Comment pourrait-on exploiter cet article au cycle 3 ?[1]

 

Contexte : présentation de la thématique de séminaire « la presse écrite à l’école : lire, écrire, éducation civique.

 

Les cloches des vaches : mélodie des montagnes ou nuisance sonore ?

 

Au hameau dit "Les Huguets", sur la commune de Saint-Offenge-Dessous, rien ne va plus entre Pascal Francoz et son voisin, Daniel Brault.

Les cloches que les paisibles ruminants du premier, éleveur de vaches laitières, agitent nuit et jour sous les fenêtres du second, dessinateur industriel, sont à l'origine d'une querelle de voisinage qui s'est envenimée au fil des ans jusqu'à devenir le symbole d'une bataille entre ruraux et "rurbains". Les cloches sont un "instrument de travail" et la "musique de nos montagnes", proclame l'éleveur, soutenu par l'ensemble des organisations agricoles, la Confédération paysanne en tête. Une "nuisance sonore", lui réplique son voisin, une expertise de la direction des affaires sanitaires et sociales (DDASS) à l'appui, selon laquelle le bruit excéderait de 5 décibels le seuil de tolérance.

L'affaire était portée, jeudi 5 octobre, devant le juge de proximité du tribunal d'instance d'Aix-les-Bains. Arrivé au milieu de ses partisans dans un concert de clarines, Pascal Francoz a déposé une inoffensive clochette au tintement cristallin sur le pupitre de son avocat, tandis que Daniel Brault exhibait de son côté un modèle mâle à la sonorité nettement moins délicate.

"Ce procès n'est pas un procès contre les cloches, ni contre le pastoralisme", a assuré son avocat, Me François Bern, sous les exclamations indignées du public. "Nous aimons les cloches qui participent de la culture savoyarde. Le bruit des cloches, c'est une mélodie pour celui qui se promène en montagne. Mais lorsqu'il s'installe chez vous, dans votre salon, dans votre chambre. ["Ouh ! Ouh !" a soufflé le public], qu'il est là le matin quand on se lève, à midi quand on déjeune, le soir quand on se couche, et qu'on n'arrive pas à trouver le sommeil... il devient une nuisance. Les vaches, ici, ont un talent indéniable. Mais si Rostropovitch venait jouer du violoncelle sous mes fenêtres, le premier soir, je serais ravi, le deuxième un peu moins, et s'il continuait tous les jours et toutes les nuits de l'année, je suis sûr que ça finirait par me brouiller avec les plus grands compositeurs !", a-t-il observé. Contre l'éleveur, qui dispose de "7 hectares de terre" et qui se refuse, selon lui, à prendre les "mesures minimales", l'avocat a demandé au tribunal d'imposer un périmètre à ses bêtes et d'accorder 4 000 euros de dommages et intérêts à Daniel Brault.

A ces arguments, Me Pierre Perez, l'avocat de l'éleveur, a répondu en exhibant les attestations de plusieurs voisins, certifiant sur l'honneur que "de mémoire d'homme" les vaches de Saint-Offenge-Dessous ont toujours porté clarines, et que "ça n'a jamais gêné personne".

Son client, a-t-il affirmé, a fait preuve de bonne volonté, en retirant d'ores et déjà une bonne quinzaine de cloches pour n'en laisser tintinnabuler qu'une poignée au cou de ses bêtes. A la première expertise de la DDASS, il a opposé la contre-expertise du maire - "Le pauvre maire, il y a passé presque toute la nuit !", a-t-il soupiré -, qui concluait à une nette atténuation sonore. "C'est donc avec sérénité que je vous demande de débouter le plaignant et de l'inciter à s'installer ailleurs", a conclu Me Perez.

Dans son dossier à l'intention du juge, il a glissé un arrêt rendu par la 1re chambre civile de la cour d'appel de Riom le 7 septembre 1995, qui déboutait les auteurs d'une plainte pour "troubles anormaux du voisinage" déposée contre les propriétaires d'un... poulailler : "Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n'est encore parvenu à le dresser, pas même un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caquètements qui vont du joyeux (ponte d'un oeuf) au serein (dégustation d'un ver de terre) en passant par l'affolé (vue d'un renard) ; que ce paisible voisinage n'a jamais incommodé que ceux qui, pour d'autres motifs, nourrissent du courroux à l'égard des propriétaires de ces gallinacés ; la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d'orchestre et la poule un habitant d'un lieu-dit". Pour la cloche et le voisin, réponse le 7 novembre.

Pascale Robert-Diard

Article paru dans l'édition du 07.10.06

 



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