Qu'est-ce qui intéresse les enfants de maternelle ?

contexte : réflexion du formateur après une séance à l'IUFM le 6 février 2006

Quelques-unes de vos réactions lors de notre séance de ce lundi 6 février, avec un effectif réduit, pour cause de "semaine de mobilité", m'ont questionné. Je vous livre très brièvement mes réflexions.

Voici d'abord quelques supports sur lesquels nous avons travaillé :

Nous avons regardé de près et lu à haute voix cet album de Pierrick BINSINSKI : C'est à moi ! (L'école des loisirs). Celui-ci fonctionne tout entier sur la relation fils-père... et sur des stéréotypes sociaux. Les lunettes, c'est pour papa, qui lit le journal, assis dans son fauteuil. Et maman dans cette histoire ???

Ci-contre un album qui a seulement été mentionné : il s'agit d'un ouvrage de Toshi YOSHIDA, L'école des loisirs.Il en existe d'autres, par exemple "La première chasse", "Souvenirs", "De la part de papa", "Près de la termitière", etc. B.DEVANNE dans son ouvrage "Conduire un cours préparatoire" (Armand Colin, 1995) présente un projet "animaux d'Afrique", où cette série tient une grande place.

Toshi YOSHIDA, graphiste japonais , est né en 1911. Il passa une grande partie de sa vie à voyager et à engranger les spectacles du monde. Le scanner ne permet pas de donner une idée des illustrations raffinées, le plus souvent en double page, qui donnent la sensation de l'immensité de la savane. Mais les récits de Yoshida sont aussi des merveilles de poésie et d'exactitude zoologique. Les anthropomorphismes sont réduits au stric minimum. Les animaux ne sont désignés que par des relations de parenté... Un extrait de "De la part de papa" en donne une idée. Voir le lien ci-dessous

Ci contre, à gauche, la une des DNA de ce jour, 6 février 2006. L'édition du lundi fait toujours la part belle aux sports. La une est consacrée à l'événement sportif de dimanche : l'équipe française de handball à nouveau championne d'Europe.

Ci contre à droite deux journaux quotidiens qui viennent du bout du monde. L'édition du 7 juillet 2005 de l'Observateur de Ouagadougou, commente de façon narquoise l'échec de la candidature de la France aux Jeux Olympiques. Et le Vanuatu Independent du 4 décembre 2005 évoque l'éruption imminente du volcan Manaro sur l'île d'Ambae, dans le Pacifique Sud.

un extrait de "De la part de papa" (uniquement le texte)

Commençons par les journaux. L'idée d'exploiter la une du jour des DNA a beaucoup surpris le groupe. A priori les enfants de maternelle, même ceux de la grande section, n'éprouvent aucun intérêt pour les nouvelles sportives. Le football à la rigueur, mais le handball certainement pas ! Peut-être le groupe a-t-il raison. Mais ce qui m'a laissé perplexe, et ceci m'a poursuivi au-delà du cours, c'est l'argument qui a été avancé : du fait que cette information sportive avait échappé à la quasi totalité des présents, le groupe a considéré qu'elle ne pouvait pas intéresser les enfants. Il y a là ce qu'il faut appeler intellectuellement un présupposé, et qu'il faudrait au moins questionner ! Symétriquement, un deuxième fait qui m'a frappé, et dont je n'ai pas fait état, c'est la façon dont le groupe a considéré les journaux de pays lointains que j'avais étalé sur les tables. Aucune question n'a été posée concernant ces produits culturels. Non pas que le groupe n'y ait pas vu un intérêt. Mais cet intérêt est resté prisonnier de la sphère "scolaire", se portant essentiellement sur les aspects formels, et sur la diversité des alphabets. Personne ne m'a demandé, par exemple, comment je me les étais procurés. Personne n'a commenté ce titre où Chirac était brocardé par des journalistes africains. Personne n'a cherché à savoir de quel pays arabe vient le journal El Hayat. Bref, aucune vraie question de vrai lecteur n'a été posée.

Continuons par les albums. L'essentiel de notre séance, à peu près deux heures et demie, a été consacrée à ces objets d'incontestable culture. Nous les avons lus à haute voix, nous les avons commentés. Et là, contrairement aux journaux, la question de l'intérêt de ces ouvrages ne s'est pas posée du tout, sinon en termes d'adaptation des albums proposés en fonction des trois niveaux de la maternelle. Mais l'évidence d'un intérêt éprouvé par des enfants pour des lunettes ou des chaussures empruntées à papa, ou pour des animaux sauvages ou de cirque, n'a pas fait un pli. Nul besoin de se poser des questions, à propos de pareilles "évidences". C'EST CETTE ABSENCE DE QUESTIONNEMENT QUE JE VOUDRAIS QUESTIONNER ! Comme si, à l'école, la motivation des enfants pour apprendre était dans les objets d'apprentissage, et non pas dans le mouvement qui porte l'enfant vers cet objet. Comme si le maître pouvait se contenter de travailler avec des supports en quelque sorte "clé en mains", et se dispenser de construire laborieusement cette "culture commune" (évoquée dans un beau texte de Grandaty, que nous avions lu lors de notre première séance consacrée au cycle 1) , et comme si ce travail n'était pas un préalable indispensable à tout échange culturel, dans une classe de maternelle... ou à l'IUFM !

Du coup j'ai réintégré cette une dans DNA dans la fiche "presse en maternelle". J'aimerais que vous réfléchissiez à ces questions, et qu'éventuellement vous m'écriviez pour me dire ce que vous en pensez !

JMM.