27 janvier 2005 :

La commémoration de la libération d’Auschwitz

dans la presse enfantine d’information

 

contexte : stage de formation continue néotitulaires français-histoire - 2005 - © J-Marc Muller

 

 

Cette page contient :

 

 

Ø  une analyse des articles

Ø  un outil d’analyse de photos de presse à partir de la sémiotique de Peirce

Ø  quelques propositions pour aborder cette question à l’école primaire

 

 

 

Analyse des articles

 

Pour informer les enfants de 6 à 12 ans sur l’actualité, il existe dans le paysage de la presse écrite française quatre titres. Deux sont de vrais journaux quotidiens, lancés par le groupe Play Bac. Le Petit Quotidien s’adresse aux lecteurs « dès 7 ans », et il est relayé par Mon Quotidien, journal « pour les 10-14 ans ». S’adressant aux lycéens, L’Actu, troisième produit de Play Bac,  n’est pas directement inclus dans cette étude, mais son approche, qui pose question, sera prise en compte. Les deux autres titres sont des hebdomadaires. Le Journal des Enfants (JDE) fait partie du groupe Société Alsacienne de Publications (L’Alsace). La tranche d’âge n’est pas précisée, mais elle correspond au cycle 3 des écoles et au collège. Les Clés de l’actualité Junior présente « l’actualité expliquée aux 8/12 ans ». Ce titre appartient au groupe Milan Presse, entré depuis novembre 2003 dans le giron de  Bayard.

Chacun de ces journaux a fait une large place à la commémoration de la libération des camps de la mort, sujet délicat s’il en est, plus difficile à traiter avec des enfants que le tsunami ! L’exploration de ces pages de presse confirme ce que nous savions déjà : ce sont d’authentiques journaux d’information, qui s’efforcent de présenter à leur public une actualité sans fard, tout en recherchant la meilleure adaptation à leur lectorat spécifique. Mais la comparaison fait aussi apparaître de significatives différences dans le traitement de cette actualité. S’agissant de la mémoire de la Shoah, elles renvoient à la pluralité des lectures historiques, correspondant à des positions éthiques, voire politiques non identiques, donc aux débats des adultes. De ce point de vue, on peut difficilement  parler de presse d’information de jeunesse, puisque tous les sujets d’actualité sont abordés et les cadres d’intelligibilité sont les mêmes que dans la presse adulte.

Cette question en renvoie à d’autres, plus professionnelles. Est-il légitime d’aborder un tel sujet dès l’école primaire ? Et si oui, avons-nous les moyens de le faire : la légitimité n’entraîne pas nécessairement la possibilité ! Les journaux d’information pour enfants peuvent être des inducteurs, mais ils n’ont pas vocation didactique ni pédagogique, même s’ils cherchent à prendre cet aspect en compte[1]. Par rapport à la première question, les IO de 2OO2 sont claires. Le XX° siècle constitue la 6° période à étudier, et il débute significativement par la première guerre mondiale. Voici  un extrait du texte officiel  : le contraste est grand entre l’ampleur des progrès scientifiques et techniques qui entraînent d’incontestables améliorations de vie pour la majorité des Français et des Européens et la violence du siècle marquée par les massacres et les formes les plus extrêmes de l’intolérance et de l’exclusion contre lesquelles s’élèvent les voix de quelques grandes personnalités. Et le programme prévoit explicitement une ouverture sur la Shoah : la planète en guerre: l’extrême violence du siècle ; l’extermination des juifs par les nazis : un crime contre l’humanité. Concernant la faisabilité, la question touche plusieurs disciplines de l’école primaire, et notamment la langue et la littérature. Mais surtout, elle a un autre aspect qui a été bien vu par les groupes de T1 auquel cette étude de presse  a été proposée. Tous les enfants, même au CM,  ne sont pas prêts pour entrer dans un tel sujet. Une évocation trop précise a pu susciter des cauchemars, et dans un cas au moins, recensé dans l’un des groupes de T1, un élève en a parlé. Lorsqu’on a dans la classe des enfants qui sont manifestement en souffrance, on peut décider de ne pas « traiter » ce sujet. Mais les T1 ont été d’accord aussi pour considérer qu’ il faut être prêt aussi pour apporter une parole si la question vient.

Dans la dernière partie de cette contribution, on essayera de proposer quelques pistes ; ce seront des passerelles pour aller de l’information médiatique, souvent abrupte, à une approche plus distanciée, du côté de la littérature, ou plus exactement des « fictions vraies ».

 

Le Petit Quotidien (N°1674 – 27 janvier 2005)

 

La une.

Rappel : ce terme technique est attesté dans le dictionnaire ; son emploi remonte à 1890 ; il convient de l’employer, et on peut le faire sans guillemets.

 

Titre : Il y a 60 ans, un « camp de la mort » était libéré.

 

Sous-titre : Le 27 janvier 1945, le camp d’Auschwitz était libéré. C’était un endroit où 1 million de Juifs ont été massacrés sur l’ordre d’Hitler, le chef allemand.

 

Comme le veut la maquette de la une, c’est le personnage de Scoupe qui présente l’info (le titre est une bulle). Ce jour, Scoupe porte l’habit rayé du déporté derrière une rangée de barbelés ; le dessin redouble la photo de une.

 

Photo de une : en noir et blanc une photo assez connue de la libération du camp d’Auschwitz, avec la légende suivante : « Photo de prisonniers à Auschwitz (Pologne), prise au moment de la libération du camp en 1945 ». Elle est créditée AFP.

La légende n’indique pas qu’il s’agit d’une photo des archives russes, dont il paraît avéré aujourd’hui qu’elle n’est pas authentique. Les services soviétiques auraient pris ces photos quelques jours après la libération du camp, avec des acteurs qui ne sont pas seulement des détenus, à des fins de propagande, sans pour autant qu’il y ait falsification. Ce débat d’expert ne concerne pas les enfants du CP. Par contre la question de la signification de la photo pour des enfants de cette tranche d’âge en 2005 doit être posée. Plusieurs d’entre nous ont considéré que cette image était difficile à interpréter par des enfants du cycle 2.

 

Fiche découverte

 

Elle remplit entièrement la double page intérieure, et c’est une fiche documentaire « histoire » construite selon un modèle auquel les jeunes lecteurs du journal sont habitués. Sous le titre « 8 questions sur les camps d’extermination », la fiche essaye de « didactiser » Auschwitz, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes. L’image centrale représente au premier plan un soldat avec casque et fusil, tête de profil, regard méchant,  qui semble barrer la route à un groupe de civils de tous âges. Ils tournent donc le dos au sinistre bâtiment au portail rougeoyant, et cette lueur rouge est celle du ciel, avec des traînées de nuages rose, et de tout le fond de la fiche. Image angoissante, aussi parce que là encore elle est difficile à interpréter. Faut-il aller jusqu’à évoquer l’imagerie de l’enfer, comme l’idée nous en est venue dans le second groupe de T1 ? le terme « enfer » n’est pas employé dans le Petit Quotidien. On le trouvera par contre dans le dossier du JDE.

L’avertissement de Scoupe : « Attention, certaines images risquent d’être pénibles » concerne les images que les enfants verront peut-être à la télévision. Mais comment sera perçue cette fiche didactique,  qui donne ainsi à une interprétation cauchemardesque le même statut qu’un document sur la nature, les animaux ou les techniques ?

 

En lisant attentivement les textes accompagnant l’iconographie, on est frappé par le souci de la rédaction de répondre aux questions, sans les esquiver. Les explications fournies sont pédagogiques, et vont dans les détails. Le mode opératoire de l’extermination est décrit : « ils étaient conduits dans les chambres à gaz », des salles où on les tuait en les asphyxiant avec des fumées mortelles. Ensuite les corps étaient brûlés ».

Les victimes sont principalement les Juifs, information que donne la une ; mais la fiche découverte rééquilibre le vérité historique : « les nazis ont aussi tué des Tsiganes, des handicapés, des opposants à leurs idées ».

Les auteurs de l’extermination sont les « nazis », « dirigés par Adof Hitler ». Les allemands ne sont mentionnés qu’une seule fois, et dans un autre contexte : les batailles perdues à partir de 1944 par « l’armée allemande ».

La raison avancée de l’extermination est le « racisme » et « l’antisémitisme ». Le terme « racisme » n’est pas expliqué, mais sert pour expliquer « antisémitisme » : « racisme envers le Juifs ».

Ce sont donc des « personnes » qui ont décidé le massacre : Hitler d’abord, les « nazis » ensuite. Dans cette logique une vignette représente le procès de Nuremberg, qui par un choix rédactionnel certainement délibéré, occulte la condamnation à mort et l’exécution des chefs nazis : « les principaux nazis responsables ont été condamnés à de la prison ». En revanche l’événement du suicide de Hitler est explicité, ce qui entraîne d’ailleurs une explication du verbe « se suicider » : « se tuer ».

La fiche répond aussi à la question de la non-intervention des alliés. Réponse : « c’était la guerre, et ceux qui luttaient contre Hitler voulaient avant tout libérer les pays occupés par les nazis ».

Dans les « mots du dictionnaire », sont donc expliqués les mots : extermination (ici) : massacre systématique de la population juive ; Juif : explication un peu alambiquée : « qui appartient au peuple qui habitait par le passé, dans les régions aujourd’hui appelées sud de la Palestine et Israël » ; « antisémite » (voir ci-dessus) : « raflé » ; les « Tsiganes » sont un « peuple de l’Est ».

 

L’enfant est un être de « pourquoi(s) », et Le Petit Quotidien l’a bien compris. Les réponses avancées sont-elles pertinentes ?  Elles se focalisent sur des acteurs humains, et donc des facteurs psychologiques. Ces acteurs du drame sont  les « nazis », les méchants  en quelque sorte. L’interprétation passe à côté de ce qui est une spécificité de la Shoah : c’est un système, une industrie qui a broyé les hommes. Peut-on l’expliquer à des enfants de 7 ans ? La question est ouverte.

 

Comme toujours dans ce journal conçus pour les plus jeunes, la dernière page comporte une bande dessinée (de Philippe Malausséna) et elle porte sur Auschwitz : « les aventures de Scoupe et Tourbillon : trouver l’espoir ». Les deux héros visitent le camp. Scoupe s’attarde devant les barbelés sur lesquels sont perchés de petits oiseaux noirs. Tourbillon interpelle Scoupe. Scoupe : « Je regardais les petits oiseaux ». Tourbillon : « On visite l’un des plus affreux camps de la mort et toi tu regardes les petits oiseaux ?!!! ». Réponse : « Ben oui, ils me faisaient penser à une portée musicale… Sûrement une belle chanson, sur la liberté et l’espoir ». Passé l’effet de surprise (pour un lecteur adulte qui ne connaît pas Le Petit Quotidien), cette bande dessinée ne choque pas.  Nous sommes dans l’ensemble tombés d’accord pour considérer que, loin d’être déplacée, elle peut réparer l’angoisse du petit lecteur…

Cette échappée vers la poésie est d’autant mieux venue dans ce numéro soucieux de didactique. Or il n’est pas certain qu’avec les plus petits la Shoah puisse s’expliquer… On verra plus loin que, par contre, elle peut se raconter…

 

 

Mon quotidien (N°2579 – 27 janvier 2005)

 

Consacre la quasi totalité de ses 8 pages au sujet. Ici le choix de la rédaction est de faire « vrai », en faisant parler des photos d’archives , et en interrogeant des témoins directs.

 

La une :

 

« Comment Paul, 16 ans, a échappé à la mort à Auschwitz » ; le gros titre tempère ainsi le sous titre qui évoque la mort des 44 enfants d’Izieu, et la photo (créditée Sipa). Elle représente l’arrivée d’un groupe de femmes et d’enfants au camp d’extermination. Dans les deux groupes, des T1 l’ont choisie (ou une autre assez semblable) comme particulièrement représentative pour des enfants. La force de ce cliché peut venir du fait que les regards des personnes photographiées, notamment ceux des enfants, sont plantés dans l’objectif de l’appareil photo.

L’encart inférieur droit, donne toujours une info statistique : « 59% des Français pensent que les cours d’histoire sont le meilleur moyen de rappeler ce qui s’est passé dans les camps de la mort ». Cet éloge de l’école est aussi la ligne éditoriale du journal, conçu depuis son origine comme un outil de soutien scolaire.

Rien de changé par ailleurs dans la conception ordinaire de la une, qui inclut le dessin humoristique du jour (La vie de la rédac), sans rapport avec le sujet, et une série d’infos du jour, dont des accidents mortels en montagne. Mon Quotidien est de ce point de vue un vrai journal.

 

Les pages intérieures.

 

L’info est abordée de quatre manières différentes :

-  les témoignages

-  une fiche « Histoire » à découper

-  une rubrique « Monde », portant sur le fait politique de la commémoration.

 

Les témoignages.

Il y en a trois : deux sont des témoignages de survivants ; l’histoire de Georgy Halperne est celle d’un enfant d’Izieu disparu à Auschwitz[2].

Les témoignages de Paul Niedermann, aîné des enfants d’Izieu, et de Violette Jacquet-Silberstein (photo en encart) sont recueillis, professionnellement par les rédacteurs du journal (S. Bordet, et S. Lelong, qui appartient à l’équipe de l’Actu ; l’entretien paru dans Mon Quotidien semble une autre version de celui qui a paru dans l’Actu le même jour). Paul Niedermann résume l’histoire de la maison d’Izieu. Information élargie par un encart qui insiste sur les secours portés aux enfants juifs par les institutions religieuses. Des photos d’archives : la sélection à l’arrivée au camp et surtout une  photo des enfants d’Izieu dégagent une forte charge émotionnelle. Tirée du fonds de la Maison d’Izieu, cette dernière image permet de repérer dans une photo de groupe le petit Georgy, 8 ans, entouré d’un cercle rouge.

Le risque de provoquer des cauchemars est pris en compte (avis d’Amélie, lectrice, qui redoute les images trop violentes, et le dessin humoristique de Berth, sur le même thème du cauchemar). Il semble que ce soit là une sage précaution, de l’avis des groupes de T1.

Le choix d’informer de cette façon pose le problème de la crédibilité des témoins, et plus radicalement, la possibilité même du témoignage quand les témoins ont été exterminés. Question que reprend, dans un autre langage, une petite bande dessinée (série des « Quotillons »), comme dans le journal des plus petits.

 

 

La  fiche « Histoire » : les nazis ou les Allemands ?

 

La fiche expose sur le pourtour d’une grande étoile jaune la chronologie de la « Shoah en France », du 1 juillet 1940 au 12 août 1944. L’introduction fait apparaître la collaboration du « gouvernement de Vichy dirigé par Pétain » avec les Allemands occupants de la partie Nord de la France. Un détail a été remarqué par le second groupe de T1 : « De nombreux convois commencent à partir de Drancy vers les camps de la mort où les Allemands organisent la Solution finale. ». Ici c’est un peuple qui porte la responsabilité du crime, avec la complicité, côté français, d’un « gouvernement ».

La fiche nécessite l’explication de « antisémitisme » : « idées racistes crées pour justifier les persécutions contre les Juifs », et le mot « Shoah », dont l’explication n’est vraiment pas recevable : « plan d’extermination des Juifs d’Europe par les Allemands (sic) pendant la Seconde Guerre mondiale ». La fiche, en se focalisant sur une chronologie événementielle restreinte, ne donne aucune idée des causes lointaines de l’extermination et des raisons de la compromission de Vichy. Les explications de mots de la page de couverture ne sont pas beaucoup plus éclairantes : « déporter » signifie « envoyer dans un camp de la mort nazi » ; et « SS » : « policier du parti raciste nazi d’Adolf Hitler, notamment chargé de garder les camps »… définitions qui là encore manquent de rigueur. Un encart insiste sur les « filières de sauvetage » qui ont sauvé des enfants, organisée par des membres des Eglises.

 

La commémoration

 

Elle est illustrée par deux informations. D’abord en page intérieure, sous l’histoire de Georgy, une brève informant de l’inauguration du Mémorial de la Shoah à Paris. La photo (AFP) montre deux personnes vues de dos, déchiffrant des noms sur le « Mur des noms ».

La page 6 est consacrée à la visite des quarante chefs d’Etat à Auschwitz, en reprenant les données essentielles à propos du camp (avec photo de l’entrée), et spécifiquement la déportation de 76 000 juifs de France, avec l’engagement du président français de ne pas « oublier ce que (la France) n’a pas su empêcher ».

 

 

La bibliographie

 

Le jeudi est à Mon Quotidien le jour des livres. La rédaction propose 5 ouvrages de jeunesse. Les voici pour mémoire :

 

Auteur

Titre

Editeur

WIEWORKA (Annette)

Auschwitz expliqué à ma fille

Seuil

VANDER ZEE (Ruth) –INNOCENTI (Robert)

L’Etoile d’Erika

Milan Jeunesse

DAENINCKX (Didier)

Un violon dans la nuit

Rue du Monde

SIEGAL (Aranka)

Sur la tête de la chèvre

Folio Gallimard

KUBERT (Joe)

Yossel

Delcourt

 

En résumé, ce choix d’informer qui fait place au récit des  témoins est certainement une piste intéressante, mais on peut regretter un manque de rigueur et des lacunes dans les apports historiques.

On est également étonné que cette option de raconter la vie d’un enfant victime ou rescapé n’ait pas été du tout été choisie par la rédaction du Petit Quotidien, qui s’adresse pourtant à des enfants plus jeunes.

 

 

 

 

 

 

Le JDE (N° 1015 – 20 janvier 2005)

 

Sur les 12 pages du numéro, le JDE consacre à l’événement sa « une » et le dossier (double page 6-7)

 

La une :

Photo en plaine page : en couleurs l’entrée du camp d’Auschwitz aujourd’hui, avec visiteurs au premier plan, de dos. Ce sont des jeunes en tenue de touristes à la belle saison. Parmi eux des juifs, reconnaissables à la kippa. Ils entrent dans le camp par la barrière levée, et le portique portant l’inscription bien connue : « Arbeit macht frei ». C’est cette inscription qui permet en fait de reconnaître le lieu, mais seulement pour un lecteur averti. Manifestement le JDE a voulu éviter toute dérive voyeuriste, en mettant l’accent sur le message moral.

En surimpression sur la photo et en lettres jaunes : « N’oublions pas les camps ».

La légende en haut à droite est la suivante : « Il y a 60 ans, le camp d’extermination d’Auschwitz était libéré. Aujourd’hui, c’est un lieu de mémoire, pour éviter que de telles horreurs ne se reproduisent dans le monde ».

 

Les pages intérieures.

 

L’édito ne porte pas sur le sujet, comme on aurait pu s’y attendre, mais sur le conflit israëlo-palestinien, qui est aussi « Le fait de la semaine ». Façon de renvoyer aux conflits actuels, que, du point de vue moral affiché par le JDE, la commémoration appelle à conjurer ? L’analyse du JDE fait du terrorisme palestinien, et secondairement de la dureté de Sharon, l’explication du blocage du processus de paix. Des lecteurs aguerris (il n’y a rien d’explicite) pourront faire un lien avec le dossier consacré à Auschwitz, d’autant plus qu’il y sera de nouveau question de la Palestine.

 

Le dossier

 

Titré « L’enfer des camps de concentration » il comporte :

-  un courrier des lecteurs (rubrique « vos avis »

-  une colonne « repères » avec une chronologie historique des faits à leur commémoration

-  un article illustré par une photo et une carte des camps en Europe en 39-45

-  des données géopolitiques à propos des crimes contre l’humanité (rubrique : à savoir)

-  une interview d’Emile Shoufani, curé de Nazareth, avec une « bio » brève

-  un lexique

 

Reprenons rapidement ces éléments.

 

Le courrier des lecteurs

Des avis d’enfants de 9 à 11 ans (quatre garçons, deux filles ; Moritz est allemand). Ces réactions soulignent l’importance du travail de mémoire pour les enfants, mais elles permettent aussi d’amener des infos supplémentaires : parmi les victimes des camps figuraient des résistants allemands et un lien avec les profanations des cimetières juifs alsaciens : « à la télé, ils ont montré des jeunes qui mettent des croix gammées sur des tombes. Heureusement ils ont été arrêtés. »

 

Les repères chronologiques.

Ils mettent sur le même plan le massacre de six millions de juifs et d’un million de Tziganes. L’option de situer la Shoah dans un contexte géopolitique plus large apparaît là entre autres.

 

L’article principal.

D’abord c’est la photo qui est surprenante. Elle représente l’intérieur actuel du camp, derrière une rangée de barbelés, avec un personnage, vu de dos, qui arpente une allée. C’est selon toutes apparences un prêtre catholique polonais en soutane. La légende, anodine, n’y fait aucune allusion. Cette photo renverrait-elle, bien sûr sans intention, à la connotation chrétienne du titre : « L’enfer des camps de concentration », référence problématique s’agissant d’un camp où sont morts des hommes de toutes obédiences, des Juifs notamment, et aussi des hommes sans religion ?

Le contenu de l’article ne minimise pas le génocide des juifs, mais il le met sur le même plan que les autres aspects de la politique des nazis, concernant « ceux qu’ils n’aiment pas », les juifs en tête de liste, mais viennent ensuite dans l’ordre :  les Tziganes, les homosexuels, les opposants politiques. De ce fait les camps sont « de concentration » ou « d’extermination », sans que la distinction soit clairement faite. Elle figure toutefois, mais sans explication, dans le codage de la carte. Cette politique qui vise indistinctement la répression violente des opposants  et l’élimination physique de « millions d’hommes, de femmes, et d’enfants » définit le « crime contre l’humanité ».

 

La rubrique A savoir.

Recentre, dans la même logique d’une réflexion globale sur les crimes contre l’humanité, la réflexion sur d’autres faits, dont on peut discuter s’ils sont de même nature : « Depuis 1945, des crimes contre l’humanité et des génocides (assassinat d’un peuple) se sont déroulés ailleurs dans le monde : Cambodge (Asie), Rwanda (Afrique), Bosnie (Europe)… »

 

L’interview

Elle porte sur un voyage à Auschwitz organisé par Emile Shoufani curé de Nazareth, avec un groupe de jeunes arabes et juifs d’Israël et des jeunes français de toutes religions. L’approche est anthropologique et spirituelle, universelle, mais de ce fait aussi intemporelle et non historique : « Dans chaque peuple, dans chaque civilisation, en chacun de nous, l’idée d’exterminer l’autre existe toujours. Ces anciens camps nous poussent à ne pas oublier », et plus loin : « chacun de nous, quelle que soit sa conviction, est appelé à apprendre à s’aimer, et à aimer l’autre pour ce qu’il est aujourd’hui ». Et en réponse à une question de l’intervieweur sur le camp de « concentration », Emile Shoufani fait la différence : « Auschwitz-Birkenau n’est pas un camp de concentration mais d’extermination : des êtres humains y ont été anéantis, et même leur mort devait être anéantie, puisque tout devait rester secret, oublié, effacé. ». Ainsi le contenu de cette interview est-il sur ce point précis en contradiction partielle avec l’orientation du dossier.

 

Le lexique :

Définit les mots : Shoah, Juif, Israëlite, Israëlien, Alliés, Gestapo. La définition de « Shoah » est plus claire et plus juste que celle de Mon Quotidien : « mot hébreu (juif) signifiant anéantissement. Il désigne l’extermination de six millions de juifs par les nazis »[3] même si la parenthèse établit une équivalence discutable entre une langue sacrée et l’appartenance à un peuple. Le recours à l’étymologie pour « juif » (à l’origine : habitant de la Judée) est positif. Mais c’est encore insuffisant pour situer historiquement la Shoah  dans la logique des persécutions antisémites. Contestable aussi le fait de définir les Israëliens par la citoyenneté et par une religion : juive, musulmane ou chrétienne… ce qui ne fait pas de place aux juifs non pratiquants ou incroyants. L’Histoire étant ainsi quelque peu occultée, il n’y a rien dans le JDE qui évoque de près ou de loin un antisémitisme chrétien.

 

En résumé cette approche du JDE s’attache à situer la Shoah dans l’ensemble des drames du XX° siècle et  dans la logique morale et un peu consensuelle du « plus jamais ça… »…. On peut remarquer le refus délibéré de la rédaction de tout voyeurisme : il n’y a aucune photo d’archive. En cela le JDE se démarque fortement des autres journaux.

 

Les clés de l’actualité junior (N°458 – du 27 janvier au 2 février 2005)

 

Comme le JDE, Les Clés consacrent à la commémoration leur « une », et le dossier médian. Le reste du numéro porte sur d’autres thèmes d’actualité, notamment le  festival d’Angoulême et le recensement. Mais là s’arrête la ressemblance, l’approche de l’hebdo d’information de Milan Presse étant assez différente.

 

La une :

 

Représente là aussi l’entrée principale d’Auschwitz-Birkenau, mais il s’agit d’une photo emblématique, qui a fait le tour du monde. Elle montre la rampe déserte et recouverte d’un voile de neige. Au fond le portail surmonté de sa sinistre tourelle. Au premier plan les rails, on devine  un amoncellement d’objets personnels, abandonnés. L’image évoque, dans tous les sens du terme, la fin du voyage. Elle est fortement symbolique, mais qui requiert du même coup de la part du jeune lecteur un travail. Elle entre en contrepoint avec le titre : « Il y a 60 ans : la libération d’Auschwitz. » Libération de qui ? Il s’est passé là quelque chose de singulier et d’incompréhensible. C’est l’approche des Clés, également dans le dossier.

 

Le dossier :

Sous la rubrique Histoire, il conjugue l’exposé des faits, photos moyen format à l’appui, et la réflexion, dans une mise en page plus fluide que celle du JDE. Ici l’option est double et quelque peu paradoxale. D’une part l’événement est envisagé comme un fait extrême, sans modèle d’intelligibilité : « Auschwitz, le pire des crimes », dit le titre de ce dossier. Mais des quatre journaux envisagés, c’est celui qui va justement le plus loin dans l’effort d’analyse. Passons en revue les éléments de cette double page.

 

L’exposé des faits.

A l’idée d’extermination présente dans les autres journaux, les Clés ajoute une dimension en partie explicative : l’évocation des « techniques industrielles » dans cette « usine de la mort » qu’est Auschwitz. D’emblée les faits, sommairement évoqués dans l’article (les détails sont plutôt dans les légendes des photos), sont placés dans la perspective d’un « pourquoi ? » bien mis en évidence par un intertitre rouge. L’article fournit une réponse : « tués parce que juifs », qui est en même temps un non réponse, explicitement donnée comme telle : « même si le racisme est la cause de cette catastrophe, il reste très difficile de comprendre comment un crime aussi horrible a pu être commis ».

 

Les preuves des faits :

 

Elles sont données par des témoignages de survivants (mais beaucoup plus brefs que dans Mon Quotidien) et par cinq photos d’archives, dont quatre en moyen format (15x10 cm).

 

Les photos.

 

Les trois premières sont connues : évacuation du ghetto de Varsovie, intérieur d’un baraquement de femmes à Auschwitz (encore les archives soviétiques), et vue d’ensemble de l’arrivée d’un convoi au moment de la sélection. Les trois premières, certes dramatiques, ont été largement médiatisées, voire les livres d’Histoire (la première notamment). Elles suscitent l’émotion, certes, mais surtout, justement parce qu’elles sont connues[4], elles invitent à réfléchir. Leur ordre de succession correspond à la chronologie de l’extermination. C’est la quatrième photo qui personnellement m’émeut le plus, aussi, je pense,  parce que je ne l’avais jamais vue. C’est un dessin d’enfant interné à Auschwitz, qui montre des corps effondrés à l’intérieur de la chambre à gaz, et, par une flèche orientée vers la gauche, avec l’inscription « zu Krématorium », une partie de bâtiment à cheminée surmontée d’une tête de mort. L’indicible se condense ainsi dans ce dessin, qui en dit plus que les légendes, par ailleurs fournies en détails sur l’organisation de la machine de mort.

Une  photo-portrait de plus petit format, celle d’un vieux monsieur, bourgeois à barbiche, n’aurait rien de remarquable, n’était l’étoile jaune cousue sur son costume. Elle évoque, de la même manière, l’horreur par une image distanciée, et là aussi, la photo n’est parlante qu’au prix d’un travail.

Dernier détail, qui a été évoqué par les deux groupes de T1,  à propos des photos : la question de leurs sources, et la raison de leur rareté sont abordées, même si cela reste allusif : « Il existe peu de photos du camp d’Auschwitz et de ses victimes. Car les nazis voulaient garder le secret sur leur programme d’extermination des Juifs. Ils ont pris des photos qui font croire qu’Auschwitz n’est qu’un simple camp de prisonniers. » Et ceci, qui nous amènera, plus loin, à réfléchir sur la valeur « d’index » (au sens de Peirce) d’une image : « Des détenus sont parvenus à griffonner quelques dessins pour présenter leur vie et les souffrances du camp ».

 

 

 

 

Les témoignages des survivants.

 

Fonctionnent selon la même double option d’exposé de l’horreur et d’effort réflexif : le premier témoignage est repris d’un ouvrage de l’historienne Annette Wiervorka. Le second est une citation de Primo Levi : « Dans la haine  nazie, il n’y a rien de rationnel. Nous ne pouvons pas la comprendre, mais nous devons comprendre d’où elle est issue et nous tenir sur nos gardes. Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire parce que ce qui est arrivé peut recommencer. » Dans ces choix est donc bien repérable une ligne éditoriale différente des autres journaux explorés. Les faits sont mis à distance, et leur présentation tient compte de l’interprétation d’experts. D’où une analyse qui intègre mieux les exigences de la recherche historique. La carte fait apparaître la progression des troupes alliées de 1944 à 1945, dont la libération d’Auschwitz est une étape. Un rappel historique précis inscrit la solution finale non comme un plan prémédité, mais comme la résultat d’un changement d’avis. « Il faut aussi toujours garder à l’esprit que le génocide se déroule entre 1941 et 1945, alors que la guerre est totale », rappelle Annette Wievorka, interrogée comme « spécialiste », auteur de l’ouvrage  « Auschwitz expliqué à ma fille » (Seuil). Il faut toute la compétence de cette historienne, et son talent pédagogique pour formuler une problématique avec quelques chances de se faire comprendre par des jeunes : « l’antisémitisme, celui de Hitler, celui du parti nazi, suffit pour expliquer la volonté d’anéantissement des Juifs. Il ne suffit pas à expliquer comment cela fut possible, au moyen tout à la fois de massacres et de procédures administratives ». Il y a là deux niveaux d’approche de la Shoah, et les Clés est le seul journal qui atteint ce niveau de complexité. 

 

Le lexique

 

Les Clés réduisent au minimum l’apport pédagogique de vocabulaire, sans pour autant le sacrifier. Leur choix est d’expliquer trois mots qui désignent comme référent commun l’extermination des juifs : génocide, holocauste et Shoah. Le premier est défini comme concept « destruction organisée d’un peuple ». Le second l’est d’un point de vue socio-linguistique : « surtout employé aux Etats-Unis ». Le troisième l’est en référence à l’étymologie : « anéantissement, en hébreu, la langue des juifs[5] ». Sur ce plan, sans érudition ni exhaustivité, on peut difficilement faire plus rigoureux…

 

 

En conclusion…

 

Par rapport à cette actualité d’Auschwitz, peut-on parler de « presse d’information de jeunesse » ? D’emblée cette spécificité avait été questionnée au début de cette étude, tant il est vrai qu’on peut difficilement tricher avec l’actualité, sauf à limiter les sujets à des centres d’intérêt strictement dévolus au monde enfantin.

Par la télévision, les chaînes satellites, et maintenant internet, des images d’une violence inouïe déferlent quotidiennement sur les écrans, aux heures de grande écoute, ou, pour ceux qui accèdent à un « bouquet » de chaînes, en zappant à n’importe quelle heure. C’est ici que peuvent servir les analyses de Serge Tisseron, qui minimalise l’impact potentiellement nocif des images en elles-mêmes, mais maximalise l’attention que  parents et éducateurs devraient  apporter à la demande de communication avec l’adulte quand l’enfant est confronté à des images difficiles. Seules, d’après cet auteur,  peuvent vraiment « traumatiser » les images que l’enfant subit sans qu’elles trouvent auprès de l’adulte un écho, du fait de l’indifférence de ce dernier, ou parce que l’adulte est lui-même dans l’incapacité de gérer sa propre angoisse. « Ce qui importe dans la façon dont les images sont reçues et dans leurs effets sur les spectateurs, c’est moins l’image que le type de lien qui unit chaque spectateur à ses proches »[6].

De ce fait, je ne concluerai pas cette étude de presse sur une palme décernée à tel journal plutôt que tel autre. Il  faut laisser du grain à moudre aux T1, pour qui j’ai rédigé ce travail, et on peut ne pas tomber d’accord ! Plus fondamentalement, la question n’est pas de savoir quelle équipe de rédaction a réalisé le dossier le plus pertinent, mais comment dans la classe, le dossier, et les autres documents disponibles,  ont  été utilisé pour susciter des liens de parole. Cette réussite-là ne dépend qu’en partie de la qualité du support.  Les images de l’extermination nazie sont une sorte de « cas d’école » parce que pour les adultes autant que  pour les enfants elles sont « insoutenables ». Pour le dire autrement : en  tant que « signes », elles sont indéchiffrables, car elles ne renvoient à rien de connu dans l’ordre humain. D’où, peut-être,  le choix du Journal de Enfants, en suivant Claude Lanzmann (Shoah est u film de huit heures sans aucune image d’archives),  de ne pas montrer ces signes-là. Mais c’est là une option  que les trois autres journaux pour enfants n’ont pas faite. Et les images d’archives, beaucoup d’enfants les ont vues dans d’autres médias, très souvent dans des conditions ne leur permettant pas de les comprendre. L’école a mission alors d’accompagner les enfants dans les émotions qui sont déclenchées. Il est remarquable de constater que chaque journal a tenté à sa manière, de répondre à ce problème en évoquant précisément le trouble ressenti par les enfants. C’est pourquoi les petites bandes dessinées du Petit Quotidien et de Mon Quotidien ne nous  paraissent pas du tout déplacées. Et c’est aussi la fonction des « avis » et autres « courriers des lecteurs » présents dans les trois autres dossiers. La presse d’information à l’école ouvre ainsi, dans une perspective thérapeutique et éthique, une voie à l’échange et au « débat », qui ne se limite pas, on le voit,  à l’enjeu simplement « citoyen ».

 

 

Jean-Marc Muller, Colmar, le 8 mars 2004

 

 

 

 

 

Les images de la Shoah à la lumière de la sémiotique de Peirce [7]

 

Les journaux pour enfants que nous avons explorés ont fait, à l’exception notable du Journal des Enfants, une place parfois importante à une iconographie de la Shoah : beaucoup de photos d’archives, des photos de presse d’actualité, des dessins, des cartes, voire une infographie.

L’étude a montré que ces images étaient souvent problématiques. Pour y voir clair, un peu de théorie est nécessaire. Il m’a semblé qu’elle  pouvait être trouvée du côté d’un philosophe anglo-saxon : Charles Sanders Peirce, fondateur de la sémiotique moderne. Il est assez peu connu en France, où la référence est plutôt Ferdinand de Saussure. Mais alors que ce dernier a surtout exploré le champ de la linguistique, la théorie de Peirce est plus générale, et permet d’analyser tout ce qui a valeur de « signe », les textes, mais aussi les images, et pour le sujet qui nous intéresse, les photos de presse…

 

Dans cette théorie un signe peut être envisagé à trois niveaux :

 

a)              le signe comme « symbole »

 

dans ce cas, une convention associe au signe un signifié, et chaque occurrence du signe actualise cette association ; le drapeau est le signe d’un pays donné ; ma voiture est immatriculée 68, donc dans le Haut-Rhin ; le logo de l’IUFM d’Alsace est un signe qui le distingue des autres établissements français du même type, etc.

Bien entendu tous les mots de la langue sont de ce point de vue des « symboles » ; c’est exactement la théorie de Saussure, qui associe arbitrairement, par convention, un signifiant et un signifié

 

b)              le signe comme « index »

 

dans ce cas, le signe et ce qu’il signifie font partie de la même « réalité existentielle », comme la fumée et le feu, le symptôme et la maladie, la trace de mes pas dans la neige et mon passage ; un panneau « chantier interdit » disposé à l’étage de l’IUFM de Colmar fonctionne ainsi comme index : il interdit le passage, mais en même temps il fait partie du chantier de l’ascenseur

 

c)              le signe comme « icône »

 

partage avec ce dont il est le signe un ensemble de propriétés, mais pas toutes ; nous avons tous pris des photos d’anniversaire pour garder la mémoire des détails (mais jamais tous !) de moments heureux que nous avons vécus ; l’expert qui monte sur un toit pour constater des dégâts d’eau prend une photo pour conserver une trace  du sinistre pour le dossier du contentieux  (mais il n’emporte pas le toit avec lui !).

 

Essayons d’appliquer ces distinctions aux images rencontrées dans les dossiers que les journaux ont consacrés à la libération d’Auschwitz. Pour cette partie de l’analyse, nous prendrons en compte, en plus L’Actu, journal du groupe Play Bac destiné aux adolescents.

 

Beaucoup de photos semblent choisies en raison de leur valeur d’icône. Elles sont censées fournir un maximum de détails concernant la réalité visée, bien mieux qu’un texte. C’est le cas de la une du Petit Quotidien, qui montre les survivants d’Auschwitz dans leur tenue rayée, derrière les barbelés du camp, lors de la libération du camp. Invités à choisir la meilleur photo pour une pédagogie de la Shoah, un groupe de T1 qui a travaillé sur Mon Quotidien a rejeté la photo des enfants d’Izieu, photo souvenir d’un jour de fête, avec au premier plan le petit  Georgy souriant. Sans doute parce que cette image n’est pas une « icône » de la Shoah, et cette option peut se comprendre.   L’intention d’informer sur la Shoah par des « signes-icônes » est la plus claire dans L’Actu. Le point extrême de l’image  à visée iconique est peut-être atteint non par une photo mais  par une infographie en trois dimensions qui montre l’extérieur et l’intérieur de l’usine de mort, en maquette, comme sur un catalogue avant livraison. Or les images de L’Actu, celle-là en particulier, nous ont mis mal à l’aise. Même si, comme l’a suggéré un stagiaire T1, les photos « choc » sont parlantes pour des lecteurs adolescents.

 

D’autres photos ont manifestement été choisies en raison de leur signification reconnue par tout adulte averti en histoire contemporaine. C’est le cas des photos dites « emblématiques ». C’est alors la valeur de « symbole » (au sens de Peirce) qui domine. On pourrait dire que toutes les photos d’Auschwitz-Birkenau avec à l’arrière plan le bâtiment portique surmonté de sa tourelle fonctionnent de cette façon : on « reconnaît » en principe le lieu et non seulement le lieu mais ce qu’il signifie. Le cadrage, montrant au premier plan des voies de chemin de fer qui se rejoignent, la sinistre construction au bout, fait partie de ce dispositif symbolique. C’est le choix de une des Clés de l’actualité Junior, où l’on voit, de plus, au premier plan, sous le manteau de neige, un amoncellement de gamelles et autres objets personnels, abandonnés. Une autre photo, reprise dans le même journal, montre une rafle dans le ghetto de Varsovie, avec un enfant au premier plan qui lève les mains sous la menace des SS. Cette photo se trouve dans des dizaines de documentaires et de dictionnaires. Mais de telles images feront problème si les destinataires ne partagent pas les savoirs de ceux qui les ont sélectionnées. C’est à mon avis la question qui se pose avec la représentation imagée d’Auschwitz dans la fiche documentaire du Petit Quotidien. L’enfant ne voit pas le symbole (toujours au sens de Peirce)… mais il voit l’icône, et sous un ciel rouge, elle peut être perçue comme onirique, et faire peur. Mais avec d’autres images, l’enfant peut entrer assez facilement dans la dimension symbolique. Un groupe de T1 a choisi comme une « bonne », apte à bien expliquer la Shoah, une photo du procès de Nuremberg. Offrant aux enfants le spectacle (icône) des responsables traduits en justice, la photo rassure tout en fournissant un élément de compréhension historique. Ajoutons que de telles photos sont intéressantes pédagogiquement dans la classe, parce que souvent elles ne délivrent pas de sens immédiat : elles nécessitent un travail…

 

  Le niveau de l’index est celui qu’il faut sans doute travailler le plus, dans une perspective éthique et d’apprentissage. La une de l’Actu fournit encore une fois  un cas limite. Elle reproduit en pleine page une des photos les plus terribles d’Auschwitz, montrant des déportés procédant à une crémation en plein air. Il faut une grande attention pour repérer, à peine lisible,  la légende en bas de page : « des membres du Sonderkommando brûlent des corps à proximité d’une chambre à gaz (photo prise clandestinement par la Résistance polonaise). » Manifestement, c’est encore le niveau de l’icône qui a inspiré ce choix de une, à l’instar de tout le contenu du numéro. Mais là n’est justement pas l’important… quand on sait que c’est là une des quatre très rares  photos qui ont pu être prises par les victimes, qu’elles  ont pu sauver ces photos (en cachant les pellicules), mais qu’elles n’ont pas elles-même survécu ! Oubli grave : la légende ne le dit qu’incomplètement (manque une indication de date :  août 1944), et pour la perfection de l’icône, le cadrage  d’origine a été supprimé ! Or la prise de vue originale a été faite clandestinement, depuis le crématoire V, par une ouverture dont ont voit l’encadrement. Cette photo fait partie d’Auschwitz[8], elle est par sa matérialité un précieux « indice », et la mise en page de l’Actu constitue  un détournement qui fait problème.

 

Il ne faut pas, pour autant, en conclure que la prise en compte de la photo comme « indice » en interdit l’utilisation pédagogique. Bien au contraire… et c’est même ce qu’il y a, selon moi,  de mieux à faire. De ce point de vue, la photo des enfants d’Izieu peut et doit être réintégrée dans le projet pédagogique et être valorisée, et c’est la raison pour laquelle je me suis permis de contester le choix du groupe de T1 évoqué ci-dessus (même s’il avait sa logique). En effet, quelle photo dit le mieux l’horreur du génocide que ce témoignage d’un jour de bonheur, à condition de replacer la photo des enfants d’Izieu dans l’album qui raconte la vie de cette maison, et les circonstances dans lesquelles des familles étrangères juives, traquées par Vichy et la Gestapo ont essayé ainsi de mettre leurs enfants en lieu sûr.  Cette perspective est en phase avec les principes pédagogiques énoncés par ailleurs : c’est en entrant dans les histoires vécues (avec ou sans images) que l’on peut sans doute le mieux, initier des enfants de l’école primaire à la Shoah. Dans la dernière partie de ce travail, nous allons ouvrir quelques pistes pour évoquer ce sujet difficile à l’école primaire. Avec beaucoup de précautions, mais quand même.

 

 

 

 

Apprendre la Shoah à l’école primaire… quand même ?

 

Des réflexions qui précèdent cette partie, il ne découle nullement que les journaux d’information pour enfants soient les mieux indiqués pour traiter cette partie vraiment délicate du programme ! Les journaux ont cependant l’avantage d’apporter dans la classe les éléments d’actualité qui amorceront une réflexion. Surtout par rapport à un tel sujet – mais il en ira souvent ainsi pour des thèmes plus faciles – ce sont des outils d’une première approche, aptes aussi à faire le lien entre les lectures enfantines et les journaux d’information des adultes. Et si dans la classe on réussit à inscrire cette attention à l’actualité dans une continuité (l’exercice régulier de la « revue de presse », tout au long d’une année, s’y prête), les habitudes de lecteur de presse qui ainsi s’installeront seront une première façon de prendre distance par rapport à la violence des images. Ensuite, c’est à chacun(e) de voir jusqu’où il est possible d’aller compte tenu de la maturité des enfants, et de ce qu’ils sont capables d’assumer.

 

Dans ma recherche d’outils, j’ai découvert au CDDP une mallette produite par une association juive : Yad Layeled, accessible par le lien http://www.yadlayeled.org

Cette structure semble s’être développé autour du musée israëlien de la Shoah et se fonde aujourd’hui sur 50 ans d’expérience pédagogique.

On peut s’étonner de ce recours à une institution juive pour l’élaboration d’une pédagogie qui concerne un élément du programme national de l’école de la République. On mesure par là le retard accumulé en la matière. Manière aussi, me dit Sabine, qui a fait son mémoire sur cette question, de garantir la qualité d’une information toujours menacée par les menées négationnistes ou révisionnistes, ou tout simplement par l’ignorance…

Avant d’indiquer sommairement le contenu de cette mallette, il est intéressant de résumer l’argumentation des concepteurs. Elle part justement de notre question : comment transmettre  à des enfants une réalité qui est « indicible » pour des adultes ? on a pu dire de l’assassinat des enfants dans ces circonstances que ce fut une « Shoah dans la Shoah ». Les images de la destruction sont à double tranchant ; les nazis voulaient « réifier à jamais » ( au sens littéral : déshumaniser jusqu’à transformer en « choses ») leurs victimes dans l’inconscient collectif « Les images de charniers et de cadavres, pour nécessaires qu’elles soient à notre connaissance, ont souvent – malheureusement – l’effet implicite souhaité par les bourreaux… »…

Dans un entretien qu’il a donné au quotidien Le Monde, le 28 janvier 2005, le philosophe Jean-Luc Nancy le dit d’une manière plus claire encore, et je terminerai  provisoirement par un extrait de ses  propos cette réflexion sur les images d’Auschwitz :

 

« Les camps sont une machine à représentation : le nazi s’y donne le spectacle de sa toute-puissance et de l’absolue déchéance qu’elle a fabriquée comme sa contre-image.

C’est une « surreprésentation », dont on ne peut tenter la représentation sans risquer ou bien d’en épouser le mouvement de jouissance, ou bien d’en perdre l’objet même. On peut dire aussi : la « surreprésentation » du camp (dont la rampe d’arrivée ou la place d’appel au matin sont les scènes symptômales) est une représentation pleine, saturée : tout y est dit, tout y est présent, aucune ligne de fuite ne s’échappe vers une absence plus importante que la présence. C’est exactement ce que notre pensée gréco-monothéiste désigne comme « idolâtrie ». Le nazisme est l’auto-idolâtrie absolue »

 

D’où le malaise qui nous a saisis en feuilletant L’Actu

D’où l’impérieuse nécessité, si nous voulons montrer des images de la Shoah aux enfants, que toutes ne soient pas réifiées, c’est-à-dire « idolâtres », mais que certaines, choisies avec soin, et parlées dans la classe, préservent cette « ligne de fuite », cette « absence plus importante que la présence »…

 

La pédagogie de Yad Layeled se fonde pour les mêmes raions sur une option différente, qui prend distance par rapport aux images trop explicites, et s’appuie sur les récits.

 

En voici les principes :

 

·  raconter vrai : des témoignages d’enfants juifs qui ont vécu ces évènements terribles ; toutes les narrations proposées sont aussi des documents historiques

 

·  raconter la vie : des bribes d’histoires qui racontent un quotidien aurait pu être celui de n’importe quel enfant si…L’enseignement devra rappeler que l’immense majorité des « auteurs » de ces témoignages ont disparu, assassinés, mais il s’agit bien de leur vie ; l’éclairage se déplace cependant de leur mort attesté vers leur vie, et c’est le rappel de la saveur de cette vie qui résiste à la machine de mort qui les a broyés…

 

·  raconter aujourd’hui, avec la possibilité précieuse de pouvoir rencontrer encore certains témoins – avec les TICE, proposer des supports qui parlent

 

·  enseigner la Shoah autrement qu’au collège et au lycée, non comme des contenus historiques conceptuels, mais en sollicitant la curiosité et le réflexion de l’enfant qui rencontre une période où, « point de non retour, la capacité absolue de l’homme au mal s’est concrétisée »

 

Les éléments de la mallette.

 

Plusieurs fascicules contiennent des témoignages d’enfants :

 

Ici et là… être enfant juif en France pendant la Shoah

C’était comme ça… Des voix racontent (avec les voix des enfants de l’école Ganenou, Paris, sur CDROM -  enregistrement de « bribes de vie » - durée 37 minutes (mais on peut raccourcir)

Enfants cachés : six histoires de cache et de survie (film vidéo de 37 minutes)

 

Ces fascicules sont toujours en double (texte + livret pédagogique)

 

Deux livres de jeunesse :

Larissa CAIN, J’étais enfant à Varsovie, Syros Jeunesse, 2003, 123 pages, avec une chronologie en fin de livre + un livret pédagogique

Uri ORLEV, Une île, rue des oiseaux, coll. Mon bel oranger, Le livre de poche jeunesse, 1981-1987, traduit de l’hébreu

 

Serge KLARSFELD, Georgy, un des 44  enfants de la Maison d’Izieu,

Publié par l’association « les Fils et Filles des Déportés Juifs de France. Serge KLARSFELD a été l’avocat des parties civiles lors du procès Barbie à Lyon, où fut jugé le chef de la Gestapo de Lyon qui ordonna la rafle des 44 enfants d’Izieu. L’ouvrage contient de nombreuses photos de ces enfants prises à l’époque dans leur maison d’accueil, et notamment celles du petit Georges Halpern, 8 ans, enfant unique d’un couple de juifs d’Europe de l’Est réfugié en France. On y trouve aussi toute une série de lettres décorées que Georgy avait envoyées à ses parents. L’ouvrage contient de plus des témoignages et des éléments du procès de Lyon, en 1988. Un livret pédagogique pour travailler avec cet album dans la classe est aussi dans la mallette.

 

Enfin, un portfolio permet de travailler à partir de photos d’époque en noir et blanc, montrant des images de la déportation et des photos d’enfants saisis dans leur vie quotidienne, en évitant toute représentation susceptible de traumatiser les enfants.

 

A ces ouvrages et documents contenus dans la mallette de Yad  Layeled, on peut ajouter des ouvrages disponibles à la médiathèque de Colmar :

 

Ruth VANDER ZEE et Roberto INNOCENTI,  L’étoile d’Erika, Milan Jeunesse, 2003

 

-   récit d’un témoin aux auteurs : Erika bébé a été jetée par le fenêtre du wagons de bestiaux par ses parents, déportés, et qu’elle n’aura donc jamais connus : « sur le chemin qui la menait à la mort, ma mère m’a jetée à la vie » ; angoisse de l’enfant qui ne connaît pas ses origines...

-   les illustrations « hyper-réalistes » sont cependant métaphoriques évitant tout voyeurisme, elles jouent sur l’inconscient, la présence-absence,  voire l’onirisme, comme au début, cette représentation de l’Hôtel de Ville de Rothenbourg en Allemagne où se fait la rencontre entre les auteurs et le témoin : l’édifice est endommagé par une tempête (métaphore de la destruction ?) – les images qui évoquent les rafles et les transports sont couleure sépia, on ne distingue aucun visage. Seule couleur le rose du petit paquet humain. Et en couleurs la double page finale : paysage bucolique : une mère fait sa lessive (linceuls ? lavage ? ) ; une petite fille vue de dos regarde passer un train…

Cet album est disponible à la médiathèque de l’IUFM de Colmar.

 

Eva ERBEN, Oubliée, , Maximax de l’école des loisirs,

 est un témoignage fait par une rescapée, qui, petite fille, connut Auschwitz, réussit à s’échapper dans la confusion de l’évacuation du camp, échappa à la mort par miracle, et fut recueillie par une famille de paysans qui la rendit à la vie…

 

Dans un registre différent, j’ai trouvé aussi très fort un album de PEF : Je m’appelle Adolphe, qui est une méditation, grave, mais non dénuée d’humour, comme sait le faire ce grand auteur de jeunesse, sur le « cas » Hitler. Une réponse possible, encore une fois sur le mode de la fiction à la question légitime qu’un enfant pourrait poser :  qui était donc cet homme-là ?

 

Apports de professeurs des écoles T1…

 

Pour finir, voici des apports des T1 qui ont bien voulu aborder avec moi, au cours d’un après-midi de stage, ce sujet difficile… et inattendu dans la grille de stage. Cette partie finale est ouverte. Si d’autres souhaitent apporter leur témoignage, ou d’autres outils, je les transmettrai.

 

Nathalie Fellmann, du groupe de Guebwiller, nous communique les références suivantes :

 

« Des enfants dans les arbres".

A ma connaissance il s'agit d'une histoire vraie. Elle existe sous deux formes:

- le livre qui est à l'origine du film: "Des enfants dans les arbres" de Roger Boussinot, paru en 1984 chez Robert Laffont (toujours disponible).

le film:"Des enfants dans les arbres" réalisé par Pierre Boutron en 1984.

 

Linda Baas, du même groupe, a travaillé sur la Shoah avec ses élèves, et ils ont visionné ensemble la fin du film de Benigni : La vie est belle.

 

Ont également tenté des expériences Emilie Bled, Geoffrey Pagliarela. Sabine Dupalut, Céline Burgy ont fait leur mémoire professionnel sur cette question. Veuillez excuser les oublis éventuels…

 

Nathalie Pépin, du groupe de Colmar, m’ envoyé le témoignage suivant :

 

Nous avons d'abord évoqué la 2° guerre en octobre avec la fête nationale allemande. J'ai tout d'abord lu Otto de Ungerer (L’école des loisirs) à la classe, puis je leur ai expliqué les conséquences pour l'Allemagne (et bien entendu pour les victimes des nazis quelle que soit leur identité), et le pourquoi de cette fête de la réunification.

Par la suite, pour le 11 novembre, je leur ai brièvement expliqué la guerre de 14-18, puis je leur ai lu une lettre de poilu, très émouvante, dans laquelle un papa sur le front répond à son fils, qui lui demande de lui rapporter un casque de Prussien, qu'il ne souhaite pas répondre à cette demande:

"Ce n’est pas maintenant le moment d’aller les décoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attraper la grippe. Et puis mon pauvre Maurice, il faut réfléchir que les Prussiens sont comme nous. Vois-tu qu’un garçon Prussien écrive à son père la même chose que toi et qu’il lui demande un képi de Français, et si ce papa Prussien rapportait un képi de Français et que ce képi fût celui de ton papa ? Qu’est-ce que tu en penses ? Tu conserveras ma lettre et tu la liras plus tard quand tu seras grand. Tu comprendras mieux. "

Pour ce qui concerne les cérémonies de la Libération, nous avons évoqué la bravoure de soldats comme Jean de Loisy, dont le char est exposé dans notre quartier, les Zouaves ont contribué à libérer Mulhouse, la souffrance des habitants de Mulhouse et environs, puis des pays impliqués dans le conflit, ainsi que les camps de concentration et d'extermination. J'ai exploité Mon quotidien (des numéros qui nous avaient été envoyés à des fins publicitaires). Il y avait le plan d'Auschwitz (le même que celui qui était dans L’Actu), une photo d'enfants derrière des barbelés, un témoignage. Je crois que ce qui les a le plus choqués, c'est le plan du camp, avec ses douches et ses fours crématoires. Une élève (Justine) m'a apporté le livre "Paroles d'étoiles". Je l'ai lu, et en le lui rendant, je leur ai expliqué que je pensais qu'il leur fallait attendre avant de lire ces témoignages (ils ont l'habitude que les livres qui plaisent "tournent"), et j'ai eu l'impression que cela les soulageait.

Mon mémoire traitait de l'intergénérationnel, et nous avons invité à l'école les grands-parents des élèves. Dans des milieux modestes, certains grands- parents sont venus de régions lointaines pour témoigner. Certains n'avaient connu comme seule guerre en France que mai 68, mais un grand-père en particulier a dévoilé à son petit-fils des évènements douloureux vécus à l'âge de 6 ans, dans une gare où les enfants étaient répartis à la va-vite dans des familles inconnues, sans explications. Etonnant pour les enfants de découvrir que dans le même temps, la femme de ce monsieur avait vécu la guerre à la campagne dans une douceur inattendue pour la période!

Ce que cela a déclenché d'important, c'est un dialogue entre les enfants et les adultes: parents, grands- parents ont été interrogés, les enfants étaient insatiables. Ils ont cherché des documentaires pour comprendre la guerre d'Algérie, vécue par les grands-parents algériens. Quelle que soit la nationalité, les origines des grands-parents, certains avaient vécu des évènements très douloureux, et d'autres grandi dans le bonheur.

« Ma » référence littéraire : Yaël Hassan (Un grand-père tombé du ciel, De l'autre côté du mur , Manon et Mamina)  pour les  relations enfants-"anciens",  et  pour aborder les problèmes d'identité : L'ami et Le professeur de musique. Tous ces livres sont recommandés à partir de 10 ans (CM2).

 

Merci Nathalie ! en attendant d’autres apports, je vous souhaite une bonne fin de stage et une joyeuse reprise…

 

Jean-Marc Muller, Colmar, le 8 mars 2005

 

 

 

 

 

 



[1] On le voit par exemple dans la maquette du Mon Quotidien : des pointillés invitent à découper des fiches, matière de futurs exposés. Le JDE, mais aussi les autres journaux, comporte des mots expliqués entre parenthèses dans le corps du texte, et souvent un lexique. Les autres titres ont des dispositifs similaires.

[2] Sur Georgy, voir la dernière partie de cette étude.

[3] Voir plus bas, note concernant H. Meschonnic.

[4] mais tous les T1 ne les connaissaient pas…

[5] Dans un article très récent du quotidien Le Monde (21 février 2005), le linguiste et poète H. Meschonnic met en cause avec véhémence ce terme, qui n’a pas ce sens selon lui dans la Bible hébraïque, mais celui de catastrophe naturelle. Mais on n’est pas obligé de le suivre, le mot « Shoah » ayant pris son sens historique dans un autre usage, attesté par des témoins qualifiés et des experts. Le film de Claude Lanzmann, référence incontournable, s’appelle « Shoah ».

[6] Serge Tisseron, Y a-t-il un pilote dans l’image ? pp.101-102, 1998, Aubier.

[7] Sur Peirce, on peut lire l’article Peirce de l’Encyclopedia Universalis ; mais les pages de F.Armangaud,  La pragmatique, coll. Que sais-je ? sont très éclairantes.

[8] Elle a été récemment publiée par Le Monde 2 (N°50 – 29 janvier 2005), qui rappelle les conditions de sa transmission. Le déporté qui a pris la photo était un juif grec dont on sait seulement qu’il s’appelait Alex. Il a lui-même disparu, mais la pellicule a pu être récupérée par la Résistance polonaise. Georges Didi-Huberman analyse ces photos dans un ouvrage publié aux Editions de Minuit, Images malgré tout. Pour cette raison, il s’est attiré  les foudres de Claude Lanzmann dans la revue les Temps modernes, l’accusant d’un « insupportable cuistrerie interprétative ». Il est en effet très délicat de commenter des images d’Auschwitz, qui ne doivent en aucun cas devenir des « objets photogéniques ».