De la trompe de l'éléphant à la tromperie : histoire d’un mot

image site sénat - google.images

 

La carte mentale « trompe » se fondait sur une association homonymique : la trompe « instrument de musique », « prolongement du nez de certains animaux » avec « je me trompe ».

 

Nous l’avons proposée parce que les enfants la feraient spontanément, au lieu de la récuser au nom de la classification conventionnelle du dictionnaire.  Rien n’empêche,  dans une seconde étape, de faire les mises au point qui s’imposent, en montrant aux élèves que « la trompe » et « il se trompe » sont des homonymes.

 

Mais la recherche savante de l’origine de ces mots révèle une surprise.

 

Comme le Robert, mais contrairement au Super Major[1], Littré donne comme premier sens du nom commun « trompe », celui d’instrument de musique. Plus laconiquement d’ailleurs, il indique que « trompe » est un terme vieilli (déjà en 1877) pour désigner une « trompette ». Puis il indique d’autres instruments de musique à vent. Le sens « trompe de l’éléphant » ne vient qu’en 4 en raison de l’analogie de forme avec la trompette. Suivent d’autres sens, d’abord proches, comme « trompe du tapir », puis éloignés comme « trompe de voûte » et « trompe d’eustache ». Il le rapproche enfin de « tuba », mot latin qui désigne une trompette antique, mais qui a fait un retour express dans la langue pour désigner un instrument d’orchestre. Le nom commun "trompe » est bien polysémique.

 

Mais il y a aussi  dans le Littré un homonyme, qui justifie dans ce dictionnaire une deuxième entrée, plus discrète : nom donné, en Bretagne, au sabot, jouet d’enfant, avec une étymologie conjecturale : du latin turbo, toupie. Ce sens semble avoir aujourd’hui disparu, et le Robert ne le retient pas.

 

Mais qu’en est-il du verbe « tromper » ? La lecture de l’article du dictionnaire Littré réserve une surprise à la partie E., qui conclut, par une enquête étymologique, les articles de ce savant dictionnaire. Entre la trompette et le trompeur, il y a bien un rapport. Le sens propre et ancien de « tromper » est de jouer de la trompe. Une première thèse, écartée par Littré, est de rapprocher ce sens de « trompe 2 », le jouet de l’enfant. Il se réfère au sens le plus ancien du verbe. On disait « se tromper de quelqu’un » au sens de « s’en jouer ». Et ainsi on est passé de « se jouer de quelqu’un » à «se moquer de quelqu’un » et donc « tromper ». Il existe aussi une expression du vieux français : « me joues-tu de la trompette ? » qui signifie, au figuré, « me trompes-tu ? »

 

On constate à partir d’un tel exemple qu'entre polysémie et homonymie la frontière est parfois problématique.



[1] Cet exemple montre aussi comment travaillent les auteurs des dictionnaires. Le Super Major place en premier le sens le plus usuel pour les jeunes utilisateurs. Le Robert, à la suite du Littré, fait un autre choix :il met en premier le sens le plus proche de l’origine du mot.