Orthographe lexicale et grammaticale – Conjugaisons

voir un cours plus systématique

 

contexte :

un module de formation continue : « outils de l’élève pour l’observation réfléchie de la langue »

 3 mars 2006

 

Retour à l’arbre des informations à propos de l’éléphant dans deux numéros du Petit Quotidien (jeudi)

 

 

 

I – REPERAGES

 

Les branches  QUOI ? et POURQUOI ? font apparaître les verbes.

 

C’est par le report sur des branches de listes de phrases que les élèves entrent dans l’observation réfléchie des verbes : morphologie et emploi des temps.

 

a)                Le « quoi ? » fait apparaître le présent et le passé composé / il !’ ils

 

On revient à l’oral, puis à l’écrit sur les commentaires des images ; les élèves ajoutent des phrases qui ne sont pas écrites

 

les éléphants déménagent

 

ils ont endormi les éléphants

ils les ont attachés

ils les ont mis dans des camions

ils les ont hissés

il les ont  montés

ils ont déplacé les éléphants

 

un vétérinaire a endormi l’éléphant !’ il lui a fait une piqûre (le mot « vétérinaire » - facile du point de vue grapho-phonique - a pu être repéré sur la une du 10 mai 2005 : « un panda a été sauvé par des vétérinaires »

 

dans le nouveau parc

 

ils nourrissent les éléphants

ils les soignent

ils leur donnent à manger

ils leur préparent des repas

ils leur donnent  des biberons

ils leur donnent un prénom

 

sur la photo un monsieur nourrit un éléphant !’ il lui donne un biberon

 

C’est en construisant leurs listes que les règles sont d’abord appliquées intuitivement. De la comparaison des productions, ou de leurs rectifications se dégagent deux régularités :

 

·  le temps : ils endorment les éléphants / ils ont endormi les éléphants

·  il nourrit les éléphants / ils les nourrissent

·  il attache les éléphants / ils les attachent

 

On prend le temps de verbaliser ce que l’on observe : un seul / plusieurs ; avec le verbe « nourrissent » on entend la différence avec « nourrit » ; mais avec « attache » et « attachent » on ne l’entend pas.

 

b)                les « pourquoi ? » permettent de travailler l’imparfait

 

toujours selon la même démarche : relecture des phrases produites, et on peut ajouter d’autres phrases

 

des braconniers tuaient les éléphants

les éléphants étaient trop nombreux

ils devenaient violents

ils brisaient les enclos

ils détruisaient les villages

ils cassaient tout

 

La logique de l’ORL

 

Comparer ces observations à l’ordre de l’apprentissage

 

-  dans les progressions des classes des collègues

-  dans les ouvrages (grammaires, mémentos, dictionnaire

-  dans les manuels récents

 

Réflexion sur la notion de « complexité » : sur quels implicites repose la focalisation du le présent de l’indicatif ? pourquoi le traitement du passé composé est-il souvent différé ?

 

 

 

 

 

II – APPRENTISSAGES

 

1.                       Le passé composé : l’ORL c’est aussi réfléchir à la PROGRESSION

 

Comparer les formes à l’oral et à l’écrit pour « attacher » et « mettre » :

              

 

 

1

[z

e

ataSe]

[mi]

j’

ai

attaché

mis

2

[ty

a

tu

as

3

[il

il

a

4

[nuz

[ôn

avô

a

nous

on

avons

a

5

[vuz

ave

vous

avez

6

[ilz - iz

ô

ils

ont

 

Observation à l’oral

 

A l’oral, les formes du passé composé sont bien différenciées : il y a 5 formes différentes pour les 3 personnes du singulier et du pluriel.

C’est un « temps composé », mais c’est là une notion qui suppose une représentation de l’écrit. Pour l’enfant c’est un temps qui se signale par le début de la forme, et non pas par la fin (la « terminaison ») des temps simples.

Pour un même verbe (ici « attacher » et « mettre », la forme verbale qui porte le sens (le participe) est constante (c’est toujours la même forme) et elle est invariable à l’oral dans la plupart des contextes.

Pour des verbes différents, la formation du participe passé à l’oral pose un problème théorique… mais pas dans la pratique, car s’agissant de verbes employés dans des situations de discours, soit l’enfant les possède (« mis » ne pose pas trop de problèmes pour un locuteur natif), soit l’enfant les apprend (dans la dynamique des échanges).

 

Observation à l’écrit

 

A l’écrit, idem. Cette fois on a 6 formes pour les 3 personnes du singulier et du pluriel. Elles sont relativement transparentes du point de vue grapho-phonique.

Pour des milliers de verbes, ce paradigme est le même. Il convient donc de l’apprendre par cœur dès le début du CP ( par la « voie directe » = repérage d’une grande régularité orthographique, entrant dans la composition d’un très grand nombre de formes !’ ce n’est pas du « global »).

S’il fallait tout de même maintenir un « cahier de règles » au sens strict, et au cycle 2, on pourrait y mettre la conjugaison du verbe auxiliaire AVOIR au présent de l’indicatif.

L’orthographe du participe pose effectivement un problème, mais non pas de « conjugaison », mais d’orthographe lexicale.

Il y a tout de même une régularité remarquable : tous les participes du premier groupe se terminent par /é/. Ceci peut s’enseigner dès le CP.

Le problème de « mis » et de « nourri » ne fait pas l’objet d’un apprentissage systématique au cycle 2. On le corrige, on le justifie ponctuellement, on ne fait pas encore d’exercice. Il faut d’abord bien installer ce qui est systématique.

 

La question du passé composé avec le verbe être.

 

Elle concerne un petit nombre de verbes, mais très fréquents (arriver, venir, tomber, descendre, monter, etc…)

Là encore un exemple typique d’une analyse du problème différente selon le point de vue. Théoriquement, la sélection de l’auxiliaire « être » et non « avoir » pour ce petit nombre de verbes pose un problème absolument hors de portée même d’un adulte expert ! mais c’est l’usage pratique qui tranche. Avec les enfants, on s’appuie sur cet usage, qui est d’abord oral, et on rétablit la norme si nécessaire.

On peut refaire la même démonstration à l’oral et à l’écrit avec l’auxiliaire « être ».

En revanche la terminaison de participe, à l’oral et à l’écrit, n’est pas invariable. Il y a accord en genre et en nombre, et selon les verbes, on entend ou on n’entend pas cet accord.

Mais ce n’est pas un problème de conjugaison, mais d’accord, qui gagne à être traité en même temps que la chaîne des accords dans le groupe nominal.

 

Exemple :

 

Les lettres sont arrivées hier !’ les lettres arrivées hier

 

Il est très important de bien installer cette autre grande régularité… avant de placer les élèves en situation de choix entre les deux fonctionnements des passés composés ; c’est cependant ce qui est fait très souvent.

Ici c’est un cas d’ORL « pour le maître » : à lui d’observer la langue, pour bien regrouper les apprentissages.

 

2.                       L’imparfait : l’ORL c’est aussi donner aux enfants des repères systématiques

 

Voir la synthèse faite pour le stage précédent

 

On peut partir de l’imparfait, temps beaucoup plus systématique que le présent pour un premier repérage des bases et des terminaisons.

 

La démarche permet quelques  observations :

 

-  l’imparfait est une forme mieux marquée à l’écrit qu’à l’oral (5 formes différentes à l’écrit, contre seulement 3 à l’oral)

-  les terminaisons sont toujours les mêmes quelles que soient les « groupes »

-  les éléments qui figurent à gauche des terminaisons sont propres aux radicaux des verbes ; nous les appelons des BASES

-  on les fabrique assez systématiquement avec la base de la forme 4 (nous) de l’indicatif présent.

 

A partir de ces clarifications, on peut faire une description systématique du présent, à l’oral et à l’écrit.

Et on voit alors que le présent de l’indicatif, qui figure en tête des progressions, et qui reste très fréquent dans les textes didactisés du cycle 2, est quand même un temps assez complexe !

 

Pour aller plus loin, voir la fiche « didactique des conjugaisons ».

 

La consultation de cette fiche est nécessaire pour bien distinguer BASES et TERMINAISONS, ce qui est à l’école primaire de la plus haute importance.

 

Les bases sont aléatoires, dépendantes de chaque verbe, mais les élèves les apprennent EN PARLANT.

 

Les terminaisons relèvent surtout de l’écrit. En général on ne les entend pas , mais ELLES SONT SYSTÉMATIQUES.

 

Quels outils construire pour des paradigmes de conjugaison ?

 

-  on peut essayer une fois de plus les cartes mentales (à vous d’essayer : je ne voudrais pas abuser !)

 

-  mais on peut aussi conserver les tableaux (voir ci-dessus le tableau du passé composé)

 

-  on peut imaginer des étiquettes amovibles

 

L’essentiel, c’est de bien distinguer les bases et les terminaisons, et de ne pas porter atteinte à un système somme toute simple, celui des terminaisons, en les mélangeant avec les bases.

 

De nécessaires rectifications

 

De ce point de vue des découpages très souvent observés dans les affichages des classes nécessitent tant du point de vue de la linguistique que de l’apprentissage quelques retouches.

 

Exemples :

 

a)                       le verbe « finir » 

 

Tableau souvent observé

Tableau rectifié

fin

is

fini

s

is

s

it

t

issons

finiss

ons

issez

ez

issent

ent

 

où l’on voit que pour les verbes de cette série, ce qui varie par rapport aux verbes dits du 3° groupe, ce n’est pas la terminaison, mais seulement la base. Le fait qu’il existe moins de 200 verbes en français qui fabriquent leur base de cette façon (on la retrouve aussi au participe présent « finissant ») a justifié leur classement dans un 2° groupe non justifié du point de vue de la terminaison. La présentation souvent observée a un double inconvénient : elle mélange base et terminaison (ce que j’essaye de montrer avec les couleurs). Et surtout elle embrouille l’apprentissage en introduisant dans le système des « terminaisons » propres à un petit nombre de verbes.

 

a)                      le verbe « prendre »

 

Tableau souvent observé

Tableau rectifié

pren

ds

prend

s

ds

s

d

ons

pren

ons

ez

ez

prenn

ent

prenn

ent

 

Où l’on voit que le même problème se repose. Et pourtant le /d/ appartient là aussi à la base et non pas à la terminaison. Ici le problème vient de la 3° personne du singulier. On considère souvent qu’en l’absence du /t/ c’est le /d/ qui est la terminaison. Il n’en est rien. Le /t/ qui est une terminaison systématique est bien là, mais tel un fantôme. En effet, à cause d’une règle qui concerne le niveau des graphèmes, une terminaison /t/ qui suit un /d/ lié à la base ne s’écrit pas ; où si l’on veut, « il tombe ». Tous les verbes en « dre » ne fonctionnent  pas de cette façon. Pour certains (verbes en –eindre ou en –aindre) il n’y a pas de /d/ à la fin de la base, et ans ce cas, on écrit : crain-s, crain-s, crain-t.

 

Une preuve que le /d/ appartient à la base et non pas à la terminaison peut apparaître si on considère la conjugaison du verbe perdre :

 

 

 

Le verbe PERDRE au présent de l’indic.

perd

s

perd

s

perd

perd

ons

perd

ez

perd

ent

 

Il ne nous viendrait pas à l’idée de proposer /dons/ comme terminaison de la personne 1 du pluriel ! Et on a raison, mais dans ce cas, il faut en tirer les conséquences, et accepter que le /d/ qui termine la base au singulier appartient lui aussi à la base…

 

 

 

paradigme : mot-type qui est donné comme modèle pour une déclinaison, une conjugaison (Petit Robert). On peut parler en ce sens du présent du verbe « finir » comme paradigme de la conjugaison des verbes du 2° groupe. Mais en linguistique, le mot désigne aussi « l’ensemble des termes substituables  en un même point de la chaîne parlée » (sens 2 dans le Petit Robert). En ce sens la liste des « petits mots » qui peuvent précéder le nom forme le « paradigme », ou encore la « classe » des déterminants.