mon presque haïku en ajoutant des adjectifs de couleur inattendus. Attention : ça ne produit pas toujours un bon résultat…

 

 

Ici pour des élèves en difficulté, le premier élément peut servir de lanceur :

 

Le crapaud ! (autre nom d’animal) on dirait…

 

Ou encore

 

Consigne : je réécris mon presque haïku en commençant mon deuxième élément par « comme »…

 

8.                       La surprise est dans le « point de vue »

 

Dans nos presque haïkus, tout le monde peut voir, entendre, ressentir ce que nous exprimons.

 

Relire :

 

Le saule

contemple à l’envers

l’image du héron

 

Le vendeur d’éventails

Portant son faix de vent :

Comme il fait chaud !

 

Une houe laissée là

Personne en vue –

La chaleur !

 

Ici c’est à l’oral l’explication de l’image, construite par les enfants, qui peut susciter une consigne d’écriture. Dans ces trois cas, il faut construire des inférences pour comprendre. Le haïku est construit sur un « point de vue » (celui du saule, celui du vendeur d’éventails, celui du témoin de la houe abandonnée).

 

Consigne d’écriture à adapter. Attention : ici c’est sans doute plus difficile

 

 

 

 

9.                       Des haïkus qui racontent une histoire ?

 

On peut partir du presque haïku 17 produit par nous, et comparer à certains haïkus de la bibliothèque.

 

Par exemple :

 

La première luciole !

En allée, envolée

Le vent m’est resté dans la main.

 

Un hibiscus

au bord de la route –

le cheval l’a brouté

 

Vingt mille personnes

sans abri –

la Lune d’été

 

Avec les enfants on essaye d’abord de comprendre comment c’est fabriqué.  Les trois haïkus racontent quelque chose : la disparition d’une luciole, celle d’un hibiscus, une catastrophe (l’incendie de Takaoka).

 

Le haïku dit très peu de choses. Le lecteur doit presque tout imaginer.

 

On peut en rester là pour l’explication, et voir si les enfants par l’intuition, et le dynamisme propre de l’écriture, sont capables de produire un résultat approchant ces trois petits chef d’œuvre.

 

Le troisième haïku me ramène à mes amours de presse. Pourquoi ne pas essayer de transformer en haïkus quelques faits divers (bien choisis, de préférence drôles ou insolites). On peut aussi essayer de raconter, sous forme de haïku, des aventures arrivées dans la classe ou dans l’école.