Bientôt T1 ! Des pistes pour travailler sur le lexique à partir du cycle 2...

 

contexte : formation PE2 post R4 en maîtrise de la langue le 30 mai 2006 – reproposé le 24 février 2010 pour le groupe PE2 D bilingue

 

 

D’abord un peu de théorie du lexique 

 

Les dictionnaires trouvés dans les armoires des écoles sont souvent pauvres. Il est clair que vous ne pouvez pas vous contenter, pour un travail efficace, du Larousse Mini-Débutants. Sa première conception remonte aux années 60 ! Un rayon de la BCD de Colmar est bien garni d'une série de produits actuels, bien mieux adaptés. Profitez de vos passages à Colmar pour consulter ces ouvrages. N'oubliez pas que pour un enseignant de langue française, la possession personnelle du dictionnaire Petit Robert est une marque de distinction professionnelle. Le Petit Larousse ne suffit pas. Et vous pouvez de temps en temps apporter votre Petit Robert dans la classe ! N'ayez pas peur de leur montrer des outils de grande personne !

 

Depuis la révolution numérique suit son cours. Ce mois de février 2010 est publié le rapport Fourgous sur l’école numérique. Il serait bon de vérifier si vous avez inscrit dans vos favoris le Trésor de la langue française informatisé (TLF). A la médiathèque de Colmar, vous pouvez consulter le Dictionnaire du français usuel de J. Picoche et Roland

 

Je propose de partir du dictionnaire Super Major (Larousse) (un dictionnaire de référence pour le cycle 3, assez répandu).

 

Nous trouvons à l’entrée « trompe » ce qui suit :

 

n.f. 1. Prolongement du nez ou de la bouche chez certains animaux ou insectes. L’éléphant s’arrose avec sa trompe. La mouche aspire la confiture avec sa trompe. 2. Instrument à vent dont se servent les chasseurs pour appeler (syn. cor de chasse).

 

L’article vérifie un constat que nous avons fait : on trouve dans un dictionnaire plusieurs types d’information, et pas seulement l’orthographe du mot et sa définition.

 

Nous avons proposé de reporter sur les wagons d’un petit train ces diverses informations. Ici :

 

-   la nature du mot et son genre

-   deux définitions

-   des exemples

-   un synonyme pour la 2° définition

 

Dans la logique de l’outil « carte mentale », on pourrait aussi  représenter cet article sous la forme d’un arbre.

 

 

Peut-être mieux que le train, la carte mentale ferait apparaître les deux sens éloignés du mot « trompe » mais néanmoins liés, puisque la plupart des dictionnaires donnent ces deux définitions dans le même article. Pas nécessairement d’ailleurs dans le même ordre. Ainsi, dans le Petit Robert, on a l’ordre inverse du Super Major. On appelle POLYSÉMIE ce cas : un même mot a deux sens très éloignés, sur la base d’un dénominateur commun (ici la forme évasée de l’objet).

 

Autres exemples de mots polysémiques : PLUME, BRAS, CŒUR, SIÈGE, etc. Récemment, à partir du mot TERRE figurant sur la une de l'édition du lundi 29 mai 2006 de l'Alsace, nous y avons ajouté : AIR, FEU, EAU, et découvert que les mots désignant les quatre éléments sont aussi très fortement polysémiques.

 

Où les choses se compliquent un peu…

 

Et les enfants avec lesquels nous travaillons se chargent de nous le rappeler à leur façon.

 

En repartant du mot TROMPE, une échange oral du type « brain storming », où l’on accepte dans un premier temps tout ce qui vient, nous oblige à prendre en compte le mot dans un contexte différent, avec un sens différent : « je me TROMPE ».

 

Dans ce cas, les deux mots n’ont en commun ni leur sens, ni leur origine, mais seulement leur forme. On appelle HOMONYMIE ce cas : deux mots différents ont la même prononciation, et parfois la même graphie (d’où le choix des linguistes, de distinguer des « homophones » et des « homographes »). Dans le cas de TROMPE, les deux conditions sont remplies.

 

La prise en compte de ce cas nous conduit à une réflexion sur le dictionnaire. Si dans une première phase, « trompe » de « je me trompe » n’a pas été retenu, c’est que nous considérons en adultes experts que l’entrée du dictionnaire pour « trompe » ne saurait être que le nom. Mais ceci est une pure convention ! L’enfant n’en tient pas compte, et ceci rend pour lui la manipulation du dictionnaire problématique. En effet, il lui faut savoir que dans « je me trompe » : a) « trompe » est un verbe conjugué b) pour trouver le verbe, il faut passer par l’infinitif « tromper », qui lui donnera « se tromper ». Et là encore, c’est une convention. Dans les dictionnaires latins par exemple, les entrées verbales ne sont pas les infinitifs, mais la 1° personne du présent de l’indicatif (pour aimer, c’est j’aime, « amo » et non l’infinitif « amare »).

 

Les dictionnaires informatisés dépassent aujourd’hui ces conventions, et intègrent dans leurs moteurs de recherche l’ensemble des formes (dites parfois « fléchies ») que ce mot peut prendre dans la langue. Il faut savoir que pour un verbe par exemple, ces formes peuvent être au nombre de plusieurs dizaines ! Une telle approche du lexique porte l’ensemble des mots du français standard à plus de 500 000  formes pour environ 50 000 entrées conventionnelles. Vous trouverez une telle approche dans les deux dictionnaires informatisés que nous avons vus jeudi 2 mars : le Trésor informatisé de la langue française et le Dictionnaire du français usuel de Pïcoche et Rolland (De Boeck Duculot)

 

D’ où l’idée de proposer à des enfants du cycle 2, en parallèle à l’initiation au dictionnaire, des activités qui leur permettent, au fur et à mesure de leurs découvertes, de construire de tels savoirs sur les mots.

 

Mais ce n’est pas tout. Pour un enfant qui fabrique non pas un article « canonique » de dictionnaire selon les conventions du genre, mais une « carte mentale » qui éclaire l’usage du mot, il est peut-être plus intéressant (et aussi plus facile) de rassembler des expressions où le mot apparaît dans un contexte que de fabriquer des « définitions » (souvent inutiles, et posant plus de problèmes que le mot à expliquer). Dans le cas de « trompe », ce qui compte, pour un enfant du cycle 2, n’est pas la construction de la définition, mais les « réseaux » dans lesquels ce mot peut s’inscrire.

 

D’où notre deuxième carte mentale, qui permettrait, sur le vif, dans la classe, à l'enseignant de construire une carte qui tiendrait compte, positivement, de l'apport des enfants.

 

 

 

 

L’ajout de « trompette » est fondé : il s’agit là d’un mot dérivé. Celui de « cor » peut se justifier puisque « cor » est donné comme synonyme  de « trompe » du chasseur. Le « trombone à coulisse » a été proposé par une collègue du groupe de formation continue, où ces pistes ont été présentées, et on ne voit pas pourquoi ne pas l’admettre. D’autant plus que, vérification faite dans le dictionnaire Littré, « trompe » et « trombone » ont la même racine. Cette recherche étymologique amène d’ailleurs une découverte… a posteriori !

 

Réponse à une objection pertinente faite dans le groupe PE2D le 30 mai :

Dans cette carte mentale,  on a pris le risque d’intégrer la comptine : « un éléphant ça trompe », et la carte permet de visualiser le jeu de mots, puisqu’on joue sur les deux valeurs du mot « trompe ». Mais cette option, certes, se discute. Tout dépend de la compréhension qu’ont acquise les élèves des concepts grammaticaux qui se cachent sous les étiquettes. Dans ce domaine, la démarche d’observation réfléchie invite à ne pas aller trop vite, mais à bien faire les choses. Sur cette carte mentale, les informations grammaticales (les « étiquettes » : verbe, nom) sont en rouge. Elle ne précèdent pas la recherche, mais elles la suivent. On peut même fabriquer plusieurs cartes mentales de ce genre avant d’introduire ces notions.