Les « Justes » au Panthéon : comment en parler ?

 

 

Dossier de presse

 

 

1.                       Les faits.

 

On peut utiliser une dépêche AFP, très facile à récupérer sur internet, en allant soit directement sur le site AFP grand public, soit sur le site d’un quotidien régional ou national.

 

Voici le début de la dépêche récupérée sur le site du Monde (18 janvier 07 – 9h35) :

 

Le Président de la République va rendre hommage, jeudi 18 janvier, aux « Justes de France », lors d’une cérémonie prévue à 18 heures au Panthéon, un lieu emblématique, conservant la trace de ceux qui ont marqué l’histoire de France.

Les Justes sont ceux qui, durant la seconde guerre mondiale, ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs persécutés.

 

A part l’adjectif « emblématique », que l’on peut supprimer, la dépêche peut pratiquement être donnée sous cette forme authentique à des élèves de cycle 3. Les mots « cérémonie », « persécutés » seront justement appris à l’occasion de cette info. Il n’y a donc pas lieu de les éliminer.

Se rappeler qu’un article informatif se prête plus facilement à une réécriture didactisée qu’un extrait d’ouvrage littéraire, même si l’opération doit être effectuée avec soin et discernement.

 

La dépêche est construite selon les règles du genre, qui sont aussi une grille de lecture avec les élèves.

Dans le premier paragraphe figurent toujours les réponses aux questions OU, QUAND, QUI, QUOI ?

La dépêche s’en tient aux FAITS et ne fournit aucun commentaire.

Le second paragraphe fournit des informations supplémentaires et ainsi de suite. La dépêche est construite de telle façon que la lecture peut être arrêtée à n’importe quel niveau de la dépêche : ce qui précède sera toujours compréhensible.

 

2.                       Le questionnement

 

La lecture de la dépêche peut faire fuser dans la classe des représentations, des savoirs déjà partiellement constitués, et des zones de non savoir.

 

On peut aussi partir d’images. Par exemple le timbre qui a été émis pour la circonstance.Ce timbre, qui représente le Panthéon, n’est peut-être pas très parlant. Mais on apprend en allant sur le site qu’un autre timbre était prévu, retiré en dernière minute, pour des raisons non élucidées (volonté du Président  Chirac?). Voici les deux timbres :

 

  
à gauche , le timbre finalement retenu ; à droite le timbre éliminé au dernier moment, la veille de la commémoration.  

 

 

L’étoile juive ouvre un champ possible de récits, ceux que certains enfants connaissent déjà par bribes, et ceux que le maître pourra apporter.

L’arbre est énigmatique. Est-ce la raison pour laquelle le timbre a été retiré ? Mais on apprend, toujours par les philatélistes, qu’en Israël, la coutume est de planter un arbre pour chaque Juste ajouté à la liste.

 

En règle générale, les timbres permettent toutes sortes de découvertes historiques… à condition de les regarder à la loupe, au propre et au figuré. Les timbres retirés ou retouchés sont aussi intéressants que ceux qui sont commercialisés. Et on peut demander aux élèves, en connectant l’approche de langue, l’approche historique, et les arts visuels, d’imaginer et de réaliser, à leur façon, des projets de timbres pour commémorer, selon leur propre regard, tel souvenir historique, tel personnage, ou tel événement de l’actualité.

 

3.                       Les savoirs du maître.

 

L’idée de parler aux enfants d’un tel sujet peut d’abord susciter en nous le désir d’aller au-delà du simple événement.

 

A chacun d’enrichir ces faits à partir de sa propre culture. Les sites des journaux fournissent des informations complémentaires, permettant de contextualiser l’information… et de ne pas être trop vite pris au dépourvu si les enfants nous posent des questions.

 

Ainsi, par exemple, j’ai découvert sur le site du Quotidien La Croix, une explication assez complète de l’origine de l’expression « Justes parmi les nations ».

 

Dans le Quotidien Le Monde, un très bel article de Henri Bartoli, lui-même reconnu comme un « Juste », est totalement hors de portée des élèves. Mais sa lecture nous permet de cadrer l’information en la situant par rapport à la conception dominante de l’Histoire, qui est aussi celle que nous inculquons aux élèves. C’est l’Histoire des grands hommes. Or les « Justes » ont été pour la plupart des gens du peuple, très souvent des paysans très simples. Autre caractéristique, ils ont été nombreux. Le président de la République, d’ailleurs, rendra hommage, non seulement à ceux que l’Etat d’Israël a officiellement reconnus, mais à une foule d’anonymes.

 

4.                       Comment continuer ?

 

La Shoah et au programme du cycle 3. Mais l’enseignement de cette page noire de l’histoire du XX°siècle pose de gros problèmes.

 

Je n’entre pas ici dans le détail, puisqu’à l’occasion de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, en janvier 2005, les journaux pour enfants avaient publié des dossiers sur cette question. J’avais essayé d’en faire une étude comparative, qui est en ligne.

 

Dans le dernier volet de cette étude, une page fournit des pistes pour travailler sur cette délicate question, sans traumatiser les enfants, mais sans pour autant édulcorer les faits. La solution, c’est de passer par les récits vrais, mettant en scène les aventures, parfois tragiques, parfois se terminant bien, d’enfants de la Shoah. Il existe une série d’ouvrages de jeunesse qui explorent cette direction. Vous trouverez notamment une présentation de

-  L’étoile d’Erika, Ruth VANDERZEE et Roberto INNOCENTI, Milan Jeunesse, 2003

-  Oubliée, de Eva ERBEN, coll. Maximax de l’Ecole des Loisirs

Le second ouvrage est particulièrement intéressant pour faire comprendre aux enfants, non seulement l’horreur des camps, que la narratrice a connus, mais aussi la réalité non moins historique d’une famille de paysans polonais, qui au péril de leur propre vie, recueillent la petite fille, la cachent, la nourrissent, et finalement la rendent à des survivants de sa famille, sans même chercher à savoir quelle est son origine.

Ces deux ouvrages sont présentés sur la page citée ci-dessus. L’apport se termine par d’intéressantes contributions de T1 de 2005, auxquels le dossier de presse sur la libération des camps avait été proposé et qui avaient eu ainsi l’occasion de faire part de leurs propres tentatives dans ce domaine.

 

Ce sont les israëliens qui ont été pionniers dans le domaine de l’éducation à la Shoah, et c’est avec l’expérience de l’Association Yad Layeled

http://www.yadlayeled.org

que l’Education Nationale a conçu une mallette où vous pourrez trouver d’autres ressources quand vous déciderez de vous lancer. Cette mallette est en prêt au CDDP de Guebwiller.