Aide-mémoire pour un apprentissage raisonné des conjugaisons à l’école élémentaire

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Contexte : un module de formation continue « observation réfléchie de la langue » en nov-dec.2005 et un TD après un cours magistral sur la phonologie française en PE1, à la même période. Par la suite, différents cours pour des groupes de PE1 et de PE2.

 

La morphologie verbale.

 

La production de textes mais aussi, d’une autre façon la lecture  posent le problème des  terminaisons des verbes. Ces dernières concernent

 

-         la personne et le nombre

 

-         le temps

 

-         le mode

 

 

 

 Cette page a été réalisée à partir des programmes de 2002. Ils restent pertinents d'un point de vue didactique. Les programmes de référence du concours sont ceux de 2008. En attendant des précisions concernant ces programmes, on trouvera dans l'ouvrage "Quelle grammaire enseigner ?" (sous la direction de J-C. Pellat, Hatier, 2009) des tableaux comparatifs des contenus des trois programmes successifs : 2002, 2007, 2008.

 

L’orthographe du verbe concerne essentiellement l’accord avec le sujet. Elle suppose que cette relation soit bien perçue par l’élève et qu’il sache mobiliser son attention pour marquer l’accord dans toutes les activités d’écriture (y compris d’écriture sous la dictée), du moins lorsque la construction est régulière.

Une première approche des homophones grammaticaux comme et/est ; ces/ses/s’est/c’est ; a/à, etc. (dont la plupart concerne des verbes) vient compléter ce travail orthographique.

La conjugaison est, au cycle 3, centrée sur l’observation des variations qui affectent les verbes. Les règles d’engendrement du présent, du passé composé, de l’imparfait, du passé simple, du futur, du conditionnel et du présent du subjonctif peuvent être aisément dégagées, ainsi que les régularités orthographiques qui les caractérisent (les formes rares seront étudiées au collège). Les verbes les plus fréquents sont étudiés en priorité (programme du cycle 3, version pdf, pp.67 et sv.)

 

cycle 2 :

les conjugaisons des verbes les plus usuels (présent, passé composé, futur)

un  verbe en er type marcher

être, avoir, aller (p.47 IO)

 

cycle 3 :

présent, passé composé, futur, passé simple, imparfait, impératif présent

auxiliaires avoir et être

particularités des verbes en cer et en ger

verbes en ir du  type grandir

faire, pouvoir, aller, venir, voir, prendre

 

critères :

 

- c'est la notion d'usage (donc de réalisation dans des situations de communication) qui prévaut ; les verbes en -er sont les plus nombreux ; mais ils ne sont pas les plus fréquents (voir liste des verbes les plus fréquents en français

 

 

Quelques commentaires

 

Le programme subordonne clairement l’apprentissage des conjugaisons aux activités d’écriture. Dans la communication orale, et en lecture, on ne rencontre pas le verbe sous forme de tableaux ! De ce fait l’apprentissage des tableaux (aussi appelés les « paradigmes »), s’il n’est pas exclu, n’est pas premier dans l’ordre , et il ne représente pas l’essentiel de l’apprentissage.

 

Faut-il pour autant abandonner les « conjugaisons » ? Je reste partisan d’une position moyenne. A un certain stade de l’apprentissage, il est bon de passer par les tableaux, qui permettent de systématiser, en les visualisant,  des fonctionnements réguliers. Et il faut aussi penser aux parents « répétiteurs » qu’il ne faut pas priver de leurs repères. Dernier argument : les aide-mémoire sociaux (Becherelle, mais aussi pages dédiées dans les dictionnaires de langue comme le Petit Robert) comportent des « tableaux de conjugaison ». Il serait absurde de ne pas familiariser dès l’école primaire les élèves avec de tels outils.

 

On remarquera que le passé composé fait bien partie des temps usuels, que l’enfant utilise à l’oral dès qu’il est capable de raconter ce qu’il a fait. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à s’en servir, à l’oral comme à l’écrit, dès le cycle 2. Un temps composé n’est pas forcément un temps difficile.

 

Les programmes ne reprennent plus explicitement la répartition traditionnelle des verbes en groupes. Comme nous le verrons plus loin, les « verbes en –ir du type grandir », cad ceux du 2° groupe, sont assimilables aux verbes du 3° groupe ; simplement ils ont, en plus, une « base » régulière en –iss qui apparaît à certaines formes (dont le participe présent).

 

 

 Les notions clé de base et de terminaison.

 

On supposera toujours que les observations sont d’abord faites dans toute la mesure du possible, à partir d'une situation d’oral, d’une lecture ou d'une production d'écrit

 

Soit les verbes suivants, conjugués au présent de l’indicatif. Comparez ce que vous entendez, et ce que vous écrivez.

 

Voici le résultat sous la forme d'un premier tableau :

.

Les terminaisons en rouge, à l’oral et à l’écrit, correspondent aux éléments les plus systématiques.

 

 

On appelle BASE l’élément (relativement) stable de la forme verbale placé dans les colonnes de gauche, et TERMINAISON les éléments mobiles, placé à la fin de la forme conjugée, dans la colonne de droite.

 

Nous disons base et non radical car il ne s'agit pas de l'origine étymologique du verbe mais seulement d'un point de vue sur sa réalisation matérielle dans un contexte donné. Les linguistes considèrent que le radical est une notion « diachronique ». En revanche les bases sont les formes parfois diverses que prend un même radical en « synchronie ».

 

Plus simplement, en observant le tableau, on voit que le nombre de bases est variable selon les verbes : 2 bases à l’oral et à l’écrit pour les verbes « sortir » et « peindre » ; mais 3 bases à l’oral et à l’écrit pour les verbes « prendre » et « pouvoir ».

 

De plus il peut y avoir un nombre différents de bases à l’oral et à l’écrit. Vérifiez –le pour les verbes « perdre » et « tordre » qui figurent sur le second tableau. Il y a deux bases à l’oral, mais une seule (perd- / tord-) à l’écrit.

 

On peut remarquer qu’un élève qui maîtrise à peu près le français oral (ce n’est cependant pas le cas de tous!)  n'a pas trop de mal à trouver les bases pour les verbes usuels. C'est l'usage dans la langue ORALE qui le détermine. Les bases varient de manière aléatoire, parfois,  selon les verbes, même si des régularités sont repérables. Mais, ces bases, l’enfant ne les apprend pas par cœur, il les « parle », avant de les écrire. Et c’est donc aussi en « parlant » que l’on apprend à conjuguer !

 

En isolant les bases, je fais apparaître un élément variable à droite ; les linguistes les appellent des désinences. En classe, on pourra dire aussi TERMINAISONS.

 

Pour l'apprentissage, il importe de distinguer base et terminaisons, car les problèmes ne se posent pas du tout de la même manière.

 

1. Le présent de l’indicatif : un temps qui permet de découvrir personne et nombre

 

On commence, comme le veut  la tradition, par l'étude d'un temps : le PRESENT. On peut travailler sur les paradigmes, à condition de ne pas faire que cela, et de les utiliser pour demander aux élèves de repérer des régularités. Ils auront le droit de formuler des règles provisoires. Notons au passage que cette démarche pourrait nous entraîner à réfléchir au « cahier de règles » et pour commencer à cette désignation, que je trouve peu adaptée dans la perspective nouvelle de « l’observation réfléchie ». En ORL, les règles ne sont pas données au départ ; elle sont à construire, avec les élèves, ce qui ne signifie évidemment pas que les élèves inventent les règles.

 

Exemples d’activités possibles 

 

En vous aidant de l'oral, repère les bases et les terminaisons à l'écrit, au présent de l'indicatif, pour

 

* VENIR,  GRANDIR,  VOIR, FAIRE, ALLER, PRENDRE, MARCHER

 

que remarquez-vous ?

 

 

 

 

corrigé :

 

- aux personnes 4,5,6, au pluriel, on a toujours : -ons –ez, -ent ; c’est une très importante régularité, qui apparaît d’ailleurs à d’autres temps

 

- aux personnes 1,2,3, ont peut avoir :

 

* -s, -s, -t

* -s, -s, -

* -e, -es, -e

 

Les terminaisons -s, -s, -t (ou - dans le cas de prendre) sont très fréquentes ; elles concernent des verbes du 2° et du 3° groupe.

 

A propos de « il prend » : il ne faut surtout pas enseigner que –d est une terminaison ; ce /d/ fait partie de la base ; des élèves peuvent comprendre qu’on ne peut pas mettre, en orthographe française, un /t/ après un /d/.

 

Les terminaisons en -e, -es, -e concernent les verbes du 1°groupe (infinitif en -er), qui sont les plus nombreux.

 

Ces très significatives régularités aboutissent en somme à répartir les verbes en 2 grandes classes pour la conjugaison du présent : les verbes en -er, opposés provisoirement à tous les autres. Nous disons bien « provisoirement », car des exceptions vont apparaître. Il ne faut pas trop vite figer le « cahier de règles »…

 

Une fois que les élèves ont observé, compris, travaillé les grandes régularités, on peut leur faire découvrir les particularités, mais toujours en faisant droit à la curiosité et à la compréhension. Pourquoi ne pas proposer des « situations problèmes », comme :

 

 

*  conjuguez PEINDRE et PRENDRE au présent ; vérifiez votre idée dans le dictionnaire (ou le Becherelle). A votre avis pourquoi cette différence de conjugaison ?

 

·                        conjuguez les verbes CUEILLIR, DECOUVRIR, OFFRIR au présent ; que remarquez-vous ?

 

Ces deux verbes sont parfois rangés dans la classe des verbes du 3° groupe à cause de leur infinitif. En réalité ils font partie du premier si on considère leur fonctionnement. En construisant la « règle » avec les élèves, on pourrait dire que les verbes dont la base à l’oral se termine par [v+R] ou [f+R] ou [j] ont leur terminaison en –e –es –e aux personnes 1,2,3 du singulier.

 

·                        conjuguer les verbes CHANGER, ACHETER, APPELER, PELER au présent ; que remarquez-vous ?

 

Voir le second tableau.

 

En distinguant « bases » et « terminaisons », on voit bien qu’il s’agit là d’un problème d’orthographe de la base. Didactiquement, il serait dommage de considérer qu’avec ces verbes, il y a des terminaisons particulières ! C’est la graphie  de la fin de la base qui fait la difficulté. De de fait, on peut se demander s’il faut en faire, pour les élèves,  un apprentissage de « conjugaison »… ce que fait même encore le programme de 2002.  C’est l’orthographe lexicale qui est concernée. La forme « changeons » pose exactement le même problème que « bourgeon » ; la forme « appelle » que « pelle ». Pourquoi ne pas traiter conjointement des éléments qui font partie du même système orthographique ?

 

 

Ce premier travail sur les terminaisons  du présent fait apparaître deux « valeurs » de la terminaison : elle indique PERSONNE et NOMBRE.

 

2. L'imparfait : un temps qui permet de découvrir la valeur « temps » de la terminaison

 

soit les formes suivantes :

 

GRANDISSAIT, BALAYIONS, *PRENDAIS, PEIGNAIT, CHANTIEZ

 

quelles régularités sont décelables ?

 

a) on retrouve les terminaisons –s, -s, -t, pour tous les groupes, donc les mêmes qu’au présent pour les verbes des 2° et 3° groupe  ; ici le classement par groupes perd sa pertinence : idem au pluriel où l’on retrouve les terminaisons –ons –ez –ent.

 

b) contrairement au présent, on entend au singulier la terminaison [µ] et à la personne 3 du pluriel, et aux personnes 1 et 2 du  pluriel on entend la semi-voyelle [j]

ainsi, avec l’imparfait, mieux qu’avec le présent, parce que la terminaison est mieux marquée à l’oral comme à l’écrit, on découvre une autre fonction de cette dernière :  elle indique le TEMPS et le MODE.

 

c) le problème se pose au niveau de la BASE ; des enfants se trompent et écrivent (disent) * je PRENDAIS (même au cycle 3) ; on peut leur montrer que la base à l'imparfait est systématiquement la même que celle du présent à la personne 4.

Mieux encore : ils peuvent le découvrir (situation problème encore).

 

nous PRENONS / je PRENAIS

 

 

3. Le futur.

 

conjuguer le futur de

 

CHANTER - GRANDIR - ALLER - CUEILLIR – OFFRIR - COURIR - SORTIR - ENVOYER

 

quels aspects systématiques ?

 

a) la marque spécifique du temps est -r ou –er ; idem à l’oral [R]

b) les marques de personne et de nombre correspondent à la conjugaison  de « avoir »

c) le futur est formé à partir de l'infinitif : -er  pour les verbes en -er ; -r  pour les autres)

d) mais il y a des exceptions (cas de « envoyer »  ® « enverrai » par exemple ; ma liste est intentionnellement problématique)

e) pour trouver la bonne terminaison  l’oral m’aide mais il ne suffit pas

 

4.  Le passé composé.

 

Ce temps est réputé difficile (parce que « composé »), mais est-ce si sûr ? Il  faudrait en tous cas  l’aborder très vite à l’écrit, puisqu’il est le temps par excellence de la narration à l’oral comme à l’écrit.

 

On  a intérêt  à fractionner la difficulté

 

a) privilégier la mise en contexte

hier j'ai...

 

b) mettre en relation avec ETRE et VOIR

 

c)  partir de la communication oral, éventuellement rectifiée,  si tel verbe se conjugue avec AVOIR ou ETRE ?

 

- théorie linguistique : les verbes transitifs se conjugent avec avoir ; le critère est donc possibilité de COD ; pour les verbes intransitifs, l'auxiliaire est AVOIR si le sens est "imperfectif" ; le verbe exprime alors un procès sans limitation de durée (ex. je mange, je marche, je travaille, etc) ; par contre les "perfectifs" i.e. les verbes qui expriment un procès à limitation interne se conjuguent avec ETRE (ex: arriver, sortir) ; cette théorie est évidemment inutilisable avec les enfants...

 

- autres solutions :

 

l'usage ; ici faire apprendre par coeur ?

 

remarquons que les verbes les plus nombreux se conjuguent au passé composé avec l’auxiliaire « avoir », le participe restant invariable ; quant aux verbes qui font leur passé composé avec « être », il n’y en a pas beaucoup mais ils sont très fréquents, ce qui facilite l’apprentissage. Là encore l’oral est une aide puissante pour l’apprentissage.

 

 

 

5.  Le passé simple.

 

conjuguer le passé simple de APERCEVOIR - VENIR - GRANDIR - CHANTER

 

ici encore le partage se fait entre les verbes dits du 1°groupe, infinitif en -ER et les autres

 

verbes en -ER

 

les marques du temps à l'écrit sont :

-ai  -a 

les marques de nombre et de personnes sont :

- , -s, -, - mes, - tes, -èrent

 

 verbes en -IR (2°groupe)

 

les marques du temps à l'écrit sont :

- i

les marques de nombre et de personnes sont :

-s  -s  -t,  puis idem

 

verbes du 3°groupe

 

es marques du temps à l'écrit sont :

- i

- u

-in

les marques de nombre et de personnes sont :

-s  -s  -t,  puis idem

 

Le problème du passé simple c’est aussi la BASE. On peut constater une certaine correspondance entre la base du passé simple, et celle du participe passé (pris, je pris / dit, je dis / mis, je mis / couru, je courus) mais elle n’est pas assez systématique pour conclure à une « règle »…

 

A noter qu'il suffit en lecture-écriture de connaître les formes 3 et 6 ; on trouve aussi 1 et 4 en lecture, mais pas trop dans les textes que les élèves ont l’occasion d’écrire ; 2 et 5 n'apparaissent jamais dans la langue écrite actuelle. Racine en fit cependant un usage magnifique dans ces beaux vers :

 

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée…

 

Mais Phèdre n’est pas encore au programme !

 

 

6.  Le conditionnel présent

 

Les désinences du conditionnel présent sont la combinaison des désinences du FUTUR et de l'IMPARFAIT. Les élèves peuvent faire cette observation…

 

Aujourd’hui les linguistes le considèrent  comme un temps et non pas comme un mode. Voir la démonstration, sans appel, dans la Grammaire méthodique du français, pp. 315 en bas et suiv.

Mais comme cette question de classement n’est pas primordiale au cycle 3, on peut sans dommage continuer de le ranger  à l’école parmi les modes. Pas la peine de faire des révolutions inutiles.

 

 

 

 

Modes autres que l'indicatif.

 

a) L’IMPERATIF :

 

conjuguer à l'oral et à l'écrit CHANTER, GRANDIR, PRENDRE, ETRE, AVOIR, SAVOIR

 

remarques :

 

- seulement 3 personnes ; une anomalie source d’une erreur d’orthographe fréquente, même chez les adultes lettrés : pour les verbes en -ER, la personne 2 est non marquée : elle ne présente pas ce « s » qui est tellement systématique ! (CHANTE et non * CHANTES) !  ce qui n'est pas le cas pour les autres groupes (PRENDS ! FINIS !).

 

- pour certains verbes très fréquents, la base est le subjonctif présent : « sache », « veuillez » ; les élèves peuvent rencontrer ces formes dans leurs lectures ; « faites » est une exception qu’il faut inculquer ; le « ne * faisez pas de bruit ! » concurrencera longtemps la forme canonique !

 

b) LE SUBJONCTIF :

 

conjuguer CHANTER, BALAYER, GRANDIR, SORTIR

 

- les désinences ressemblent à celles des verbes du 1°groupe à l'indicatif présent, mais IONS, IEZ en 4 et 5

- les personnes 1,2,3,6, du présent du subjonctif sont formées sur la base de la forme 6 du présent de l'indicatif

- les personnes 4 et 5 du subjontif présent sont identiques aux formes 4 et 5 de l'imparfait de l'indicatif.

 

c) LES PARTICIPES

 

Par pure convention, on les appelle « présent » et « passé », probablement parce que le participe passé exprime un « accompli » alors que le participe présent exprime un « non accompli ». Mais avez-vous remarqué cette  bizarrerie : alors que le participe présent a un sens « actif », le participe passé a très souvent un sens « passif » ?

Ex : un verbe conjugué = passif / en conjuguant = actif …

 La terminologie attirant notre attention sur le « temps » et cela sans pertinence réelle, cette significative différence passe inaperçue.

Que peut-on faire des participes avec les élèves dans le domaine de la morphologie verbale ?

Les participes présent en –issant permettent d’isoler la classe des verbes du 2° groupe voir ci-dessus)

Inutile d’insister sur la fortune du participe passé dans l’enseignement de l’orthographe. On attend l’économiste qui en chiffrera un jour le coût en euros, et cela avec une rentabilité douteuse. On travaillera déjà plus efficacement en sériant les problèmes. Ainsi le /t/ final de « construit » n’est pas une terminaison verbale, mais la fin de la « base » ; ce /t/ se maintient et s’entend au féminin (« construite »), mais il apparaît aussi, avec des réalisations phoniques différentes dans « constructeur » et dans « construction ».

On le souçonne, tout un pan de la traditionnelle « conjugaison » peut s’apprendre par le vocabulaire…

 

ET LES VERBES IRREGULIERS ?

 

Dans les formations où il m’arrive de présenter ces éléments de morphologie verbale, je présente souvent le verbe « aller » qu’on pourrait ranger, sans y faire attention, dans la classe bien disciplinée des verbes du premier groupe. Or ce verbe est particulièrement…indocile. Au présent, ses terminaisons sont atypiques… et il n’est pas facile de les distinguer des bases. Quant à ces dernières, il y a en a deux au présent, et elles ont des radicaux différents : je « vais » vient de « vadere » verbe du bas latin (« vade retro satanas ! »°, et « nous allons » vient du latin plus classique « ambulare » (marcher, qui a donné « ambulance »). Et pour faire bonne mesure, le futur « j’irai » comporte une base –ir qui vient d’un troisième verbe latin « ire »…

Et que dire de la conjugaison des verbes « avoir » et « être » qui sont des monstres… ?

 

Heureusement ces verbes très irréguliers sont aussi les plus fréquents. Leur apprentissage va donc être facilité par la communication orale. C’est donc bien EN PARLANT qu’on apprend à conjuguer. Mais pas seulement en parlant, puisque la transcription écrite pose des problèmes spécifiques. Il y a donc aussi un espace, à l’école élémentaire, pour l’apprentissage « par cœur », la mémorisation. A condition de bien cibler cette partie de l’apprentissage.

 

Pour mémoire, voici un tableau des verbes français les plus fréquents :

 

 

En conclusion

 

- la répartition des verbes en 3 groupes sur la base de l'infinitif n'est pas vraiment pertinente pour l'apprentissage des conjugaisons

 

- il y a lieu de faire d'autres regroupements, plus partiels

 

- les marques de nombre et de personne sont les plus stables dans le système ; pour les formes 1,2,3 il y a 2 grandes classes, opposant les verbes en -ER à tous les autres ; pour les formes du pluriel, on a quasiment toujours ONS, EZ, ENT

 

- il est plus difficile de classer les verbes en fonction des variations de la base ; mais pour cela il convient de s'appuyer sur l'oral ; le plus souvent la base s'entend, et l'enfant possède déjà une compétence

 

-         didactiquement, les enfants gagneront à prendre conscience des grandes régularités, qui doivent être "apprises" ; il reste ensuite une série de "problèmes" ; une manière intéressante de travailler pourrait être alors, justement,  la situation problème ; les enfants seraient invités à réfléchir sur des cas difficiles ; à rechercher des solutions, en se servant éventuellement du dictionnaire ; en formulant des règles qui gagnent à  être présentées, surtout au début,  comme provisoires.

 

-         pédagogiquement, la mise en œuvre de ces principes laisse une considérable marge d’inventivité aux maîtres. Au cours du module de nov-dec 2005, nous avons évoqué non seulement le « cahier de règles », mais aussi des outils plus créatifs, à base de boîtes, d’étiquettes, d’éléments amovibles. Nous aurions intérêt à mettre ensemble toutes nos idées, avec le concours ici indispensables, des praticien(nes)…

 

 

 

 

 

Bibliographie :

 

RIEGEL, PELLAT, RIOUL, La grammaire méthodique du français, PUF, 1994

(cette grammaire très complète, fondée sur les acquisitions de la linguistique, existe en livre de poche ; élaborée par des universitaires strasbourgeois, elle est émaillée d’exemples évoquant la vie en Alsace ; on trouvera « Sa femme lui a mijoté un bon coq au riesling » sur la même page que « ces corsages légers et largement ouverts que je lui ai toujours connus »… » (Gide)… (page 226)

 

COMBETTES, FRESSON, TOMASSONE, Bâtir une grammaire, 6°, Delagrave, 1977

(je cite cette collection, épuisée depuis belle lurette : destinée aux élèves et aux maîtres, elle a contribué à ma formation, et transformé ma façon d’enseigner la conjugaison en 6° ; l’observation réfléchie de la langue ne date pas d’aujourd’hui ; de ce point de vue la décennie 70-80 avait été étonnamment productive !)