Comment se servir d’un traitement de texte

pour générer un premier « hypertexte » ?

contexte : apport à la formation C2i du point de vue du français - PE2D, 6 juin 2006

 

Soit cet extrait de Sans Famille de Hector Malot (1878), saisi sous format word…

 

Tandis que Barberin se plaçait à une table avec le maître du café qui l’avait engagé à entrer, j’allai m’asseoir près de la cheminée et je regardai autour de moi. Dans le coin opposé à celui que j’occupais, se trouvait un grand vieillard à barbe blanche, qui portait un costume bizarre et tel que je n’en avais jamais vu. Sur ses cheveux, qui tombaient en longues mèches sur ses épaules, était posé un haut chapeau de feutre gris orné de plumes vertes et rouges. Une peau de mouton, dont la laine était en dedans, le serrait à la taille. Cette peau n’avait pas de manches, et, par deux trous ouverts aux épaules, sortaient les bras vêtus d’une étoffe de velours qui autrefois avait dû être bleue. De grandes guêtres en laine lui montaient jusqu’aux genoux, et elles étaient serrées par des rubans rouges qui s’entre-croisaient plusieurs fois autour des jambes . Il se tenait allongé sur sa chaise, le menton appuyé dans sa main droite ; son coude reposait sur son genou ployé.Jamais je n’avais vu une personne vivante dans une attitude si calme ; il ressemblait à l’un des saints en bois de notre église. 

 

et une définition trouvée dans le dictionnaire SuperMajor :

 

Guêtre n.f. Sorte de tube de laine, de toile, de cuir qu’on enfile sur la jambe dans les costumes anciens ou dans certains équipements de sport, de danse, d’équitation

 

Je peux par une opération très simple transformer l’extrait de Malot en hypertexte en activant successivement

 

-  la fonction SIGNET

 

-  la fonction LIEN HYPERTEXTUEL

 

Ce fonctionnement élémentaire oblige déjà à un petit travail intellectuel de prise de distance par rapport à la linéarité du texte classique. En effet, il faut commencer par aller vers la partie « cible » avant de placer le lien dans le texte source.

 

Certes il n’y a là rien de nouveau. Word comporte évidemment cette fonctionnalité avec les notes de bas de page. Et l’expression « notes de bas de page » renvoie à la composition d’une page classique de livre. Admettons que a) un livre, s’il comporte des notes de bas de page (ou en fin d’ouvrage) a des propriété hypertextuelles b) word n’est donc pas qu’un éditeur de texte, mais aussi un éditeur d’hypertexte.

 

Mais entre l’utilisation d’une fonctionnalité et la production du lien il y a une différence sensible. Dans un cas on « utilise », dans l’autre on « expérimente » : ce n’est pas pareil.

 

Autres différences :

 

· le métalangage « notes de bas de page » ramène à l’ancienne configuration. Il ouvre sur l’imaginaire « tabulaire » du livre, et pas celui de l’hypertexte, qui ne connaît ni bas, ni haut, mais un espace fait de nœuds et de liens.

· Le trajet n’est pas le même. Si j’utilise la fonctionnalité du TT, je vais de la source à la cible, donc je reste dans la linéarité. Or c’est le trajet inverse, qui m’oblige à anticiper par le « signet » le lien que je veux construire, qui me paraît vraiment porteur d’apprentissage.

 

Personnellement, j’ai mis beaucoup de temps à maîtriser techniquement cette fonctionnalité pourtant simple comme manipulation. C’est que personne ne me l’a apprise ; et je n’ai jamais vu de PE s’y intéresser.

 

Ce n’est pas tout. Je peux relier un élément du texte ci-dessus à un autre élément que je prends dans un autre fichier, et cet élément peut être un texte, ou comme ici une image (ou un fichier son), ce que je fais ci-dessous, et c’est toujours en activant les mêmes fonctionnalités simples.

 

Dans ce cas la métaphore de la note de bas de page perd sa pertinence, et ce sont deux « textes » connectés (mis en réseau).

 

 

Du point de vue de l’apprentissage, ces deux opérations (qui n’en sont en fait qu’une seule) sont un peu la métaphore de la vie « intra-psychique ». Elles me permettent d’objectiver des processus cognitifs ; le rapprochement d’un mot rare et du sens que j’ai stocké en mémoire ; ou encore la mise en relation d’un texte et de sa structure profonde.

 

Il y a une ultime étape, que la technique rend tellement simple, que nous l’utilisons à des fins pratiques, mais sans forcément en réaliser les implications pour l’apprentissage. Les liens que j’ai créés sont copiables. Et pour peu que deux ordinateurs soient connectés, je peux insérer dans mon document un  lien qui relie mon document à celui  d’autrui. Dans ce cas le dispositif devient « communicationnel ». Du  T de texte au C de communication. Il y a un changement qualitatif, qui intègre autrui. L’hypertexte que j’ai commencé de construire peut devenir alors un espace de savoirs partagés.