L’histoire de la micro-informatique personnelle comme un roman…

 

Ces données sont extraites pour l’essentiel de l’ouvrage de Pierre LEVY, Les technologies de l’intelligence, La Découverte, 1990.

 

Dans les tous premiers temps, avant 1975, aux USA, dans la « soupe primitive » de la Silicon  Valley, il y a de très gros ordinateurs… pas encore de micro-informatique, mais une nébuleuse d’étudiants utopistes et inventifs, qui bricolent des machines avec des matériaux de récupération : les toutes premières inventions n’ont ni clavier, ni écran, et tout le plaisir réside dans leur construction ! Deux noms se détachent : Steve Jobs, et Steve Wosniak

 

1975 : lancement du Basic par Bill Gates et Paul Allen ; lancement de l’Apple 1 : le langage est extérieur à la machine

 

1976 : le langage de programmation est intégré dans la machine, dans une mémoire morte ; c’est l’Apple 2 ; et la machine est conçue pour pouvoir être connectée à un téléviseur ; on peut donc l’utiliser dès qu’on l’allume, et ses concepteurs n’imaginent pas encore qu’elle puisse servir à autre chose que programmer en basic et jouer à des jeux

 

La suite, c’est l’addition d’interfaces successives (= des innovations technonologiques qui intègrent la configuration initiale dans un nouvel environnement technologique, qui intègre à son tour d’autres utilisateurs et ainsi de suite). La coque de plastique, qui transforme en un seul objet des éléments disjoints, le lecteur de disquettes, plus tard l’imprimante et la « suite bureautique » , sont des interfaces, les unes matérielles, les autres logicielles, qui à chaque fois intègrent de nouveaux utilisateurs, avec des effets rétro-actifs sur le « noyau » de l’agencement technique.

 

Ainsi en retournant aux origines, on voit que l’outil technique d’une part, et le collectif humain qui l’a fabriqué, la relation n’est pas d’extériorité mais d’intrication. La notion de RESEAU sociotechnique est insépérable de la conception même de l’ordinateur.

 

« Suivant l’angle de vue, tout est ingénerie ou tout est marketing. Il s’agit toujours, par connexions et par traductions, d’étendre le réseau sociotechnique qui passe par la machine »

(Lévy, page 52)

 

1984 : l’icône et la souris

 

Deux « traits d’interface » décisifs… qui vont donner naissance au Macintosh et ouvrir pour de bon l’ère informatique. La recherche fondamentale est menée par un industriel (Xerox) et vise à concevoir une interface permettant d’interagir directement avec un ordinateur de manière intuitive et sensori-motrice, sans passer par l’intermédiaire de codes abstraits. Son but : créer une interface informatique simulant l’environnement de bureau.

 

« En faisant glisser un petit appareil (la SOURIS) sur une surface plane, on pouvait désigner sur l’écran de l’ordinateur des idéogrammes (les ICONES) représentant des documents, des dossiers, des instruments de dessin, ou directement des parties de textes et de graphique. En appuyant sur les boutons de la souris (« en cliquant ») on pouvait effectuer diverses opérations sur les objets désignés ».

 

Steve Jobs détourne au profit d’Apple ces idées et une partie du personnel de Xerox. Le succès n’est pas immédiatement au RV. Il fallut d’autres innovations (progrès notamment dans la vitesse de calcul + des innovations facilitant la mise en réseau des developpeurs de logiciels, comme le choix d’équiper à la base, en usine, toutes les machines des mêmes outils nécessaires aux développeurs)…  Apple manque même de boire le bouillon et c’est une interface ancienne mais raccordée à l’ordinateur grâce au laser qui sauve l’entreprise : l’imprimante de bureau !

 

Ce récit, écrit par Lévy, repose sur une hypothèse initiale : entre le réseau sociotechnique qui produit les machines, et l’hypertexte, il y a une solidarité ontologique. L’ordinateur génère techniquement l’hypertexte, et inversement, l’hypertexte devient la métaphore des réseaux humains et sociaux, qui produisent les machines.

 

C’est donc à  l’hypertexte, part fondatrice et innovante de cette « révolution » informatique qu’il convient de s’intéresser maintenant, davantage qu’aux bases de données et au traitement de texte qui procèdent peut-être plutôt de l’ancienne configuration, celle de l’imprimé et de l’encyclopédie…